Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L'Encéphale – Volume 41, fascicule 5

Publié le mardi 12 janvier 2016

dans

octobre 2015

Divers

Editorial board

Éditorial

Neurosciences et neurodroit

Auteurs : M.-L. Bourgeois

Mémoires généraux

Les neurosciences au Tribunal : de la responsabilité à la dangerosité, enjeux éthiques soulevés par la nouvelle loi française

Auteurs : G.-M. Gkotsi, V. Moulin, J. Gasser

RésuméAu cours des dernières années, une explosion d’intérêt pour les neurosciences a conduit au développement du « neurodroit », un nouveau champ de savoir pluridisciplinaire, consacré à l’examen de l’impact et du rôle des découvertes neuroscientifiques dans la procédure judiciaire. Cet engouement a progressivement investi les tribunaux européens et une jurisprudence s’est constituée à l’image des États-Unis, en suscitant des avis divergents. L’association des dysfonctionnements structuraux et/ou fonctionnels du cerveau à la manifestation de certains comportements déviants a ouvert la voie à l’utilisation des neurosciences dans le cadre des expertises pénales et de la psychiatrie légale. En 2011, la France a voté une nouvelle loi qui admet le recours à l’imagerie cérébrale dans le cadre de l’expertise judiciaire. L’introduction des nouvelles provisions légales, spécifiques aux neurosciences, a été décidée sur la base d’un esprit de protection du sujet contre l’usage abusif des neurosciences. Cependant, au regard des évolutions législatives et des pratiques expertales actuelles qui montrent une évolution vers l’évaluation de la dangerosité, il existe un risque que le législateur semble méconnaître : dans le contexte actuel de préoccupation sécuritaire, le juge pourrait avoir tendance à utiliser des données neuroscientifiques introduites par une expertise comme signes de dangerosité, fait susceptible d’entraîner des effets pervers sur le devenir pénal du sujet, dans une visée de protection de la sécurité publique, au détriment de la liberté du sujet.

Schizophrénie et consentement à la recherche biomédicale

Auteurs : T. Fovet, A. Amad, P. Thomas, R. Jardri

RésuméEn recherche biomédicale, le recueil d’un consentement éclairé chez les sujets sains peut parfois s’avérer délicat. Cette question peut se complexifier de manière extrême, lorsque l’on s’intéresse aux patients souffrant de schizophrénie. Les échelles dédiées (MacCAT-CR notamment) mettent en évidence une diminution de la capacité à consentir des patients présentant une schizophrénie par rapport à la population générale. Cependant, ces patients constituent un groupe extrêmement hétérogène. Les patients dont l’insight est faible, de même que ceux manifestant des symptômes cognitifs marqués, semblent plus à risque de présenter une capacité à consentir diminuée, ceci en lien avec des difficultés de prise de décision. Il est possible de mettre en place un certain nombre de mesures afin d’augmenter la capacité à consentir des patients les plus vulnérables. Parmi elles, les stratégies s’appuyant sur les nouvelles technologies de la communication et de l’information semblent particulièrement prometteuses. Cependant, d’autres études sont nécessaires afin d’exploiter, au mieux, ces techniques. Enfin, le soutien des associations de famille et d’usagers, telles que l’UNAFAM, est fondamental pour faciliter la participation des patients à la recherche dans les meilleures conditions.

Mémoire original

Analyses en pistes causales d’un modèle d’une organisation fonctionnelle des relations entre mécanismes de défense et stratégies de coping

Auteurs : B. Gouvernet, J. Mouchard, S. Combaluzier

RésuméObjectifNous proposons de mettre à l’épreuve des faits le modèle théorique de Chabrol et Callahan proposant une organisation fonctionnelle des mécanismes de défense psychique et les stratégies de coping articulée autour d’une influence des défenses sur les coping.MéthodeQuatre-vingt-quatorze jeunes adultes, étudiants, ont complété la Coping Inventory for Stressfull Situations (CISS), le Defense Style Questionnaire (DSQ-40) et la Perceived Stress Scale (PSS14). Les données ont été traitées suivant les méthodes d’analyse en pistes causales.RésultatsLes résultats plaident en faveur du modèle intégratif de la défense et du coping de Chabrol et Callahan. Ils mettent en évidence des relations entre les défenses et les coping médiatisées par la détresse perçue et contrôlabilité perçue. Les processus d’influence des défenses sur les coping ne sont pas similaires selon que l’on considère les coping centrés sur le problème ou les coping émotionnels.ConclusionIl apparaît désormais clairement pertinent pour le thérapeute de travailler conjointement sur les mécanismes de défense et les stratégies de coping sans assimiler ces deux catégories de processus. Tel travail implique de pouvoir les repérer dans leurs spécificités respectives. Une des cibles thérapeutiques déterminante consistera à comprendre le rôle que jouent les défenses sur les processus de construction du sens du réel pour les sujets afin d’optimiser leurs réactions adaptatives, essentielles dans la gestion du stress.

Psychiatrie de l'enfant

Les parcours de placement et la qualité de vie des enfants de 6 à 11ans accueillis dans des institutions relevant de la protection de l’enfance

Auteurs : F. Bacro, A. Rambaud, C. Humbert, C. Sellenet

RésuméEn dehors des maladies, la notion de qualité de vie est de plus en plus utilisée pour rendre compte des conséquences psychologiques et sociales d’autres situations de vulnérabilité rencontrées par les individus, y compris de jeunes enfants. L’objectif de cette étude est de comparer la qualité de vie d’enfants placés en institution suite à une mesure de protection de l’enfance et d’enfants vivant dans leur famille, ainsi que d’examiner ses relations avec leur parcours de placement. La population est composée de 56 enfants de 6 à 11ans dont 28 étaient placés dans une institution relevant de la protection de l’enfance au moment du recueil de données. Les éducateurs référents des enfants placés ont rempli un questionnaire permettant de retracer leur parcours de placement et l’ensemble des enfants ayant participé à l’étude ont évalué la perception qu’ils avaient de leur qualité de vie. Les résultats montrent que si la qualité de vie des enfants placés ne se distingue pas de celle des autres enfants, en revanche, elle apparaît étroitement liée aux causes et à la multiplicité des lieux de placement. Ces résultats sont interprétés à la lumière des travaux issus de la théorie de l’attachement.

Psychiatrie légale

Les soins pénalement ordonnés : analyse d’une pratique complexe à travers une revue de la littérature

Auteurs : M. Orsat, E. Auffret, C. Brunetière, D. Decamps-Mini, J. Canet, J.-P. Olié, S. Richard-Devantoy

RésuméIntroductionLes obligations et injonctions de soins sont des mesures de soins pénalement ordonnés (SPO) en augmentation sans pour autant être bien évaluées. Aussi, il convient de mieux définir la prévalence des SPO et les caractéristiques sociodémographiques, infractionnelles et psychiatriques des populations condamnées concernées. Dès lors, il sera possible d’analyser les différentes questions posées par ces pratiques en termes d’objectifs, de formation des équipes de psychiatrie et d’articulation entre justice et psychiatrie.Matériel et méthodesUne revue de la littérature médicale française portant sur les SPO a été réalisée par Science Direct jusqu’à 2013.RésultatsLes SPO concernaient surtout des hommes (83–99 %), sans trouble mental dans un cas sur deux, mais avec des troubles de personnalité et addictifs. Les injonctions de soins concernaient des auteurs de violences sexuelles (90 % des cas) ; la population des obligations de soins était plus hétérogène. Face à des personnes généralement sans demande de soins, les professionnels de santé sont démunis : formation médicolégale insuffisante, objectifs de soins non superposables aux objectifs de prévention de la récidive visés par le législateur et défaut de partenariats entre justice et santé.ConclusionLes soins pénalement ordonnés devraient bénéficier d’une évaluation rigoureuse et méthodique au plan national et donner lieu à une meilleure articulation entre justice et psychiatrie. Tous les acteurs et plus encore les « justiciables patients » peuvent tirer profit d’un dispositif cohérent et respectueux de l’éthique.

Psychopathologie

Relation entre mécanismes de défense et alliance thérapeutique

Auteurs : S. Laconi, L. Cailhol, L. Pourcel, C. Thalamas, M. Lapeyre-Mestre, H. Chabrol

RésuméL’objectif principal de cette étude était d’évaluer la relation entre l’alliance thérapeutique et vingt mécanismes de défense dans un échantillon psychiatrique français, en différenciant les résultats obtenus pour les hommes et les femmes. Les alliances thérapeutiques positive et négative ont également été différenciées dans nos analyses. Soixante patients adultes ont complété le Defense Style Questionnaire-40 (DSQ-40) ainsi que le Helping Alliance Questionnaire-II (HAq-II). Nos résultats mettent en avant la présence de liens entre l’alliance thérapeutique et certains mécanismes de défense. Le style de défense mature apparaît comme un prédicteur significatif de l’alliance thérapeutique (R2 adj=0,36, F=12,39, β=0,65, p<0,01). L’alliance positive est associée à plusieurs mécanismes de défense : chez les hommes, l’annulation se distingue, chez les femmes, c’est l’agression passive. En ce qui concerne l’alliance thérapeutique négative, seul le déplacement est significatif et uniquement chez les hommes. Ces résultats révèlent notamment la nécessité de prendre en considération le sexe dans l’étude des mécanismes et de leur lien avec l’alliance thérapeutique.

Études des liens entre la stigmatisation intériorisée, l’insight et la dépression chez des personnes souffrant de schizophrénie

Auteurs : C. Bouvet, A. Bouchoux

RésuméSi l’insight est relié à la compliance au traitement et à un meilleur pronostic, il semble l’être aussi à la dépression. Mieux comprendre ce lien est donc utile pour lutter contre les effets potentiellement dépressiogènes d’une amélioration de l’insight. Notre étude (n=62 sujets souffrant de schizophrénie) étudie le lien entre insight et dépression, et sa possible médiatisation par la stigmatisation intériorisée. Résultats : 1) nous trouvons des corrélations significatives (p<0,05) entre l’insight (SAIQ, IS) et la dépression (BDI, CDSS) (r de 0,27 à 0,43), et 2). Lorsque l’ISMI est contrôlée, la corrélation entre l’IS et la dépression baisse de façon modérée, mais nette (BDI : ISMI non contrôlée : r=0,40, p=0,001 et contrôlée r=0,28, p=0,03). De même avec la SAIQ, on constate que la corrélation baisse de façon légère, mais nette (CDSS : ISMI non contrôlée r=−0,35, p=0,005 et contrôlée, r=−0,23, p=0,06 ; BDI : ISMI non contrôlée : r=−0,43, p=0,000 et contrôlée : r=−0,32, p=0,008). La stigmatisation intériorisée semble donc être une variable médiatrice, bien que la force de la médiation soit modérée. Ces résultats confirment ainsi la nécessité de discuter des conditions de l’accroissement de l’insight des patients souffrant de schizophrénie, mais surtout, de prendre en compte la question de la stigmatisation intériorisée dans leur prise en charge afin d’éviter les effets dépressiogènes pouvant en découler.

Santé publique

État de stress post-traumatique et consommation de soins sur l’année écoulée : étude menée auprès de 340 militaires français de cinq uni...

Auteurs : L. Holterbach, C. Baumann, B. Andreani, D. Desré, Y. Auxéméry

RésuméProblématiqueDu fait de leur structuration psychopathologique, de leur séméiologie et de leur évolution clinique, le repérage des troubles psychiques post-traumatiques est complexe : le sujet psychotraumatisé sollicite davantage le système de soins pour des symptômes aspécifiques psychiques ou somatiques.Objectif principalEstimer la relation entre l’existence d’un état de stress post-traumatique et la consommation de soins et de biens médicaux au sein d’une population de militaires.MéthodesNous avons réalisé une enquête multicentrique analysant la PCLS étudiée sous différentes formes (quantitative, qualitative en classes, et selon cinq sous-dimensions) et un questionnaire évaluant la consommation de soins.RésultatsNotre échantillon est composé de 340 militaires dont 4,70 % présentent une PCLS positive. Validant notre hypothèse principale, nous avons retrouvé une relation statistiquement significative entre le score, les classes et les sous-dimensions de la PCLS d’une part, et le nombre de congés maladie et d’indisponibilité d’autre part.DiscussionVers une stratégie de repérage des troubles psychotraumatiques, pourrait être développé un score de consommation de soins dans lequel figurerait le nombre de jours de congés maladie comme d’indisponibilité, le nombre et la qualité des consultations médicales, le nombre et la qualité des prescriptions médicamenteuses et paracliniques, le nombre de journées d’hospitalisation. Vers ce repérage des troubles psychiques post-traumatiques, la PCLS comme le score de consommation de soins sont des outils intéressants mais qui ne sauraient se substituer à la subjectivité de la relation clinique : le retour à cette subjectivité partagée avec le praticien reste une dimension diagnostique, mais également thérapeutique, fondamentale.

Thérapeutique

Introduction au concept de jardins de soins en psychiatrie

Auteurs : F. Pringuey-Criou

RésuméDepuis les temps anciens, la relation Homme–plantes occupe les ordres de la médecine et de la philosophie. Des premières tablettes de phytothérapie aux jardins d’Esculape, de ceux des cloîtres et bimaristans aux jardins cosmologiques d’Asie, des grands parcs publics aux institutions asilaires du xixe siècle, le jardin est proposé comme lieu de soin, vecteur du rétablissement de l’être humain. Si l’avènement de la technique et du médicament l’ont un temps relégué au niveau de « soin empirique », les progrès des neurosciences lui fournissent finalement une assise scientifique. Les premières théories évolutionnistes, celle de la Savane d’Orians, ou l’hypothèse de la biophilie de Wilson, sont relayées par la fameuse étude d’Ulrich en 1984 montrant l’influence positive d’une vue de la nature par la fenêtre sur la récupération de patients hospitalisés. Régulation du stress, niveau de stimulation et d’organisation, attention/fascination sont les mécanismes reconnus à l’origine de ces processus de restauration. Les capacités humaines à répondre de manière récupératrice à un environnement naturel sont reliées à des comportements ancrés relevant de processus d’adaptation à la sélection naturelle et à la survie. Indispensables au maintien de notre vitalité, ils agissent jusque dans les mécanismes de notre système immunitaire. L’hypothèse de phyto-résonance de Shepard, comme phénomène induisant des stratégies de restauration à tous les niveaux d’organisation de l’être humain, est issue de l’écologie. Elle confirme l’origine multidisciplinaire de l’hortithérapie et replace la relation Homme–plantes au centre de la discipline. L’approche phénoménologique en fait un art de l’hospitalité, de la relation humaine et du soin.

Précédent

L'Encéphale – Volume 41, fascicule S1

Suivant

L'Encéphale – Volume 41, fascicule 6

Dernières actualités

Bipolaire ou borderline : faites la différence !

Ce symposium montre que ces troubles sont parfois co-morbides et que leurs diagnostics requièrent une grande rigueur clinique. Il met aussi en exergue l’importance d’une approche personnalisée lors du choix du traitement psychothérapeutique.

Les expériences exceptionnelles : anomalie ou anormalité ?

Thomas Rabeyron décrit la typologie et les caractéristiques principales des expérience dites paranormales et partage avec nous l’état des recherches contemporaines sur le sujet.

Troubles bipolaires en lisière

Ce symposium de l'Encéphale 2022 aborde la spécificité clinique des troubles bipolaires à début précoce ou tardif, la spécificité psychopathologique des troubles bipolaires délirants et la complexité de la prise en charge des comorbidités addictives.

Soins sans consentement : une bombe à retardement

Dans cette session de l'Encéphale 2022, nos experts tentent d'analyser l'évolution de la loi sur l'isolement et la contention et sa mise en pratique dans le contexte actuel, avec toute la complexité qui réside dans le maintien d'un équilibre nécessaire entre droit et sécurité.