Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Santé mentale : Olivier Véran appelle à "renforcer" la "mobilisation"

Publié le jeudi 28 janvier 2021

PARIS, 21 janvier 2021 (APMnews) - Le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, a appelé à "renforcer" la "mobilisation autour des objectifs de notre politique de santé mentale", lors de son discours au congrès de l'Encéphale, qui s'est tenu en version dématérialisée.

Il a appelé à "jeter les bases d'une refondation profonde et solide de la politique de santé mentale et de la psychiatrie pour les décennies à venir" et a proposé, à cette fin, "un renforcement et un enrichissement de notre action autour de trois orientations majeures".

Première orientation : "Nous devons diversifier l'information et la formation en santé mentale, pour changer le regard de l'opinion publique et lutter contre la stigmatisation et pour faire rentrer la santé mentale dans une culture de la prévention qui soit largement partagée".

"La crise Covid a révélé le profond besoin d'information et d'écoute des Français, en réponse à leur angoisses légitimes", a-t-il rappelé. "Il s'agit donc de définir et de mettre en oeuvre une stratégie de communication nationale sur le thème : la santé mentale est l'affaire de tous", a-t-il annoncé.

"Cette campagne grand public s'appuiera notamment sur la promotion de dispositifs d'écoute et d'information accessibles au grand public, comme aux professionnels." Elle devra aussi "trouver des relais locaux", a-t-il jugé, annonçant la poursuite de "l'action de sensibilisation des élus locaux à la promotion de la santé mentale", lancée "l'année dernière en partenariat avec l'Association des maires de France [AMF]".

Outre la communication, il faut "diffuser les outils pour que chacun prenne soin de sa santé mentale et de celle des autres, en réponse à une culture de la prévention qui n'est pas encore assez développée", a considéré le ministre. Pour cela, les outils, "qui contribuent à favoriser le bien-être mental, physique et social et qui permettent de prévenir les comportements néfastes", notamment les "conduites à risque chez les jeunes", doivent être donnés "dès le plus jeune âge".

Le ministre a constaté que des "programmes sont développés dans différents milieux de vie", mais "sans cadre de référence partagé". Il a donc annoncé la structuration "d'ici cet été" d’une "stratégie interministérielle globale". Les objectifs de cette dernière seront "de mobiliser l'ensemble des acteurs et de les faire travailler ensemble sur les lieux de vie de chacun : établissements scolaires du 1er et du 2nd degré, universités, caisses d’allocations familiales, conseils départementaux".

"Il s'agit aussi de se sentir solidaire du bien-être mental d'autrui en diffusant largement les outils de repérage et d'alerte des premiers signes de souffrance psychique", a-t-il souligné, citant le déploiement du programme des premiers secours en santé mentale. Actuellement mis en place avec le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (Mesri) dans 7 universités, "il le sera dans 16 d'ici la fin de l'année".

Olivier Véran a déclaré que son "ministère va travailler très vite avec les autres ministères qui souhaitent [promouvoir et soutenir]" les outils de repérage.

Renforcer l’attention envers les jeunes

Le ministre a également appelé, dans une deuxième orientation, à "renforcer notre attention envers les publics les plus vulnérables", au "premier rang" desquels les enfants et les jeunes.

Concernant les enfants, "en complément" de la stratégie des 1 000 premiers jours, "nous devons renforcer notre effort sur plusieurs leviers : promotion du bien-être mental, prévention et dépistage précoce des troubles et de la souffrance psychique, renforcement de l'offre d'accompagnement et de prise en charge".

"Nous devons renforcer notre lutte contre les addictions", a-t-il continué, estimant qu’une "attention particulière" doit être portée à "la prévention et l'accompagnement de l'addiction des jeunes aux écrans".

"Sur la base des recommandations du Haut conseil de la santé publique [HCSP], qui a été saisi de cette question, je lancerai d'ici la fin du 1er trimestre une feuille de route sur la prévention des usages excessifs des écrans pour les enfants", a-t-il annoncé.

Concernant les étudiants, il a rappelé les mesures déjà annoncées.

"L'appel à projets permettant de recruter comme chaque année, 10 postes de chefs de clinique-assistants [des hôpitaux] dans notre discipline" sera également reconduit.

Le ministre a aussi annoncé "l'augmentation du nombre de titulaires dans les disciplines psychiatriques" et "une campagne d'information en direction des étudiants en médecine, pour faire mieux connaître et améliorer l'attractivité des disciplines psychiatriques".

Un programme prioritaire de recherche santé mentale et psychiatrie mis en place prochainement

"Le renforcement de la mobilisation collective exige de rendre plus visible l'ambition et les actions de la politique de santé mentale et de psychiatrie", a enfin estimé le ministre, dans une troisième orientation. Cela passe notamment par "un renforcement de la recherche".

Olivier Véran a ainsi détaillé les différents "volets" de "soutien à la recherche en santé mentale et psychiatrie", qui "reste une priorité". Il a rappelé que la santé mentale et la psychiatrie "sont des axes prioritaires du programme hospitalier de recherche clinique depuis plusieurs années".

Il a aussi annoncé "qu’un nouvel outil visant à inciter les établissements universitaires et non universitaires à coopérer pour des actions de recherche et de formation sera mis en place au printemps 2021".

"Les groupes d'établissements lauréats seront accompagnés de moyens financiers et humains afin de renforcer ces logiques de coopération" et "le relais sera pris par le compartiment structuration de la recherche ainsi prévu dans le modèle futur de financement de la psychiatrie", a-t-il précisé.

"Un programme prioritaire de recherche santé mentale et psychiatrie sera [également] mis en place prochainement afin d'accélérer le développement de la recherche et d'accompagner les acteurs", a-t-il déclaré.

La feuille de route santé mentale et psychiatrie, "le socle de notre ambition"

"La feuille de route santé mentale et psychiatrie initiée il y a deux ans et demi, reste le socle de notre ambition", a par ailleurs souligné Olivier Véran, faisant valoir "le chemin parcouru" en listant quelques mesures déjà réalisées.

Ainsi, le dispositif VigilanS de prévention de la récidive du suicide, dont la feuille de route prône la généralisation, "est déjà déployé dans 12 régions métropolitaines sur 13 et dans deux régions d'outre-mer", a-t-il précisé, indiquant que "près de 15 000 patients ont intégrés ce dispositif l'an passé, ce qui est très encourageant".

A noter que dans un communiqué, l'Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM) annonce le lancement du programme VigilanS dans le département des Bouches-du-Rhône.

Dans son discours, Olivier Véran a également déclaré que l'appel à projets visant à renforcer l'offre en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, d'un montant "de 20 millions d'euros" comme l'année dernière, ainsi que le fonds d'innovation organisationnelle en psychiatrie (Fiop), étaient reconduits en 2021.

Il a rappelé aussi différentes mesures déjà inscrites dans le Ségur de la santé comme l'enveloppe de "12 millions d'euros par an pendant trois ans" pour recruter des psychologues au sein des maisons de santé.

Cette mesure "annonce le déploiement d'un dispositif plus ambitieux de première ligne médecins généralistes-psychologues", a mentionné Olivier Véran, prévenant qu'il souhaite "disposer d'ici le milieu d'année d'une bonne visibilité sur l'ouverture de ce dispositif à de nouveaux publics".

"Fort de ce que nous avons déjà pour les enfants souffrant de troubles de l'autisme ou du neurodéveloppement, la prise en charge de consultation de psychologues pour les enfants doit être rendue accessible dès 2022, dans des conditions à définir d'ici l'été", a également notifié le ministre, rappelant des annonces faites par le président de la République, Emmanuel Macron.

Par ailleurs, concernant les récentes mesures sur l'isolement et la contention en psychiatrie, dont l'application est difficile sur le terrain, Olivier Véran a assuré aux hospitaliers : "vous n'êtes pas seuls dans cette dynamique d'adaptation", citant le plan d'accompagnement de 15 millions d'euros déjà prévu. Il a néanmoins précisé que "ce dispositif d'accompagnement montera en charge dans le cadre d'un plan pluriannuel".

"Et j'attends de la commission nationale de psychiatrie qu'elle puisse nous aider à en tracer les contours", a-t-il encouragé.

Toujours en matière "des droits des personnes", il a confirmé que le sommet international qui doit rassembler les 5 et 6 octobre "les ministres de la santé engagés en faveur de la santé mentale sur le thème des droits en santé mentale", se tiendra bien à Paris.

Olivier Véran a par ailleurs annoncé la reprise des travaux sur la réforme des autorisations, engagés en novembre 2019.

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APM news

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