Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L'Encéphale – Volume 42, fascicule S1

Publié le mardi 8 mars 2016

dans

février 2016

Divers

Éditorial

Auteurs : Jean-Pierre Olié

La cognition au cœur de la dépression

Auteurs : M. Polosan, C. Lemogne, R. Jardri, P. Fossati

RésuméLa reconnaissance de la place essentielle des troubles cognitifs dans le trouble de l'humeur dépressif récurrent est plutôt récente, alors même qu'ils font partie intégrante de la définition de l'état dépressif. Cette revue non exhaustive des principales méta-analyses de la littérature souligne la fréquence de ces déficits cognitifs, au-delà de la phase aigüe, et à des degrés variables, à tous les âges. Ces troubles concernent un spectre large de domaines allant de la cognition « froide » (attention, mémoire, fonctions exécutives) à la cognition « chaude » (biais émotionnel négatif), la cognition sociale (empathie, théorie de l'esprit), l'estime de soi. Différents facteurs, comme les caractéristiques cliniques de l'épisode dépressif, l'âge de début des troubles thymiques, les comorbidités etc. influencent la sévérité des troubles cognitifs, qui sont souvent corrélés à la sévérité de la dépression. Le lien entre les performances cognitives et le fonctionnement général est encore controversé et discuté à la lumière de la synthèse des dernières données. L'exploration de ces troubles cognitifs et de leur évolution avec le traitement nécessite des outils qui répondent à certains critères de sensibilité, fiabilité, de corrélation à l'état fonctionnel et de facilité d'utilisation. Le développement d'outils basés sur les technologies du numérique pourrait répondre à ces exigences et contribuer ainsi à prendre en considération les cibles cognitives spécifiques dans le traitement de la dépression.

Propriétés pharmacologiques de la vortioxetine et leurs conséquences pré-cliniques

Auteurs : D.J. David, L. Tritschler, J.-P. Guilloux, A.M. Gardier, C. Sanchez, R. Gaillard

RésuméLa vortioxetine (Brintellix®, 1-[2-(2,4-dimethylphenyl-sulfanyl)-phenyl]-piperazine), un nouvel antidépresseur (AD) multimodal avec un mécanisme d'action innovant, a obtenu l'autorisation de mise sur le marché de la Food and Drug Administration (FDA) et de la European Medicines Agency (EMA) en 2013. La vortioxetine est présentée comme antidépresseur multimodal puisque c'est non seulement un inhibiteur du transporteur de la sérotonine (SERT), mais aussi un antagoniste des récepteurs sérotoninergiques 5-HT1D, 5-HT3, 5-HT7, un agoniste partiel des récepteurs 5-HT1B et un agoniste des récepteurs 5-HT1A. Son profil pharmacologique particulier lui permet à la fois de moduler les neurotransmissions sérotoninergiques et noradrenergiques centrales, mais aussi les systèmes histaminergiques, cholinergiques, GABAergiques et glutamatergiques. Ainsi, en plus de son activité antidépressive et anxiolytique, la vortioxetine semble apporter un réel bénéfice cognitif dans différents modèles animaux. La synthèse de ces données démontre que, même si des travaux complémentaires restent à réaliser, notamment dans le domaine de la réponse insuffisante à un 1er traitement antidépresseur, la vortioxetine représente d'ores et déjà une nouvelle option thérapeutique pour le traitement des épisodes dépressifs majeurs.

L'effet placebo : implications cliniques, biologiques, et thérapeutiques dans la dépression

Auteurs : D. Gourion, S. Mouchabac

RésuméL'effet placebo est un excellent modèle de compréhension des mécanismes qui permettent l'interaction entre une activité mentale subjective et complexe (croyances, attentes, espérances, apprentissages, relation médecin-malade, contexte socio-culturel…) avec différents systèmes neuronaux et biologiques systémiques.Initialement, la plupart des recherches liées à l'exploration de l'effet placebo ont été centrées autour des mécanismes de la douleur et de l'analgésie. Les processus cognitifs de conditionnement opérant et d'anticipation de la récompense (ex. le soulagement d'une souffrance) ont été mis en évidence. L'implication de différentes voies neurobiologiques a été montrée de façon robuste : opioïdes endogènes, CCK, voies dopaminergiques, cannabinoïdes endogènes, facteurs immunologiques… Plus récemment, ce champ s'est ouvert dans de nouvelles directions : dépression et anxété, troubles moteurs, système immunitaire, système endocrinien. Ce regain d'intérêt pour l'effet placebo procède d'une part de son intérêt considérable en neurosciences mais aussi du fait des enjeux éthiques, cliniques et thérapeutiques. L'effet placebo représente également une problématique méthodologique centrale dans les essais cliniques qui permettent la mise en évidence de l'efficacité et de la tolérance d'une nouvelle molécule. Dans le domaine de la psychiatrie, la dépression est un trouble hautement placebo-sensible : les taux de réponse placebo dans les essais cliniques y sont de l'ordre de 30 % à 40 %.L'identification de marqueurs cliniques, cognitifs et biologiques de réponse au placebo, utilisant les outils aujourd'hui disponibles en neuro-sciences (neuro-imagerie fonctionnelle, électro-encéphalographie quantitative, etc.) devraient permettre d'élaborer des modèles de recherche clinique plus efficients.

La réponse insuffisante : définition et implications

Auteurs : E. Haffen, E. Poulet

RésuméDans le traitement de la dépression unipolaire, la réponse au traitement constitue un enjeu essentiel en termes d'évolution et de pronostic. Au sein de ce concept, la réponse insuffisante englobe l'aggravation, l'absence de réponse, la réponse partielle et la mauvaise tolérance. Cette réponse insuffisante peut être liée à des facteurs intrinsèques à l'individu mais également à des facteurs plus extrinsèques environnementaux. Au cours de cette revue, nous explorerons ce concept au travers de ses liens avec l'observance et la durée du traitement. Dans ce champ, la notion de réponse précoce peut être un puissant indicateur de la réponse thérapeutique qui conditionnerait le mode prescription des antidépresseurs en sortant du cadre strict de la durée suffisante de 4 à 6 semaines. Outre son impact pronostic, les données de la littérature montrent que la réponse insuffisante constitue un fardeau important en termes de cout médico économique, et de comorbidité somatique justifiant un repérage systématique de cette dimension. En ce sens, les auto-questionnaires d'évaluation psychométriques (QIDS; BDI) seront à privilégier par rapport aux hétéroquestionnaires qui nécessitent une formation spécifique. L'identification de facteurs prédictifs de non réponses constituerait un objectif intéressant pour les prescripteurs mais les résultats à ce jour sont peu opérants.

Réponse non suffisante : quelle prise en charge ?

Auteurs : W. El-Hage, E. Fakra

RésuméSeul un tiers des patients souffrant de dépression répondent de manière satisfaisante aux traitements de première ligne et plus de la moitié des patients n'arriveront pas à une réduction de 50 % de leurs symptômes dépressifs après 3 mois de traitement. Face à l'échec d'un premier traitement antidépresseur bien mené, plusieurs approches pharmacologiques sont alors possibles : adapter la posologie du traitement (optimisation), changer d'antidépresseur (switch), combiner plusieurs classes de traitements antidépresseurs (association) ou encore associer un traitement antidépresseur à une autre classe de psychotrope (potentialisation). Par ailleurs, d'autres stratégies non pharmacologiques peuvent être proposées : différentes formes de psychothérapies, les techniques de neuromodulation (stimulation magnétique transcrânienne, sismothérapie) et, plus récemment, l'utilisation thérapeutique de l'exercice physique. Cet article propose une analyse critique des arguments scientifiques justifiant les indications et cernant la place de chacune de ces alternatives. De surcroît, cet article propose une synthèse actualisée des recommandations Françaises (Afssaps) et de certaines recommandations internationales (EPA [European Psychiatric Association], APA [American Psychiatric Association], WFSBP [World Federation of Societies of Biological Psychiatry]).

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