Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L'Encéphale – Volume 42, fascicule 2

Publié le mardi 7 juin 2016

dans

avril 2016

Divers

Editorial board

Éditorial

Turning certainties upside down: A homage to the work of Professor Robert L. Spitzer

Auteurs : Marc Masson, Julien Cavanagh de Carvalho

Articles de recherche

Prescription et surveillance d’antipsychotiques chez les patients âgés souffrant de schizophrénie : pratiques des psychiatres et leurs déterm...

Auteurs : I. Jalenques, V. Ortega, G. Legrand, C. Auclair

RésuméObjectifÉvaluer les pratiques de prescription et de surveillance d’antipsychotiques (AP) en psychiatrie générale chez les patients schizophrènes âgés et les facteurs susceptibles d’influer sur elles.MéthodeOnt été contactés par courrier 190 psychiatres pour participer à une étude observationnelle de leurs pratiques de prescription d’AP chez des patients schizophrènes de 65ans et plus.RésultatsLe taux de réponse est de 44,2 % ; 75 % des psychiatres ayant répondu traitent des schizophrènes âgés. Ils utilisent à 87,7 % un AP de seconde génération en première ligne ; 64,9 % prescrivent en monothérapie ; 54,4 % utilisent des AP à action prolongée. La tolérance constitue le critère de choix principal de l’AP pour 3,5 % et secondaire pour 29,8 % des psychiatres. Les surveillances du périmètre abdominal, de la prolactinémie, cardiologique avec électrocardiogramme et ophtalmologique ne sont qu’en partie conformes aux recommandations professionnelles. Lors de la surveillance au long cours, les psychiatres ayant une utilisation courante des recommandations de prise en charge mesurent significativement plus souvent le pouls et la tension artérielle (74,3 % vs 41,2 %, p=0,03) ainsi que le périmètre abdominal (22,9 % vs 0 %, p=0,04) comparés aux psychiatres qui n’utilisent pas couramment des recommandations de prise en charge.ConclusionsCette étude démontrant un respect inégal en psychiatrie générale des recommandations de prise en charge concernant la prescription et la surveillance des AP chez les patients schizophrènes âgés, précise les pratiques à améliorer : choix de l’AP d’abord en fonction de la tolérance, surveillances du périmètre abdominal, de la prolactinémie, cardiologique avec électrocardiogramme et ophtalmologique.

L’impulsivité dans le TDAH : prévalence des troubles du contrôle des impulsions et autres comorbidités, chez 81 adultes présentant un troub...

Auteurs : R. Porteret, J. Bouchez, F.J. Baylé, I. Varescon

RésuméActuellement en France, peu de données sont disponibles sur la prévalence du trouble déficit de l’attention/hyperactivité (TDA/H) chez l’adulte. Pourtant, le retentissement fonctionnel de ce trouble reste marqué et représente un véritable handicap dans la vie du patient. De plus, le TDA/H est souvent associé à d’autres troubles qui peuvent avoir un impact direct sur le diagnostic mais également sur la prise en charge du patient et son évolution. Bien que ce trouble se définisse par deux catégories symptomatiques (trouble attentionnel/hyperactivité), l’impulsivité y est centrale.ObjectifsCette étude vise à évaluer la prévalence des troubles du contrôle des impulsions (TCI), mais également des comorbidités psychiatriques et addictives (abus et dépendance à une substance) associées au TDA/H de l’adulte.PopulationOnt été inclus dans cette étude un total de 100 sujets dont 81 ont répondu au diagnostic complet du TDA/H de l’adulte, (non traités pour ce trouble au moment de l’évaluation diagnostique).MéthodeÀ partir d’hétéro-questionnaires, nous avons évalué : le TDA/H (DSM IV-TR ; APA, 2004), les troubles du contrôle des impulsions (TCI) (Minnesota Impulse Disorders Interview, Christensen et al. 1994), les troubles psychiatriques, et les troubles liés à l’usage de substances psychoactives (Midi International Neuropsychiatric Interview, Lecrubier, Sheehan et al., 1998).Lieu d’évaluationClinique des maladies mentales et de l’encéphale de l’hôpital Sainte-Anne à Paris.RésultatsPlus de 90 % des sujets ont présenté une forme précoce et complète de TDA/H (à savoir avant l’âge de 7ans, et présentant la majorité des symptômes du trouble). Nous avons retrouvé davantage de formes mixtes vs inattentives (55,6 % vs 44,4 %). Concernant les TCI, plus de la moitié des sujets (66 %) a présenté au moins un trouble, toutes formes confondues. Les TCI les plus retrouvés furent le trouble explosif intermittent (29,6 %), suivi des achats compulsifs (23,4 %) et du jeu pathologique (7,4 %). Une proportion de 2,4 % a été retrouvée de façon identique pour les comportements sexuels compulsifs et la kleptomanie. De plus, on retrouve parmi les sujets présentant un TCI, 70 % de formes mixtes, suivies de loin par les formes à prédominance inattentive (30 %). Parmi les TCI les plus retrouvés chez les formes mixtes, on trouve le trouble explosif intermittent (TEI) (79,2 %) suivi des achats compulsifs (73,7 %). Pour les comorbidités psychiatriques, 96 % des sujets ont manifesté au moins un trouble associé au TDA/H. Concernant les troubles liés à l’usage de substances, 32 % des sujets ont manifesté une comorbidité addictive (abus ou dépendance pour les 12 derniers mois). En résumé, et tous troubles associés confondus, 55,7 % des sujets ont présenté trois troubles ou plus associés au TDA/H, 19,7 %, deux troubles associés, 21,3 %, un trouble associé, et seulement 4 % des sujets n’ont présenté aucun trouble associé. Par ailleurs, les formes mixtes sont les plus courantes parmi les comorbidités psychiatriques et addictives à l’exception de l’EDM passé, de la dysthymie et du trouble panique (même proportion retrouvée). Les formes inattentives sont également plus fréquentes parmi les abus d’alcool (66,7 % vs 33,3 %).ConclusionLe TDA/H de l’adulte est un trouble rarement isolé et son diagnostic reste donc complexe. Aussi, l’impulsivité reste un symptôme clefs de ce trouble pouvant se manifester de manière diverse. Il semble important d’effectuer une évaluation psychologique globale et plus systématique afin de repérer d’éventuels troubles comorbides pour d’une part, affiner le diagnostic différentiel, et d’autre part, adapter la prise en charge de ces patients sur le long terme.

Influence de la maturation pubertaire et de l’estime de soi corporelle sur la sexualité à l’adolescence

Auteurs : C. Potard, R. Courtois, R. Clarisse, N. Le Floc’h, M. Thomine, C. Réveillère

RésuméObjectifL’objectif de cette étude est d’explorer les liens entre la maturation pubertaire, l’estime de soi corporelle et la sexualité à l’adolescence en prenant en compte les différences en fonction du genre.MéthodeL’échantillon comprenait 312 adolescents issus de 4 collèges d’Indre-et-Loire, dont 52,6 % (n=164) de filles. Les participants ont répondu à trois questionnaires en auto-évaluation : une échelle de sexualité (intérêts, émotions, relations : IERS) à la prime adolescence ; (b) une échelle de développement pubertaire et (c) une échelle d’évaluation de l’estime de soi corporelle.RésultatsPlus le stade de développement pubertaire est avancé, plus les facteurs « Draguer en espérant avoir des relations intimes » et « Sortir avec quelqu’un » sont élevés chez les adolescents. La maturation pubertaire provoque chez les adolescents une chute de l’estime de soi corporelle, essentiellement dans les domaines corporels socialement valorisés : l’« Adiposité » pour les filles et la « Force » et la « Santé » pour les garçons. Une faible estime de soi corporelle est liée à des scores moins élevés aux facteurs « Sortir avec quelqu’un » et « Draguer en espérant avoir des relations intimes ».DiscussionLes transformations corporelles issues de la puberté provoquent chez les adolescents deux mouvements distincts : un mouvement d’exploration et de découverte sexuelle (corps génitalisé) et un mouvement de dépréciation de soi (corps social).

Le syndrome d’épuisement professionnel et les facteurs de risques psychosociaux spécifiques au métier des personnels navigants commerciaux liba...

Auteurs : N. Richa, H. Zreik, S. Richa

RésuméObjectifL’objectif de notre étude est d’étudier l’influence des facteurs démographiques liés au travail et psychosociaux sur le développement du syndrome d’épuisement professionnel chez les personnels navigants commerciaux (PNC), et la nature des facteurs psychosociaux auxquels ils sont exposés.MéthodeNous avons divisé notre échantillon en deux groupes : 67 PNC et 67 personnes occupant des métiers divers. Ils ont passé deux questionnaires : le questionnaire du burnout de Copenhagen et le questionnaire psychosocial de Copenhagen.RésultatsLe syndrome d’épuisement professionnel touche équitablement les deux groupes. Il touche pareillement les femmes aussi bien que les hommes, quelles que soient leurs catégories d’âge et leurs années d’expérience. Les PNC occupant un poste intermédiaire par ordre hiérarchique présentent le score le plus élevé sur le syndrome d’épuisement professionnel. Certains facteurs psychosociaux sont significativement plus retrouvés chez les PNC que dans le groupe témoin.ConclusionUne amélioration des conditions de travail permet de prévenir les risques psychosociaux auxquels sont exposés les PNC et de prévenir l’épuisement professionnel.

Le trouble de conversion en médecine interne : 37 observations

Auteurs : P. Régny, P. Cathébras

RésuméObjectifDécrire les caractéristiques cliniques d’une série de patients présentant un trouble de conversion, les arguments retenus en faveur du diagnostic, les comorbidités somatiques et psychiatriques, la prise en charge et l’évolution des troubles.MéthodeÉtude rétrospective sur 37 patients diagnostiqués comme souffrant d’un « trouble de conversion » au sens du DSM-IV-TR entre 1998 et 2012 dans un service de médecine interne. Nous avons recueilli les données à partir des dossiers médicaux et d’une enquête menée auprès des médecins traitants des malades. Aucun instrument standardisé d’évaluation ou de diagnostic n’a été utilisé.RésultatsLe trouble de conversion touche en majorité des femmes jeunes, sans niveau socio-économique prédominant. La symptomatologie dans cette série était dominée par les troubles moteurs (62 %). La difficulté diagnostique résidait dans l’association à un facteur psychogène jugé causal ou aggravant relevé seulement dans 43 % des dossiers, et dans l’intrication fréquente avec des pathologies organiques. Les erreurs diagnostiques étaient rares. En accord avec la littérature, on documentait majoritairement la dépression (38 %) et les troubles anxieux (35 %) parmi les comorbidités psychiatriques. Une plainte douloureuse était présente une fois sur deux chez ces patients. Aucune prise en charge ne s’est distinguée en termes d’efficacité. Globalement le pronostic s’est montré défavorable avec la persistance ou la récidive des symptômes pour 70 % de la population, associée à une baisse de la qualité de vie.ConclusionCette étude confirme le caractère extrêmement problématique de la mise en évidence d’un lien causal entre un événement ou un facteur psychologique et l’apparition de symptômes pseudo-neurologiques. Elle met en évidence une relation de proximité entre le trouble de conversion et le syndrome douloureux chronique.

Revue de littérature

The role of GSK-3 in treatment-resistant depression and links with the pharmacological effects of lithium and ketamine: A review of the literature

Auteurs : J.F. Costemale-Lacoste, J.P. Guilloux, R. Gaillard

AbstractBackgroundSince the discovery of antidepressants, new treatments have emerged with fewer side effects but no greater efficacy. Glycogen synthase kinase 3 β (GSK-3β), a kinase known for its activity on glycogen synthesis, has in the last few years raised growing interest in biological psychiatry. Several efficient treatments in major depression have an inhibitory effect on this kinase, which could be targeted in new mood disorder treatments.MethodsThe aim of this review is to summarize findings concerning the intracellular pharmacologic effects of GSK-3β inhibitors on mood. After a brief description of the intracellular transduction pathways implicated in both GSK-3β and mood disorders, we reviewed the results demonstrating GSK-3β involvement in the effects of lithium and ketamine.ResultsGSK-3β can be inhibited through several mechanisms such as serine phosphorylation or binding in a proteic scaffold and others. Its inhibition is implicated in numerous cellular pathways of interest involved in neuronal growth and architecture, cell survival, neurogenesis or synaptic plasticity. This inhibition appears to be both efficient and sufficient in improving mood in animal models. In human beings, several levels of evidence show GSK-3β inhibition with antidepressant use. Crucially, strong inhibition has been shown with lithium via the proteic scaffold PP2A/β-arrestin/AKT, and with the rapid antidepressant effect of ketamine via p70S6K.ConclusionOur review focuses on mechanisms whereby the GSK-3β pathway has a part in the antidepressant effect of lithium and ketamine. This article highlights the importance of translational research from cell and animal models to the clinical setting in order to develop innovative therapeutic targets.RésuméContexteDepuis la découverte des antidépresseurs, de nouveaux traitements ont vu le jour avec de moins en moins d’effets secondaires, mais sans amélioration de l’efficacité. La glycogène synthase kinase 3 β (GSK-3β), une kinase connue pour son activité sur la synthèse du glycogène, a au cours des dernières années soulevé un intérêt croissant en psychiatrie biologique. Plusieurs traitements efficaces dans la dépression majeure ont un effet inhibiteur sur cette kinase, qui pourrait être une cible dans de nouveaux traitements des troubles de l’humeur.MéthodesLe but de cette revue de littérature est de résumer les preuves concernant les effets pharmacologiques intracellulaires d’inhibiteurs de GSK-3β sur l’humeur. Après une brève description, des voies de transduction intracellulaire impliquant à la fois la GSK-3β et les troubles de l’humeur, nous avons analysé les résultats démontrant l’implication de la GSK-3β dans les effets pharmacologiques du lithium et de la kétamine.RésultatsLa GSK-3β peut être inhibée par plusieurs mécanismes tels que la phosphorylation d’une sérine en position N-terminal ou la séquestration dans un échafaudage protéique et autres. Son inhibition est impliquée dans de multiples voies cellulaires d’intérêt participant à la croissance et à l’architecture neuronale, à la survie cellulaire, à la neurogenèse ou à la plasticité synaptique. Cette inhibition semble être à la fois efficace et suffisante à l’amélioration de l’humeur dans les modèles animaux. Chez l’homme, plusieurs niveaux de preuves montrent une inhibition de la GSK-3β lors de l’utilisation d’antidépresseurs. De manière cruciale, une forte inhibition a été démontrée avec le lithium par l’intermédiaire de l’échafaudage protéique PP2A/β-arrestine/AKT, ainsi que lors de l’effet antidépresseur rapide de la kétamine par l’intermédiaire d’une protéine, p70S6K.ConclusionNotre revue se concentre sur les mécanismes par lequel la voie de GSK-3β prend place dans l’effet antidépresseur du lithium et de la kétamine. Cet article met en évidence l’importance de la recherche translationnelle des modèles cellulaires et animaux à la clinique afin de développer des cibles thérapeutiques innovantes.

Symptômes négatifs de la schizophrénie : une revue des instruments d’évaluation

Auteurs : C. Mach, S. Dollfus

RésuméIntroductionLes symptômes négatifs forment une composante fondamentale de la schizophrénie. Une définition consensuelle semble se préciser, englobant cinq dimensions : anhédonie, alogie, retrait social, émoussement affectif et avolition. Des instruments d’évaluation standardisés ont été conçus depuis le milieu du xxe siècle afin de mieux les évaluer et les prendre en charge.ObjectifsCette étude a permis de recenser et de comparer les caractéristiques générales et les symptômes négatifs composant 12 instruments unidimensionnels d’évaluation de la symptomatologie négative de la schizophrénie.MéthodesLes critères d’inclusion étaient : (a) les instruments d’évaluation unidimensionnels de la schizophrénie ; (b) les instruments en langue anglaise (avec les versions en langue française si possible) ; (c) tous les instruments ont été inclus, des plus anciens aux plus récents. La recherche sur Pubmed s’est arrêtée en février 2013.RésultatsDouze instruments ont été identifiés. Onze d’entre eux sont des instruments d’hétéro-évaluation et un seul est un instrument d’auto-évaluation sous forme d’autoquestionnaire (Motivation And Pleasure-Self Report). L’instrument High Royds Evaluation of Negativity est le plus rapide à utiliser. L’échelle Motivation And Pleasure-Self Report évalue le plus faible nombre de domaines. L’outil Scale for Assessment of Negative Symptoms (SANS, traduite en français) est le plus long à utiliser et évalue le plus de domaines de la symptomatologie négative. La majorité des instruments nécessite un entraînement et un entretien psychiatrique semi-structuré ou structuré. Les domaines les plus évalués sont l’émoussement affectif, l’alogie, le retrait social, l’anhédonie et l’avolition. L’instrument Schedule of Deficit Syndrome (SDS, traduite aussi en français) distingue les symptômes négatifs primaires et secondaires.DiscussionL’instrument SANS est le plus complet. Deux instruments évaluent la symptomatologie négative telle qu’elle est évoquée dans le DSM-V et sont plus rapides à utiliser que la SANS ; il s’agit des Brief Negative Symptoms Scale (BNSS) et Clinical Assessment Interview for Negative Symptoms (CAINS). Aucun instrument d’auto-évaluation ne permet une évaluation complète des 5 dimensions.ConclusionBien qu’il existe de bons instruments d’hétéroévaluation, des outils d’auto-évaluation devraient être développés pour favoriser une prise en charge centrée sur la symptomatologie négative prenant d’avantage en compte les plaintes du patient.

Les manifestations psychiatriques dans la polyarthrite rhumatoïde

Auteurs : P. Abdel-Ahad, M. El Chammai, A. Fneich, R. Issa, W. Kabbara, S. Richa

RésuméObjectifL’objectif de cette revue est de présenter les différentes manifestations psychiatriques de la polyarthrite rhumatoïde rapportées dans la littérature médicale.MéthodeUne revue de la littérature a été faite en utilisant le moteur de recherche Pubmed avec les mots clés suivants : psychiatry, psychiatric manifestations, rheumatoid arthritis. Les articles ont été revus et retenus en fonction de leur pertinence.RésultatsParmi les principales manifestations psychiatriques retrouvées dans la polyarthrite rhumatoïde (PR), les troubles anxio-dépressifs sont prévalents (13 à 48 % des patients), ainsi que les suicides, l’insomnie et la fatigue. L’altération de la qualité de vie est plus marquée après 65ans. L’association entre la PR et la schizophrénie semble négative de sorte que les facteurs qui prédisposent à l’une seraient protecteurs pour l’autre.ConclusionLes manifestations psychiatriques comorbides avec la PR sont prévalentes et peuvent majorer l’altération de la qualité de vie des patients. Le dépistage et le traitement des troubles psychiatriques améliorent la prise en charge des patients atteints de PR.

Psychiatrie du sujet âgé en milieu pénitentiaire

Auteurs : T. Fovet, P.A. Geoffroy, G. Vaiva, C. Adins, P. Thomas, A. Amad

RésuméLes pathologies psychiatriques sont extrêmement fréquentes en prison et le vieillissement de la population carcérale doit nous interroger sur la place de la psychiatrie du sujet âgé en milieu pénitentiaire. En effet, environ un détenu sur deux âgé de plus de 60 ans présente une pathologie psychiatrique. Parmi les pathologies les plus fréquentes, l’épisode dépressif caractérisé occupe une place importante avec une prévalence de 30 à 50 %, de même que les troubles de personnalité qui touchent environ un sujet incarcéré de plus de 60 ans sur trois. Par ailleurs, les prises en charge s’avèrent extrêmement complexes en prison et ces pathologies ne sont que rarement traitées chez les détenus âgés. De plus, l’environnement carcéral, de par sa richesse en événements stressants, peut avoir un effet délétère voire pathogène chez certains sujets. La situation des détenus âgés est donc extrêmement préoccupante. Cette population fragilisée par une double vulnérabilité (âge élevé et incarcération) est largement exposée aux pathologies psychiatriques. De plus, l’augmentation du nombre de détenus âgés, liée à la fois au vieillissement de la population de détenus condamnés à de longues peines et à l’incarcération de sujets âgés condamnés pour des faits récents devrait probablement majorer ces problématiques dans les années futures.

Commentary

Stimulating interest in the treatment of depression

Auteurs : G.S. Malhi

Perspectives

Le malaise dans la psychiatrie et son histoire

Auteurs : S. Chebili

RésuméLe malaise est multiple en psychiatrie. Nous nous limiterons au malaise théorique lié à la domination exclusive des neurosciences qui envahissent à la fois le champ théorique et le champ clinique. Si ce malaise a pu s’instaurer, c’est du fait de la rupture d’un dualisme qui a toujours existé en psychiatrie. Ce dualisme a revêtu plusieurs formes dont nous ferons un bref rappel historique à partir des origines de la psychiatrie. Trois moments rythment cette histoire. D’abord avec Pinel, la psychiatrie est duelle : influence des idéologues avec Condillac et du courant physiologique naissant avec Cabanis. Ensuite, la tension apparaît entre deux courants dominants : le mouvement localisationniste – auquel Gall a ouvert la voie et auquel Broca a donné ses lettres de noblesse – qui s’oppose à la théorie de la dégénérescence incarnée par Morel et Magnan. Enfin, Henri Ey incarne le troisième moment, lui qui a tenté une vaste synthèse – l’organodynamisme – pour réduire la dualité inhérente à la psychiatrie. À partir de Ey, le dualisme a été brisé, lui qui a voulu fédérer la psychiatrie sous la bannière d’un monisme alliant l’organique et le psychique. Ce découpage ne veut pas dire, et cela nous paraît important de le préciser, que les divers courants susmentionnés n’exercent plus d’influence de nos jours. Il nous semble vain de tenter un dialogue entre les neurosciences et la psychanalyse tant ces deux domaines sont hétérogènes. Il est préférable de les valoriser, chacun dans son domaine de compétence.

La peur de l’accouchement chez des nullipares : lien avec la douleur lors de l’accouchement, les symptômes de stress post-traumatique et les s...

Auteurs : P. Gosselin, K. Chabot, M. Béland, L. Goulet-Gervais, A.J.S. Morin

RésuméLa peur de l’accouchement est très fréquente chez les femmes enceintes d’un premier enfant. Elle semble liée à des conséquences spécifiques à l’accouchement et en post-partum, dont l’apparition de symptômes post-traumatiques (SPT), de même que le blues ou la dépression post-partum (DPP). Or, la plupart des études réalisées reposent sur des échantillons très restreints, montrent des résultats contradictoires ou tiennent peu compte des interactions entre les facteurs impliqués.ObjectifCette étude vise à vérifier si la peur de l’accouchement de femmes enceintes nullipares est liée au déroulement de l’accouchement et à la présence de conséquences post-partum (c’est-à-dire symptômes de DPP et de SPT).MéthodeAu total, 176 femmes ont répondu à deux temps de mesure (pré- et post-partum).RésultatsLa peur de l’accouchement est liée à la douleur perçue à la naissance chez les femmes accouchant par voie vaginale, en l’absence d’anesthésie. Elle est aussi liée aux symptômes de DPP et de SPT, indépendamment du recours ou non à l’anesthésie. La peur apparaît aussi liée fortement aux symptômes de SPT chez les femmes ayant vécu une césarienne non planifiée. Les symptômes de SPT post-partum pourraient jouer un rôle médiateur dans le lien unissant la peur d’accoucher et la dépression post-partum.ConclusionsCes résultats supportent la pertinence de tenir compte de la peur de l’accouchement et de la douleur perçue en lien avec les symptômes de SPT et de DPP auprès de nullipares. La peur de l’accouchement pourrait rendre l’expérience de la naissance plus négative et prédisposer au SPT et à la DPP post-partum. D’autres études sont nécessaires pour préciser ces relations.

Lettre à la rédaction

Le modèle « transthéorique » de Prochaska est-il utile en pratique motivationnelle ?

Auteurs : A. Braillon, F. Taiebi

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