Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L'Encéphale – Volume 41, fascicule 6

Publié le mardi 12 janvier 2016

dans

décembre 2015

Divers

Editorial board

In memoriam

Hommage au Professeur Michel Petit

Auteurs : S. Dollfus

Mémoires originaux

Accompagnement psychologique de l’expérience douloureuse en soins palliatifs

Auteurs : B. Fromage, M. Hatti

RésuméCette étude exploratoire montre comment le développement du discours subjectif analogique agit sur l’expérience douloureuse chez des sujets atteints d’un cancer. Quatre personnes en phase terminale passent l’épreuve des trois arbres (ETA) qui consiste à dessiner des arbres et à raconter leur histoire. Le vécu douloureux est évalué avant et après la passation de l’ETA avec l’échelle visuelle analogique (EVA). Les résultats montrent une réduction de la sensation douloureuse et de son expression comportementale. Ceci pourrait être dû au recentrage de l’attention et à une transformation de l’expérience émotionnelle grâce à l’activité figurative et discursive. L’approche psychologique associée au thème de l’arbre facilite l’élaboration de l’expérience douloureuse sur un mode analogique en resituant le vécu douloureux actuel dans une biographie singulière.

Séroprévalence du Parvovirus B19 dans un groupe de patients schizophrènes

Auteurs : Y. El Kissi, N. Hannachi, A. Mtiraoui, S. Samoud, S. Bouhlel, S. Gaabout, J. Boukadida, B. Ben Hadj Ali

RésuméLa schizophrénie est une pathologie complexe dont l’étiopathogénie reste encore mal élucidée. L’hypothèse infectieuse et notamment virale a fait l’objet de plusieurs études. Le rôle du Parvovirus B19 (PB19) a été évoqué dans la littérature sans preuve séro-épidémiologique de son implication. L’objectif de notre travail était de comparer la prévalence du PB19 chez des patients schizophrènes et chez des témoins indemnes de troubles psychotiques et d’en déterminer les éventuelles associations avec les facteurs de risque infectieux et les caractéristiques cliniques de la maladie. Pour ce faire, nous avons réalisé une étude séro-épidémiologique de type cas-témoins portant sur 108 patients schizophrènes et 108 témoins appariés pour l’âge et pour le sexe. Nous avons procédé à une évaluation standardisée de la psychopathologie (BPRS, SAPS, SANS, PANSS) et de la sévérité de la maladie (CGI) chez les patients, ainsi qu’à une recherche des immunoglobumines G (IgG) et des immunoglobumines M (IgM) anti-PB19. La prévalence des IgG anti-PB19 était significativement plus élevée chez les patients que chez les témoins (p=0,04) alors qu’il n’y avait pas de différences significatives concernant la prévalence des IgM. Une association entre une sérologie PB19 positive et un score plus bas à la sous-échelle des symptômes négatifs de la PANSS (p=0,04) a été mise en évidence.

Le modèle Clubhouse pour les personnes souffrant de troubles psychiques : revue de littérature et expérience française

Auteurs : C. Bouvet, C. Battin, C. Le Roy-Hatala

RésuméLe modèle Clubhouse existe aux États-Unis depuis plus de 60ans. Il s’agit d’un modèle de réhabilitation psychosociale permettant aux personnes souffrant de troubles psychiques de se réinsérer socialement et professionnellement. La non-médicalisation du lieu, ainsi que la co-gestion entre les membres et les salariés constituent une réelle originalité en France. Les objectifs sont fondés sur l’empowerment (pouvoir d’agir) et la pair-aidance, ainsi que sur la lutte contre l’isolement et la stigmatisation. Les Clubhouses ont démontré leur efficacité sur le retour à l’emploi des membres, leur qualité de vie et le nombre d’hospitalisations. Il existe plus de 500 publications, principalement américaines, sur les Clubhouses. Nous avons accédé à 205 articles dont 64 études scientifiques et sélectionné 28 d’entre elles afin de présenter une synthèse de la revue de la littérature. Le Clubhouse Paris ayant ouvert le 1er novembre 2011, cet article est l’occasion de présenter l’intérêt de ce nouveau modèle de réhabilitation psychosociale en France, résidant dans l’originalité et la complémentarité du concept au regard des structures de soins : lieu non médicalisé, accompagnement par des salariés non soignants, activités non thérapeutiques, journée de travail organisée (work ordered day).

Épidémiologie

Prévalence de l’usage problématique d’Internet chez les adolescents, Sfax, Tunisie

Auteurs : L. Chérif, H. Ayedi, I. Hadjkacem, K. Khemekhem, S. Khemekhem, A. Walha, I. Kossentini, Y. Moalla, F. Ghribi

RésuméEn Tunisie, l’accès à l’Internet est de plus en plus facile. Les adolescents peuvent plus facilement glisser vers un usage problématique d’Internet ou une addiction à l’Internet.ObjectifÉtudier la prévalence de l’usage problématique d’Internet chez les lycéens de la ville de Sfax.Sujets et méthodesLa présente étude était transversale, s’étalant sur une période d’un mois, portant sur 587 lycéens d’un âge moyen de 16ans (écart-type=1,26). Cet échantillon a bénéficié de l’autopassation du questionnaire de Young pour le dépistage de l’usage problématique d’Internet.RésultatsLa prévalence de l’usage problématique d’Internet était de 18,05 %. Le sex-ratio était égal à 0,75. L’usage problématique d’Internet n’était pas corrélé au sexe. La durée moyenne de navigation par jour était de 4,5heures (±2,84) chez les adolescents usagers problématiques d’Internet, contre 1,02 heure (±1,56) chez les adolescents non usagers problématiques d’Internet (p=0,000).ConclusionUne attention particulière et une action préventive de sensibilisation et d’éducation auprès des jeunes, de leurs familles et des professionnels de santé s’imposent à fin de limiter l’extension de ce problème.

Troubles psychiatriques et facteurs associés chez une population de patients épileptiques à Fès, Maroc

Auteurs : F. Elghazouani, C. Aarab, F. Faiz, A. Midaoui, M. Barrimi, K. Elrhazi, A. Berraho, M.F. Belahssen, I. Rammouz, R. Aalouane

RésuméLa prévalence des troubles psychiatriques chez les patients épileptiques demeure encore floue.ObjectifCe travail est réalisé afin de déterminer la prévalence et la nature des troubles psychiatriques, et encore les facteurs associés chez les patients présentant une épilepsie idiopathique.MéthodologieC’est une étude transversale menée au service de psychiatrie du centre hospitalier universitaire Hassan II à Fès (Maroc) sur une période de dix-huit mois. Un questionnaire a été rempli chez les patients inclus, précisant les données socio-démographiques, les antécédents personnels et familiaux, les éléments cliniques de la maladie épileptique et sa prise en charge. Les troubles psychiatriques ont été recherchés à l’aide du test de Mini International Neuropsychiatric Interview (MINI). L’inventaire de dépression de Beck (BDI) et l’échelle de Hamilton ont été utilisés pour évaluer la gravité des symptômes dépressifs et anxieux.Résultats et conclusionQuatre-vingt-neuf patients ont été inclus. L’âge moyen des patients est de 29,7±10,8ans. Les troubles de l’humeur représentent la première comorbidité psychiatrique : 32,6 % dont on distingue une prévalence de 25,8 % pour l’épisode dépressif majeur, de 15,7 % pour la dysthymie et de 2,2 % pour l’épisode hypomaniaque. Les troubles anxieux viennent en deuxième position avec une prévalence de 28, 1 % répartie entre 19,1 % de trouble panique, 13,5 % d’agoraphobie, 12,4 % d’anxiété généralisée, 10,1 % de phobie sociale et 4,5 % d’état de stress post-traumatique. Le sexe féminin, l’absence d’activité professionnelle et la mauvaise observance du traitement antiépileptiques sont des facteurs de risque de survenue des troubles psychiatriques chez cette population.

Psychiatrie de l'enfant

La scolarisation des patients atteints par des troubles du spectre autistique sans retard mental

Auteurs : D. Grimm, B. Assouline, A. Piero

RésuméIntroductionLa scolarité des enfants atteints de troubles du spectre autistique sans déficit intellectuel (TSA SDI) est un sujet encore peu exploré en France.ObjectiveL’objectif de cette étude était d’évaluer un certain nombre de facteurs cliniques et cognitifs qui peuvent être liés à la fonction de l’auxiliaire à la vie scolaire (AVS).MéthodesQuatre-vingt-trois patients autistes (3–18ans) sans retard mental ont été inclus au centre alpin de diagnostic précoce de l’autisme (Cadipa), centre ressources autisme Rhône-Alpes.RésultatsNos résultats montrent que les autistes typiques et atypiques sont principalement retrouvés en maternelle et au primaire, ils bénéficient plus fréquemment d’une AVS et d’un plus grand nombre de prises en charge comparativement aux enfants porteurs du syndrome d’Asperger. Les profils cognitifs de la Wechsler Intelligence Scale for Children (WISC 4e édition) sont également différents : l’indice de compréhension verbale (ICV) et l’indice de mémoire de travail (IMT) sont plus élevés chez les aspergers que chez les autistes typiques et atypiques. L’ICV et l’indice de vitesse de traitement (IVT) sont indirectement corrélés au nombre d’heures d’AVS.DiscussionDans le milieu scolaire, la présence d’AVS semble associée au diagnostic principal et au fonctionnement neuropsychologique selon un continuum qui va de l’autisme typique (besoins et déficits plus importants) au syndrome d’Asperger. Aucun lien entre la comorbidité psychiatrique et la scolarité n’a été retrouvé.

Thérapeutique / Psychopharmacologie

Comment améliorer les pratiques et interventions de soutien à l’insertion professionnelle des patients souffrant de schizophrénie en France ?

Auteurs : B. Pachoud, P.M. Llorca, J.M. Azorin, C. Dubertret, I. de Pierrefeu, R. Gaillard, N. Franck

RésuméAccéder à l’emploi et pouvoir s’y maintenir sont non seulement des critères de rétablissement de la schizophrénie mais en constituent aussi un des moyens privilégiés. En dépit du manque de données quantifiées en France concernant l’emploi des personnes vivant avec une schizophrénie, et en particulier les résultats des pratiques visant à réinsérer ces personnes, il est largement reconnu que ce taux d’accès à l’emploi reste faible, certainement inférieur à 20 %, et encore s’agit-il souvent d’insertion en milieu de travail protégé. Les données de recherche internationales dans ce domaine font pourtant apparaître qu’il est possible d’obtenir de bien meilleurs taux d’intégration professionnelle, avec des soutiens appropriés qui tendent à se développer à l’étranger. Les recherches portent aussi sur les facteurs prédictifs du retour à l’emploi. Les facteurs individuels, liés au patient, en particulier à son état clinique et à ses capacités cognitives, doivent être pris en compte et optimisés, notamment par l’association d’un traitement pharmacologique ajusté et d’interventions psychosociales telle que la remédiation cognitive adaptée aux besoins de la personne. Les dispositifs de soutien à l’insertion professionnelle s’avèrent un déterminant majeur du succès de la réinsertion. Les dispositifs les plus performants, relevant du modèle Place and train, permettent à la majorité des patients (plus de 50 %) d’accéder à l’emploi après 6 à 18 mois d’accompagnement individualisé. Il importe de promouvoir en France le développement de ce type de pratique, mises en œuvre à titre d’expérimentation par des structures militantes, mais qui tardent à se généraliser faute de financements publics dédiés. Cela implique une évolution des pratiques du secteur médico-social, intégrant ces résultats de recherche désormais bien établis et une culture de l’évaluation des pratiques et de leurs résultats. La fonction du conseiller en emploi spécialisé apparaît centrale, et consiste entre autres à coordonner le réseau de soutien à l’insertion sociale et professionnelle de ces patients, comprenant notamment l’employeur et l’équipe soignante.

Spécificités de l’entretien motivationnel dans le cadre d’une prise en charge cognitivo-comportementale de la douleur chronique

Auteurs : C. Aguerre, M. Bridou, F. Laroche, A. Csillik, M. Jensen

RésuméLa prise en charge cognitivo-comportementale de la douleur chronique présente des résultats fort encourageants au regard des bienfaits à la fois physiques, fonctionnels et psychologiques qu’elle contribue à générer chez les patients en bénéficiant. Ce mode de traitement non médicamenteux est en partie basé sur l’acquisition de nouvelles stratégies adaptatives visant à aider les patients à gérer plus efficacement leurs douleurs. Or, de nombreux échecs thérapeutiques sont directement imputables aux difficultés à initier et faire perdurer les changements indispensables à la poursuite des objectifs thérapeutiques fixés. La disposition au changement pourrait jouer à ce titre un rôle considérable dans la réussite ou non de la prise en charge. L’objectif principal de cet article est donc de présenter les données de la littérature actuelle portant sur les spécificités du processus de changement dans le champ de la douleur chronique. Nous décrivons dans un premier temps le cheminement psychologique emprunté par les patients douloureux chroniques aspirant à mieux gérer leur souffrance via le modèle transthéorique du changement intentionnel. Dans un second temps, nous développons les apports de la technique de l’entretien motivationnel dans l’amélioration de la prise en charge de la douleur chronique.

Résultats préliminaires d’un groupe de pleine conscience (Mindfulness) chez des patients alcoolo-dépendants

Auteurs : D. Carpentier, L. Romo, P. Bouthillon-Heitzmann, F. Limosin

RésuméDepuis plusieurs années, l’apprentissage de la pleine conscience s’est développé dans une perspective d’intervention psychologique et notamment dans le domaine des addictions. Cependant, à ce jour, très peu de données sont disponibles sur l’efficacité d’une telle approche. La présente étude ouverte et non contrôlée se propose d’exposer les résultats préliminaires d’une intervention de type Mindfulness-Based Relapse Prevention (MBRP), programme en huit séances intégrant des techniques de « pleine conscience » aux techniques classiques de prévention de la rechute, réalisées auprès de 26 patients alcoolo-dépendants répartis dans trois groupes. Ont été évalués, avant et après intervention, la consommation d’alcool, les pensées automatiques, les capacités à faire face, et les niveaux de pleine conscience, d’impulsivité et d’anxiété. Les premiers résultats de cette expérience tendent à montrer que la technique de MBRP est associée à une réduction de la consommation d’alcool, une baisse de l’impulsivité, à une augmentation de la pleine conscience, de la flexibilité cognitive et à un haut degré de satisfaction chez les participants. Dans notre étude, l’approche en MBRP est en outre associée à un maintien de l’abstinence ainsi qu’à une modération, voire une obtention de l’abstinence chez certains participants encore consommateurs. Des études de réplication sont nécessaires puisque celle-ci présente plusieurs limites méthodologiques : faible échantillon, absence de groupe témoin, étude ouverte, malgré des résultats cliniques prometteurs.

Luminothérapie et épisodes dépressifs saisonniers du trouble bipolaire

Auteurs : P.A. Geoffroy, T. Fovet, J.-A. Micoulaud-Franchi, C. Boudebesse, P. Thomas, B. Etain, A. Amad

RésuméLe trouble bipolaire (TB) est un trouble de l’humeur fréquent et sévère dont le mauvais pronostic est principalement lié à un taux élevé de rechutes : 70 à 80 % en moyenne à 2ans après un épisode thymique caractérisé malgré le traitement prophylactique. Les récurrences dépressives peuvent suivre une cyclicité saisonnière et être traitées efficacement par la luminothérapie. Il existe beaucoup de données concernant la luminothérapie des dépressions saisonnières unipolaires, mais les connaissances sont beaucoup plus pauvres en ce qui concerne la prise en charge des épisodes dépressifs bipolaires saisonniers. Or certaines spécificités liées au TB, risque de virage maniaque ou hypomaniaque notamment, doivent être prises en compte. Afin d’aider au mieux le clinicien dans son choix et sa prescription, cette revue propose une synthèse des données scientifiques concernant la prise en charge par luminothérapie des épisodes dépressifs saisonniers du TB afin d’en dégager des recommandations thérapeutiques.

Aspects théoriques et pratiques de la remédiation cognitive dans la déficience intellectuelle du jeune adulte : La « Cognitive Remediation Th...

Auteurs : I. Carteau-Martin, I. Amado, A. Thillay, E. Houy-Durand, C. Barthelemy, F. Bonnet-Brilhault

RésuméVéritables enjeux de santé publique, les adolescents et adultes avec déficience intellectuelle souffrent aujourd’hui de « surhandicaps », par des accompagnements parfois peu favorables à l’autonomisation et à de nouveaux apprentissages, indispensables à la vie en communauté. Leurs limites cognitives, en particulier au niveau des fonctions exécutives, seraient un frein à leur participation aux activités de vie quotidienne, par des difficultés de planification, d’anticipation, de flexibilité et de mémoire de travail. Ces fonctions mentales supérieures peuvent être exercées à l’aide de programmes tels que la CRT (Cognitive Remediation Therapy – Wykes and Reeder 2005) développés dans d’autres pathologies, à la condition de les adapter à l’âge de développement de la personne. Les bénéfices attendus par ce type d’accompagnement sont l’amélioration de l’autonomie, une meilleure participation aux activités de vie quotidienne et une estime de soi accrue, en résumé toutes les modalités nécessaires à une meilleure qualité de vie.

Efficacité et tolérance à long terme de la lurasidone dans la prise en charge de la schizophrénie

Auteurs : L. Samalin, M. Honciuc, P.-M. Llorca

RésuméLa lurasidone est un nouvel antipsychotique de deuxième génération approuvée par l’Agence européenne du médicament en mars 2014 dans le traitement de la schizophrénie. La lurasidone a démontré une efficacité à long terme supérieure au placebo dans le traitement d’entretien de la schizophrénie avec un risque significativement plus faible de rechute. La non-infériorité de la lurasidone versus la quétiapine LP a également été démontrée dans la prévention des rechutes psychotiques. La réalisation d’un switch antipsychotique/lurasidone s’associait à un maintien à long terme de l’amélioration clinique obtenue au cours des premières semaines de traitement. Enfin, comme le suggérait son profil pharmacologique, une amélioration des performances cognitives des patients traités par lurasidone était observée au long cours. La lurasidone apparaît bien tolérée à long terme et se distingue des autres antipsychotiques de deuxième génération par un profil de tolérance métabolique et cardiovasculaire favorable. Bien que les résultats des études précliniques suggéraient une bonne tolérance neurologique, des symptômes extrapyramidaux et de l’akathisie au long cours ont, comme dans les études à court terme, été observés à des fréquences plus élevées qu’attendues. Malgré l’absence de forme galénique à libération prolongée disponible pour cet APIIG, le profil de tolérance globale de la lurasidone apparaît comme compatible au long cours avec une bonne acceptabilité des patients et en conséquence une bonne observance des patients.

Cas cliniques

Manifestations neuropsychiatriques inaugurant une maladie de Biermer

Auteurs : S. Mrabet, F. Ellouze, S. Ellini, M.F. Mrad

RésuméIntroductionLa maladie de Biermer représente 15 % des carences en vitamine B12. Ses manifestations cliniques sont principalement hématologiques. Les manifestations neuropsychiatriques sont moins fréquentes.ObjectifIllustrer le polymorphisme clinique des manifestations neuropsychiatriques révélant une maladie de Biermer.ObservationsObservation 1 : Mme C.O., âgée de 56ans, a présenté un tableau psychiatrique aigu avec des troubles de la marche. L’entretien psychiatrique a objectivé un syndrome délirant et un syndrome anxio-dépressif. L’examen neurologique a révélé une paraplégie flasque et des myoclonies. La numération formule sanguine (NFS) a montré une macrocytose à 112,2 fl sans anémie. Le dosage de la vitamine B12 dans le sang était bas. Observation 2 : Mme R.M., âgée de 40ans, a consulté pour troubles du comportement. L’entretien psychiatrique a identifié un syndrome anxio-dépressif et un syndrome délirant. L’examen neurologique a montré un syndrome cordonal postérieur avec un syndrome pyramidal bilatéral. La NFS a révélé une anémie macrocytaire. Le dosage vitaminique (B12) était effondré.DiscussionDes manifestations neuropsychiatriques peuvent s’associer à l’anémie pernicieuse. Ces troubles sont classiques mais révèlent rarement le déficit vitaminique.ConclusionPenser à la carence en vitamine B12 devant un tableau neuropsychiatrique atypique doit être systématique chez tout clinicien.

Une manière de s’exprimer, l’hystérie collective

Auteurs : I.-H. Rafehivola, A. Raharivelo, F. Rakotomavo, D.-S. Andriambao

RésuméIntroductionL’hystérie collective se définit comme l’occurrence épidémique d’une série des symptômes physiques en l’absence de désordre organique et d’agents pathogènes identifiables (Brabant et al., 1990). L’épidémie d’hystérie a été décrite depuis le Moyen-Âge, rapportée dans différentes cultures et religions et concerne différentes populations à travers le monde (Boss, 1997). Rares sont les études menées sur ce sujet à Madagascar. Notre objectif est de décrire l’aspect clinique et thérapeutique d’une hystérie collective survenue dans le Sud de Madagascar.MéthodologieUne étude rétrospective et prospective, allant du 6 avril 2009 au 7 mai 2009, a été menée dans le village d’Ikalahazo, au Sud-Est de Madagascar et au sein du centre hospitalier universitaire de Fianarantsoa (CHUF), centre de référence de la région. L’étude a été conduite auprès des patients ayant présenté des symptômes cliniques d’allure conversive et ayant adhéré à une évaluation en milieu hospitalier. Durant la période d’étude, 27 cas de jeunes filles ont été répertoriés dont 22 référés au CHUF en vue d’un examen clinique complet. Les paramètres étudiés sont les données démographiques, la clinique et la prise en charge.RésultatsDans le cadre d’une discorde foncière qui perdure dans le village d’Ikalahazo, exclusivement 27 jeunes filles, âgées de 8 à 21ans, ont présenté des troubles étranges. Un premier cas survient le 6 avril 2009, soit un mois avant la manifestation générale. Un cas analogue fut observé deux ans plutôt mais ce cas fut unique à l’époque. Les symptômes, essentiellement à manifestation motrice, se sont étendus rapidement mais ceux-ci demeurant circonscrits, sensibles à la suggestibilité lors de l’intervention des « Mpiandry », ou directeurs confessionnels religieux. Ces derniers ont été sollicités par les villageois qui incriminaient des esprits malveillants comme à l’origine des faits. Devant la persistance des symptômes, le personnel du service de neuropsychiatrie du centre hospitalo-universitaire de Fianarantsoa (CHUF) est dépêché sur place le 6 mai 2009. La forte adhésion des villageois à une hypothèse satanique a rendu difficile l’évaluation clinique. Les investigations cliniques et paracliniques n’ont objectivé aucune anomalie organique. Au terme du procès relatif à la discorde foncière, laquelle est résolue en faveur des villageois, et après l’isolation des jeunes filles affectées au « toby » ou centres de réveil des « Mpiandry », il n’a plus été noté les événements pathologiques sus-cités.ConclusionUne hystérie collective est retenue, favorisée et entretenue par les discordes locales, la croyance des gens du village et la forte médiatisation par la présence des Mpiandry. L’hystérie collective mêle culture, tradition et psychiatrie moderne. Une prise en charge adéquate et optimale devrait alors inclure la coopération entre ces trois instances.

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