Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L'Encéphale – Volume 41, fascicule S1

Publié le jeudi 16 juillet 2015

dans

juin 2015

Divers

Editorial board

Addictions

Interdiction stricte du tabac : impact sur le risque de violence dans une unité de soins intensifs psychiatrique

Auteurs : S. Boumaza, P. Lebain, P. Brazo

RésuméDepuis le 1er février 2007, il est strictement interdit de fumer dans les locaux couverts et fermés des services de psychiatrie. L’application de cet interdit suscite encore des débats, surtout au sujet des patients aigus. L’une des principales réticences des équipes soignantes est que le sevrage tabagique secondaire à l’interdiction entraîne une recrudescence de leur agressivité. Dans ce contexte, nous avons voulu objectiver l’impact de l’interdiction stricte du tabac sur le risque de violence dans une cohorte de 72 patients hospitalisés dans une unité psychiatrique fermée de soins intensifs (USIP). À l’aide de plusieurs outils, dont la « Bröset Violence Checklist », nous avons comparé le risque de violence du groupe de patients fumeurs en sevrage tabagique strict (avec substitution nicotinique systématiquement proposée) à celui du groupe témoin de patients non-fumeurs. Le risque de violence ne différait pas de manière statistiquement significative entre ces deux groupes de patients qui étaient comparables quant à leurs caractéristiques cliniques. L’interdiction stricte du tabac n’est donc pas un facteur significatif de risque de violence en USIP, même lorsqu’une substitution nicotinique insuffisante (refus ou observance incomplète par la majorité des patients) ne peut pas éviter avec certitude un sevrage.

Comorbidités chez 207 usagers de cannabis en consultation jeunes consommateurs

Auteurs : E. Guillem, S. Arbabzadeh-Bouchez, F. Vorspan, F. Bellivier

RésuméLes diagnostics d’abus, de dépendance (DSM-IV) et de troubles psychiatriques (Mini-International Neuropsychiatric Interview) ont été portés chez 207 usagers de cannabis (71 % hommes, 29,3 ± 8,6ans) vus en « consultation jeunes consommateurs ». Parmi les usagers, 59,7 % sont venus d’eux-mêmes, 19,4 % à la demande de l’entourage et 20,9 % suite à une injonction scolaire, sanitaire ou judiciaire. Dans les 12 derniers mois, les prévalences d’abus et de dépendance sont égales à : 10,1 % et 82,1 % pour le cannabis ; 9,7 % et 8,7 % pour l’alcool ; 2,4 % et 3,4 % pour la cocaïne/crack. Sur la vie, les prévalences d’abus et de dépendance sont égales à : 8,7 % et 88,4 % pour le cannabis ; 19,3 % et 18,8 % pour l’alcool ; 4,8 % et 11,6 % pour la cocaïne/crack. La prévalence des troubles de l’humeur actuels est de : 29,1 % pour l’épisode dépressif majeur (EDM) ; 20,3 % pour la dysthymie ; 1,9 % pour l’hypomanie ; 2,9 % pour la manie. La prévalence des troubles de l’humeur sur la vie est de : 57,1 % pour l’épisode dépressif majeur ; 6,7 % pour l’hypomanie ; 12,8 % pour la manie. Les femmes présentent plus fréquemment que les hommes un EDM actuel et vie entière (p < 0,001). La prévalence des troubles anxieux actuels est de : 10 % pour le trouble panique ; 13,9 % pour l’agoraphobie ; 26,9 % pour la phobie sociale ; 9,5 % pour le trouble obsessionnel compulsif ; 6,5 % pour le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) ; 26,8 % pour l’anxiété généralisée. La prévalence des troubles anxieux sur la vie est de : 16,4 % pour le trouble panique ; 17,4 % pour l’agoraphobie ; 32,8 % pour la phobie sociale ; 12,9 % pour le trouble obsessionnel compulsif ; 16,4 % pour le SSPT. Les femmes présentent plus fréquemment que les hommes une phobie sociale actuelle (p = 0,049), et une agoraphobie (p = 0,01 et p < 0,001), un SSPT (p < 0,001) actuels et sur la vie. Les prévalences des troubles des conduites alimentaires actuels et sur la vie sont de : 0 % et 1,5 % pour l’anorexie mentale, et 4 % et 8 % pour la boulimie. Les femmes présentent plus fréquemment une boulimie actuelle (p = 0,02) et sur la vie (p < 0,001). Parmi les usagers, 4,8 % présentent un trouble psychotique. Les odds ratios ajustés des variables associées au sexe (femme/homme) sont l’EDM sur la vie OR = 4,71 [2,1–10,61] (p < 0,001) et l’âge de survenue de l’abus de cannabis plus tardif OR = 1,1 [1,04–1,17] (p = 0,002), et ceux associés à la demande personnelle de soins sont le nombre de critères de dépendance actuelle au cannabis OR = 1,26 [1,06–1,51] (p = 0,009) et l’âge OR = 1,07 [1,03–1,12] (p = 0,002). Notre enquête confirme la forte comorbidité des troubles de l’humeur et anxieux chez les usagers dépendants du cannabis en consultation jeunes consommateurs et souligne l’importance de rechercher ces troubles associés.

Conséquences potentielles de la consommation de tabac, de cannabis et de cocaïne par la femme enceinte sur la grossesse, le nouveau-né et l’enf...

Auteurs : S. Lamy, X. Laqueille, F. Thibaut

RésuméLes chiffres de prévalence de la consommation de substances durant la grossesse sont inconnus en France et probablement sous-évalués dans le reste du monde car les études ont eu le plus souvent recours à des questionnaires et non à des dosages. Les conséquences potentielles de cette consommation sont obstétricales (celle-ci augmente le risque d’avortement spontané, de placenta praevia, de menace d’accouchement prématuré…), néonatales (augmentation de la prématurité et risque de syndrome de sevrage plus ou moins important selon la substance, la dose consommée et l’ancienneté de la consommation), et surtout à plus long terme chez l’enfant. Les conséquences diffèrent selon les produits mais globalement, les enfants exposés présenteraient davantage de troubles cognitifs (troubles de l’attention, de la mémoire et des fonctions exécutives), de troubles du comportement (impulsivité, hyperactivité avec déficit de l’attention), de retard de croissance, de symptômes psychiatriques (anxiété, symptômes dépressifs…). Les relations entre l’exposition in utero au cannabis et l’apparition chez le jeune adulte d’une schizophrénie sont controversées. De même, l’existence d’une relation entre une augmentation du risque de consommation de substances et l’exposition au tabac, au cannabis ou à la cocaïne durant la grossesse n’est pas clairement établie. Les divergences entre les résultats des différentes études proviennent de biais méthodologiques importants, notamment le rôle potentiel des facteurs environnementaux et génétiques, de différences entre les populations étudiées et les échelles d’évaluation utilisées. Des études portant sur des cohortes plus importantes et sur des périodes plus longues apparaissent nécessaires.

Comparaison de thérapies européennes pour adolescents présentant une addiction au cannabis

Auteurs : M. Lascaux, O. Phan

RésuméObjectifLe programme européen international cannabis need of treatement (INCANT) a été l’occasion de formaliser les pratiques cliniques européennes – nommée treatment as usual (TAU). La formalisation permet d’identifier les éléments qui composent les TAU.MéthodologieLes thérapeutes TAU ont été interviewés sur leurs pratiques à partir d’une trame d’entretien. Un support clinique (entretien filmé, enregistré ou retranscris) leur a été demandé pour corroborer leurs propos.RésultatsL’analyse descriptive comparée des interviews a mis en évidence des points communs sur les modalités et le processus thérapeutique mais également des spécificités quant aux techniques thérapeutiques utilisées. Tous proposent une thérapie centrée sur la gestion des consommations de l’adolescent avec une fréquence hebdomadaire des entretiens avec ce dernier. L’attention est particulièrement portée sur la création de l’alliance thérapeutique et l’accompagnement au changement du comportement addictif.ConclusionAinsi, plus que les techniques utilisées, c’est la formalisation d’un processus pour créer l’alliance et accompagner aux changements qui serait le facteur prédicteur de l’efficacité de la thérapie.

Vieillissement

Milieu de vie et activation des schémas cognitifs dysfonctionnels au troisième âge : étude comparative réalisée chez 80 sujets âgés

Auteurs : S. Obeid, F. Kazour, G. Kazour

Résumé

Les schémas « précoces » identifiés par Young sont pertinents en clinique du sujet âgé. Ils représentent des modèles ou des thèmes importants et envahissants pour l’individu, constitués de souvenirs, d’émotions, de pensées et de sensations corporelles. L’objectif de notre recherche consiste dans l’étude du niveau d’activation des schémas cognitifs dysfonctionnels spécifiques au troisième âge en fonction des milieux de vie (maison de retraite et domicile) des personnes âgées, à savoir, les schémas de carence affective, d’abandon, de méfiance, d’exclusion, de dépendance, de vulnérabilité et de surcontrôle émotionnel. Le « Questionnaire de Schémas de Young », dans sa forme courte, a été réalisé chez 80 personnes âgées dont 40 vivant en maison de retraite et 40 à domicile avec au moins une personne. Les personnes vivant en maison de retraite, comparées aux sujets vivant à domicile ont plus d’activation des schémas de carence affective (22,5 % vs 7,5 %), d’abandon (15 % vs 0 %), de méfiance (32,5 % vs 2,5 %), d’exclusion (7,5 % vs 0 %) et de surcontrôle émotionnel (25 % vs 2,5 %). Ces résultats sont significatifs sur cinq des sept schémas étudiés, excepté les schémas de dépendance et de vulnérabilité dont le niveau d’activation ne diffère pas entre les deux groupes de l’échantillon. L’activation de ces schémas précoces chez les sujets en maison de retraite serait liée à un manque de support familial et émotionnel.

Pseudodémence, de quoi parle-t-on ? Partie II : de Stertz à Alzheimer : une maladie psychogène après traumatisme

Auteurs : M. Vinet-Couchevellou, F. Sauvagnat

RésuméLes auteurs, constatant que les origines précises de la notion de pseudodémence n’ont jamais été clairement décrites, ont exploré le sens donné à ce terme dans la psychiatrie germanophone fin XIXe et début XXe. Au-delà de l’objectif de donner un nouvel ancrage au concept de pseudodémence, ce travail contribue à ajuster le point de vue psychopathologique sur cet objet. Dans son célèbre article de 1961, Leslie Gordon Kiloh, qui a introduit le terme de « pseudodémence dépressive », avance que le concept initial de pseudodémence n’appartient à aucun système nosologique, est purement descriptif et ne renvoie à aucun diagnostic précis. Notre recherche présente pourtant un tout autre constat. Initialement, le terme a été introduit dans la psychiatrie germanique pour désigner des cas de maladies psychogènes hystériques après traumatisme (psychogene Erkrankungen nach Trauma) où le mécanisme d’inhibition est discuté. Géographiquement, on peut même situer son émergence à l’université et la clinique psychiatrique de Breslau d’où Wernicke, Stertz, Bonhoeffer puis Alzheimer lui-même en ont initié la diffusion. Il importe de noter que l’hystérie est envisagée comme un vaste modèle fonctionnel de la pathologie mentale et inclut la notion de « psychose hystérique ».

Facteurs associés à la conscience des troubles dans la maladie d’Alzheimer débutante et le mild cognitive impairment

Auteurs : J.-P. Jacus, N. Belorgey, C. Trivalle, M.-C. Gély-Nargeot

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Vieillissement et démences. Un défi médical, scientifique et socio-économique

Auteurs : La Rédaction

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