Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L'Encéphale – Volume 42, fascicule 6

Publié le jeudi 8 décembre 2016

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décembre 2016

Divers

Editorial board

Articles de recherche

Impact des troubles anxieux sur la qualité de vie des adolescents avec un trouble du spectre autistique sans déficience intellectuelle

Auteurs : M. Broquere, M. Soussana, C. Michelon, C. Rattaz, J. Brisot, A. Baghdadli

RésuméLes adolescents avec un trouble du spectre autistique sans déficience intellectuelle (TSA-SDI) ont une prévalence élevée de troubles anxieux (42 %). Par ailleurs, leur qualité de vie semble plus altérée que celle des sujets sans TSA. Nous pensons que les troubles anxieux pourraient être un facteur de risque d’altération de la qualité de vie dans cette population. Dans cette étude, la population est constituée de 66 adolescents âgés de 11 à 18ans dont 46 avec un TSA-SDI (20 avec trouble anxieux et 26 sans trouble anxieux) et 20 témoins (avec troubles anxieux sans TSA). La qualité de vie, critère principal de jugement, a été mesurée dans cinq domaines à l’aide de l’échelle Kidscreen-27 (auto-questionnaire). L’anxiété a également été évaluée pour chaque sujet à l’aide d’outils validés et standardisés (KIDDIE-SADS et RCMAS-2). Les résultats montrent que tous les scores de qualité de vie sont significativement plus faibles que la moyenne dans le groupe avec TSA-SDI, que l’anxiété soit présente ou non. Ces scores sont significativement plus bas dans le groupe TSA-SDI anxieux par rapport au groupe TSA-SDI non anxieux dans le domaine « bien-être physique » uniquement. Par ailleurs, des questions se posent sur les limites d’une autoévaluation chez les sujets avec TSA, probablement en raison de leurs difficultés dans l’insight. Cette étude doit donc être complétée avec un échantillon plus grand, en couplant des procédures d’hétéro-évaluation afin de déterminer si les troubles anxieux sont un facteur de risque d’altération de la qualité de vie des sujets avec un TSA-SDI.

Être soi-même sur le Net : un facteur de risque à l’usage problématique d’Internet chez les personnes insécures

Auteurs : M. Danet, R. Miljkovitch

RésuméLa question de l’usage problématique d’Internet occupe aujourd’hui une place grandissante dans les services de consultations psychiatriques. Le nouveau mode d’interaction offert par l’Internet facilite l’expression de soi, notamment pour les personnes anxieuses socialement qui ont un modèle de soi négatif. Les recherches font état d’un lien entre attachement insécure et usage problématique d’Internet. La présente étude préliminaire vise une meilleure compréhension de ce lien et notamment du rôle joué par l’expression de soi sur l’Internet. Deux cents adultes tout-venant ont rempli trois auto-questionnaires : le Relationship Scale Questionnaire, l’Internet Addiction Test, et le « Real-me » questionnaire. Les résultats indiquent un lien entre l’usage problématique d’Internet et, respectivement, l’attachement préoccupé et l’attachement craintif. Ces deux styles d’attachement sont caractérisés par un modèle de soi négatif. Des analyses complémentaires montrent que le lien entre modèle de soi et usage problématique d’Internet est médiatisé par l’expression de soi sur Internet. La recherche d’un milieu sécurisant pour échanger pourrait ainsi jouer un rôle dans le recours excessif à ce média. Une prise en charge thérapeutique visant la constitution d’un modèle de soi positif pourrait permettre de réduire le recours à l’Internet et limiter le risque d’un usage problématique.

Les modalités de prescription d’analgésiques opiacés par les médecins de l’Hôtel-Dieu de France de Beyrouth

Auteurs : P. Noufi, E. Khoury, E. Ayoub, N. Naccache, S. Richa

RésuméLe but de cette étude est de décrire la fréquence de la prescription des opiacés dans un centre hospitalier universitaire, les attitudes qu’adoptent les médecins face à cette classe de médicaments et les modalités de suivi et d’évaluation des patients sous opiacés. D’autre part, l’étude sert à trouver des associations entre les circonstances et les modalités de prescription. Dans notre population, la prescription des opiacés est significativement inférieure à la prescription des antalgiques mineurs et des AINS et la réticence à la prescription des opiacés dans les douleurs chroniques non cancéreuses est significativement supérieure à la réticence dans les douleurs cancéreuses. La prescription est positivement corrélée avec une formation professionnelle, l’utilisation de recommandations internationales et à la croyance en l’efficacité du traitement et en une formation suffisante. Elle est négativement corrélée aux inquiétudes de la prescription à long terme et de la dépendance psychologique. Les modalités d’évaluation et de suivi des patients sous opiacés sont hétérogènes. Notre étude permet de déduire que les médecins de l’Hôtel-Dieu de France de Beyrouth présentent une hétérogénéité notable quant à leurs attitudes envers les opiacés. Ceci nous encourage à suggérer une formation professionnelle complémentaire des médecins quant au sujet de cette classe de médicaments.

Les comorbidités psychiatriques dans le transsexualisme : étude sur une population de transgenres libanais

Auteurs : C. Ibrahim, R. Haddad, S. Richa

RésuméIntroductionUne comorbidité psychiatrique est l’une des principales caractéristiques de mauvais pronostic lors d’une thérapie de changement de sexe chez les personnes transgenres. La littérature montre une prévalence élevée des troubles mentaux chez les personnes ayant une dysphorie du genre et une mortalité élevée par suicide.ObjectifÉvaluer les comorbidités psychiatriques dans une population de transgenres libanais et de la comparer à la population générale.MéthodesIl s’agit d’une étude transversale comparative sur 20 participants transgenres et 20 sujets témoins. L’évaluation consistait en trois questionnaires dont un questionnaire démographique général qui évalue les facteurs sociodémographiques généraux, le MINI 5.0.0 pour les troubles de l’Axe I et le SCID-II pour les troubles de l’axe II.RésultatsCinquante-cinq pour cent (n=11) des participants transgenres avaient des idées suicidaires. Soixante-cinq pour cent (n=13) avaient un trouble de l’axe I comorbide. Nous notons une différence significative par rapport à la population générale.DiscussionLes transsexuels libanais seraient une population vulnérable souffrant de plus de maladies psychiatriques et d’idées suicidaires. Ceci est associé à la discrimination et au niveau socio-économique bas suite à l’ostracisme qu’ils subissent.

Dimensions de personnalité, style d’attachement et schémas précoces d’inadaptation chez des patients alcoolo-dépendants : quelles sont les...

Auteurs : N. Camart, M. Cotte, S. Leignel, C. Bouvet, F. Limosin

RésuméNous nous sommes intéressés, dans cette étude, aux dimensions de personnalité (modèle en cinq facteurs), aux styles d’attachement, et aux schémas précoces inadaptés chez des patients consultant pour une problématique de dépendance à l’alcool. Notre objectif était, d’une part, d’étudier les caractéristiques des patients alcoolo-dépendants à ces variables et, d’autre part, d’étudier les différences selon le sexe. Pour mesurer les dimensions de personnalité, nous avons utilisé le Big Five Inventory français (BFI-Fr), la version abrégée du questionnaire de Young (YSQ-S1) pour l’étude des schémas, et le Relationship Scales Questionnaire (RSQ) pour les styles d’attachement. Les scores des patients ont été comparés à ceux d’un groupe témoin (n=34) et aux normes disponibles. Nous avons également comparé les scores des hommes et des femmes alcoolo-dépendants entre eux, et comparé les scores des hommes et des femmes à ceux des témoins et des sujets de l’échantillon de référence de même sexe. Il s’agit d’une étude en cours dont nous publions les premiers résultats obtenus auprès de 39 patients alcoolo-dépendants (19 hommes, 20 femmes). Les résultats montrent une tendance au névrosisme et à l’introversion chez les alcoolo-dépendants, qui concernerait surtout les hommes, un style d’attachement craintif pour les deux sexes, et détaché, particulièrement chez les hommes, et de nombreuses perturbations dans les schémas, avec des spécificités selon le sexe : manque de contrôle, dépendance et relation fusionnelle chez les hommes, et assujettissement chez les femmes. Ces résultats incitent à poursuivre l’étude pour confirmer ces données auprès d’un plus grand échantillon et en tirer des conclusions pour la prise en charge.

Suivi longitudinal (3 ans) et développement de 4 enfants avec autisme sans retard mental après 90 séances d’entraînement aux habiletés soc...

Auteurs : M. Liratni, C. Blanchet, R. Pry

RésuméIntroductionPeu d’études sur les entraînements aux habiletés sociales se consacrent aux enfants de 5 à 10ans. Généralement, les principales critiques formulées à leurs égards sont : la brièveté des programmes, l’absence de manuel et peu de généralisation des habiletés.ObjectifsDécrire, l’évolution de la symptomatologie et des compétences sociocommunicatives de 4 enfants présentant un autisme sans retard mental ayant participé à 90 séances de groupe d’apprentissage à la communication et à la socialisation (ou GACS).MéthodePour élaborer et pratiquer ces séances, nous nous référons aux techniques cognitives et comportementales appliquées. Pour mesurer les évolutions, nous administrons des tests psychométriques avant et après les 90 séances (ADOS et VABS).RésultatsLes scores montrent une amélioration significative de la symptomatologie autistique et des compétences sociocommunicatives.ConclusionAu-delà de ces améliorations, nos résultats montrent des exemples clairs de généralisation.

Revue de la littérature

Thérapie interpersonnelle (TIP) en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent

Auteurs : B. Lavigne, E. Audebert-Mérilhou, G. Buisson, F. Kochman, J.P. Clément, B. Olliac

RésuméEn 2030, la dépression occupera la première cause mondiale de morbidité selon l’Organisation mondiale de la santé. Le passage à l’acte suicidaire en est la complication la plus redoutée. Chez l’adolescent, une place croissante est accordée aux traitements non médicamenteux, et en particulier aux psychothérapies. Peu connue en France, malgré d’excellentes évaluations internationales, la thérapie interpersonnelle est une psychothérapie brève, structurée, en 12 à 16 séances à un rythme hebdomadaire, centrée sur un domaine interpersonnel problématique actuel. Quatre ont été montrés comme significativement corrélés à l’émergence de la dépression : le deuil, la transition de rôle, les conflits et le déficit interpersonnel. Elle a fait les preuves de son efficacité dans le traitement aigu ambulatoire de la dépression de l’adulte et de l’adolescent, et plusieurs projets de recherche ont testé sa validité, avec plus ou moins de réussite, dans d’autres contextes, d’autres groupes de sujets, et dans d’autres pathologies psychiatriques. Chez l’adolescent, elle présente un intérêt indéniable, mais sa forme originale doit être adaptée aux particularités propres à cette population. Cet article expose des généralités sur la thérapie interpersonnelle, puis les éléments propres à sa réalisation avec des adolescents dépressifs.

Applications de la réalité virtuelle en psychiatrie légale : la perspective de l’autorégulation comme cadre théorique

Auteurs : M. Benbouriche, P. Renaud, J.-F. Pelletier, P. De Loor

RésuméLes applications de la réalité virtuelle se multiplient en psychiatrie légale. En plus d’améliorer significativement la validité écologique des designs de recherche et des évaluations cliniques, la réalité virtuelle tend également à s’imposer comme un outil d’intervention clinique privilégié. Toutefois, la pertinence de la réalité virtuelle en psychiatrie légale ne se limite pas à une seule dimension méthodologique, mais tient en grande partie au cadre théorique auquel elle fait appel. En permettant de rendre compte de la dynamique entre un agent et son environnement, la réalité virtuelle offre un dispositif unique pour étudier l’autorégulation des comportements violents telle qu’elle est susceptible de se vivre en milieux naturels, mais par le biais de la simulation graphique en immersion virtuelle.

Les effets du contact par le regard : un enjeu thérapeutique ?

Auteurs : M. Baltazar, L. Conty

RésuméPercevoir un regard direct, c’est-à-dire un regard dirigé vers soi et qui aboutit généralement à un contact par le regard, influence une large gamme de processus cognitifs et de comportements. Dans cet article, nous présentons les effets du contact par le regard en les regroupant en quatre catégories : la mémorisation facilitée pour les informations concomitantes ou subséquentes au regard, l’activation de comportements prosociaux, l’évaluation positive de soi et d’autrui et l’amélioration de la conscience de soi. Nous présentons ensuite les modèles qui ont été proposés pour rendre compte de ces effets, et discutons de leurs limites. Nous soulignons surtout que les effets du contact par le regard sont bénéfiques, faisant de ce contact un outil thérapeutique possible. Nous développons cette idée en montrant comment les effets du contact par le regard pourraient améliorer la symptomatologie et/ou les relations sociales dans trois pathologies : la dépression, l’autisme et la maladie d’Alzheimer. Pour finir nous proposons des stratégies possibles destinées à utiliser les effets du contact par le regard comme outil thérapeutique potentiel. De futures investigations sont néanmoins requises afin de déterminer les populations dans lesquelles les effets du contact par le regard pourraient effectivement être utilisés comme outil thérapeutique, et de quelle façon intégrer cet outil en thérapie.

Antidépresseurs et tolérance : déterminants et prise en charge des principaux effets indésirables

Auteurs : D.J. David, D. Gourion

RésuméLa prise en charge du trouble dépressif majeur (TDM) a pour objectif principal la rémission des symptômes dépressifs, tout en réduisant les possibles complications et les risques de rechutes. Par ailleurs, s’il faut attendre plusieurs semaines pour que les antidépresseurs puissent démontrer une pleine efficacité, leurs effets indésirables apparaissent beaucoup plus rapidement et peuvent être la source d’une mauvaise observance. Cet aspect a souvent pour conséquences la réduction des doses et/ou le changement de molécule qui ont pour conséquences de retarder la rémission. Cette revue s’attache à présenter, à partir des propriétés pharmacologiques des grandes classes d’antidépresseur (inhibiteur de la monoamine-oxydase [IMAO] ; antidépresseur tricyclique [ATC] ; inhibiteur sélectif de recapture de la sérotonine [ISRS] et inhibiteur de recapture de la sérotonine et de la noradrénaline [IRSN]), les mécanismes pharmacologiques impliqués dans leurs effets indésirables en se focalisant sur les dysfonctions sexuelles, les nausées/vomissements et les variations pondérales ainsi que les troubles du sommeil. Si la dopamine par l’activation des récepteurs D1/2, la noradrénaline par le contrôle du système nerveux autonome facilite le désir sexuel, l’augmentation de la transmission sérotoninergique l’inhibe via l’activation des récepteurs 5-HT1B/2A/2C. Les médicaments responsables des nausées/vomissements ont pour principales caractéristiques d’activer les récepteurs aux opiacés μ ou les récepteurs sérotoninergique 5-HT3 et/ou dopaminergique D2. Enfin, parmi les causes responsables de la prise de poids sous antidépresseur, là encore, la neurotransmission monoaminergique y joue un rôle important. Le blocage des récepteurs sérotoninergiques 5-HT2C et histaminergique H1 est directement responsable de la prise de poids. Enfin, l’activation des récepteurs sérotoninergiques postsynaptiques et notamment des récepteurs 5-HT1A/1B/3/7 va modifier la vigilance, les mouvements oculaires rapides lors du sommeil ou plus basiquement la durée du sommeil. En conclusion, si l’activation des récepteurs 5-HT, DA ou NA suite à l’augmentation de la neurotransmission monoaminergique, via le blocage de la recapture ou l’inhibition de la MAO participe directement à l’activité antidépressive, elle est aussi responsable des effets indésirables, causes d’une mauvaise observance et donc d’échecs thérapeutiques. Enfin, il ne faut pas sous-estimer la place parfois considérable de l’effet nocebo dans la survenue d’effets indésirables. L’antidépresseur de demain aurait pour objectif d’avoir une efficacité rapide chez des patients non répondeurs ou résistants aux molécules actuellement disponibles tout en améliorant certains effets de tolérance.

Syndrome métabolique et troubles bipolaires : le sommeil est-il le chaînon manquant ?

Auteurs : H. Brochard, C. Boudebesse, C. Henry, O. Godin, M. Leboyer, B. Étain

RésuméDe nombreuses études montrent que la prévalence du syndrome métabolique est plus élevée chez les patients bipolaires que dans la population générale. En effet, entre 36 et 49 % de ces patients présentent des troubles métaboliques (Vancampfort, 2013), ce qui aggrave leur pronostic. La présence de troubles métaboliques chez ces patients peut être expliquée par de nombreux facteurs comme une hygiène de vie à risque, une vulnérabilité génétique, la fréquence des épisodes dépressifs ou les comorbidités psychiatriques, et les traitements psychotropes. D’autre part, ces patients présentent des perturbations de leurs rythmes circadiens, même lors des périodes normothymiques. Plusieurs études récentes ont montré une corrélation entre des perturbations circadiennes et des marqueurs métaboliques chez des patients bipolaires. L’objectif de cette revue est de mettre en évidence un lien possible entre troubles circadiens et du sommeil et anomalies métaboliques chez les patients bipolaires, et les voies physiopathologiques possiblement impliquées. Dans la population générale, des voies de régulation ont été mises en évidence pour expliquer de tels liens, via des hormones comme la leptine et la ghréline. Une de nos hypothèses est l’implication de ces voies dans la vulnérabilité des patients bipolaires aux troubles métaboliques. Cette hypothèse est appuyée par des données de la littérature récente sur des perturbations de ces hormones dans des maladies psychiatriques dont le trouble bipolaire. D’autres mécanismes semblent également en jeu, impliquant une dérégulation de la sécrétion de mélatonine et des mécanismes inflammatoires.

Intérêt d’un traitement par scopolamine dans les troubles dépressifs

Auteurs : A. Rigal, S. Mouchabac, C.S. Peretti

RésuméLe nombre de sujets atteints de dépression dans le monde est de 350 millions selon les estimations. La recherche de nouveaux traitements, notamment dans les formes de dépressions résistantes, est une nécessité compte tenu du nombre croissant de patients en situation d’échec thérapeutique et de résistance. La scopolamine, molécule anticholinergique anti-muscarinique fait partie de ces traitements en cours d’évaluation. Elle s’inscrit dans les hypothèses de perturbations cholinergiques de la physiopathologie de la dépression, à différents niveaux (génétique, réceptoriel [récepteurs muscariniques et au glutamate], hormonal, synaptique…). Plusieurs études récentes évaluent l’intérêt d’un traitement par injections de scopolamine intraveineuse, tous les 3 à 5jours à la dose de 4μg/kg contre placebo chez des patients uni- et bipolaires atteints d’épisodes dépressifs majeurs. Le critère de mesure principal était la diminution des scores de la Montgomery Asberg Depression Rating Scale (MADRS) avec une réponse totale définie par une diminution de plus de 50 % du score et une rémission correspondant à un score MADRS<10. Les résultats publiés sont prometteurs en ce qui concerne l’efficacité avec un effet antidépresseur rapide, un taux de réponse totale allant de 59 à 64 % et un taux de rémission oscillant entre 37 et 55 % chez les patients uni- et bipolaires qui persiste au moins quinze jours. Le traitement est également bien toléré par les patients avec des effets indésirables relativement modérés et transitoires et une absence totale de virage maniaque ou hypomaniaque. Nous avons donc effectué une revue de la littérature dans le but d’évaluer l’efficacité d’un traitement par scopolamine chez des patients uni- et bipolaires atteints de symptômes dépressifs.

Encéphalopathie mitochondriale neuro-gastro-intestinale (MNGIE) : quand et comment l’évoquer devant une anorexie mentale atypique ?

Auteurs : M. Danjou, D. Guardia, P.-A. Geoffroy, D. Seguy, O. Cottencin

RésuméL’encéphalopathie mitochondriale neuro-gastro-intestinale (MNGIE) est une maladie rare débutant vers l’âge de 18ans, dont le diagnostic est à évoquer devant un tableau d’anorexie mentale atypique. La MGNIE est une maladie autosomique récessive liée à la mutation du gène TYMP (ch22q13.32-qter) codant la thymidine phosphorylase. Cependant, cette pathologie est extrêmement méconnue des médecins et présente une moyenne de 12ans d’errance diagnostique et thérapeutique. Une revue critique de la littérature a été réalisée en utilisant les bases de données électroniques PubMed et Google Scholar. Dans un contexte de dénutrition sévère, la mise en évidence d’une triade clinique doit faire évoquer le diagnostic de MNGIE : (1) dysmotilité intestinale symptomatique (nausées, vomissements, douleurs, syndrome subocclusif) (2), un ptôsis ou une ophtalmoplégie externe et (3) une neuropathie périphérique mixte. Devant une suspicion clinique de MNGIE, la réalisation d’examens paracliniques peut aider à conforter cette hypothèse : (1) le gaz du sang artériel révèle une hyperlactacidémie à pH normal et (2) l’IRM cérébrale rend compte d’une leucoencéphalopathie, habituellement asymptomatique. La certitude du diagnostic de MNGIE s’obtient par la réalisation d’examens spécifiques : (1) activité thymidine phosphorylase inférieure à 10 % dans les leucocytes par rapport au contrôle, (2) augmentation de la thymidine (>3μmol/L) et de la déoxyuridine plasmatique (>5μmol/L), et (3) séquençage du gène TYMP à la recherche de mutations. La MNGIE est une maladie grave aux complications systémiques et qui nécessite une prise en charge précoce. La recherche de l’activité thymidine phosphorylase devrait être réalisée rapidement en présence d’une anorexie mentale atypique.

Cas clinique / Revue brèves

Une catatonie réversible suite à l’arrêt brutal de la clozapine. À propos d’un cas

Auteurs : M. Jaafari, A. Bout, I. Rammouz, R. Aalouane

RésuméNotre article présente le cas d’une patiente âgée de 26ans, suivie pour une schizophrénie, qui était admise aux urgences psychiatriques dans un tableau de catatonie, une semaine après l’arrêt brutal de la clozapine. Une ébauche d’amélioration a été constatée après 2jours seulement de la réintroduction de la clozapine seule. Cette catatonie est réversible et elle répond de façon spectaculaire à la réintroduction de la clozapine. Et nous concluons qu’une bonne éducation du patient et de son entourage sur les effets d’un arrêt brutal de la clozapine est nécessaire.

Kyste arachnoïdien temporal gauche et troubles spécifiques des apprentissages associés à un trouble envahissant du développement non spécifi

Auteurs : L. Vaivre-Douret, A. Boschi, M.L. Cuny, C. Clouard, A. Mosser, B. Golse, A. Philippe, M. Bourgeois, N. Boddaert, S. Puget

RésuméAvec le DSM-IV et le DSM-IV-TR, la terminologie de troubles envahissants du développement (TED) recouvre deux grandes catégories de troubles infantiles : les troubles de nature « strictement » autistique et les troubles envahissants du développement non spécifiés ou TED-NoS. Le terme de multiple complex developmental disorder (MCDD) est proposé pour classer les enfants diagnostiqués TED-NoS présentant un tableau clinique semblable à celui des dysharmonies psychotiques. Actuellement, cette catégorie de troubles développementaux est incluse sans distinction nosographique dans les troubles du spectre autistique (TSA) de la dernière publication du DCM (DSM-V). Nous rapportons l’observation clinique transdisciplinaire d’un garçon de 6ans présentant une symptomatologie complexe de type TED-NoS/MCDD. Cet enfant présente des troubles multiples : des signes neurologiques mineurs, des troubles neuro-psychomoteurs avérés avec un trouble de l’acquisition de la coordination (TAC), des altérations de la communication, de la pensée et de la régulation des émotions, un trouble du déficit de l’attention (TDA) ; en présence d’un haut potentiel verbal rendant ardue la pose d’un diagnostic clair. L’IRM cérébrale révélera la présence d’un kyste arachnoïdien cérébral temporal gauche congénital volumineux exerçant un effet de masse sur les structures cérébrales pouvant expliquer une partie de la symptomatologie. Une intervention chirurgicale (décompression par fenestration microchirurgicale) permettra de constater une nette diminution des signes neurologiques mineurs, notamment des troubles neuro-développementaux moteurs, et des troubles autistiques, soulignant la réversibilité des troubles après décompression. Ce cas clinique rare montre l’importance d’appréhender l’individu dans sa globalité par le biais de la transdisciplinarité, afin de proposer des évaluations et prises en charges adaptées. À notre connaissance, c’est le premier cas clinique chez l’enfant, rapporté dans la littérature et montrant une association entre kyste arachnoïdien temporal et TED-NoS/MCDD.

Perspectives / Opinions

Le cycle de la honte dans l’obésité

Auteurs : B. Karcher

RésuméIntroductionL’obésité est actuellement, dans les pays occidentaux, un enjeu majeur de santé publique. Partie d’un système complexe, elle ne peut être étudiée isolément. Pourtant elle n’est souvent envisagée que comme le résultat d’une ingestion alimentaire qualitativement et/ou quantitativement déviante et relativement peu questionnée en tant que symptôme au sens psychanalytique du terme. C’est-à-dire comme faisant partie d’un ensemble qui a du sens.Objectifs de l’étudeLe propos de cet article est de mettre en lumière l’importance de la honte dans le psychisme du sujet obèse en tant que sauvegarde subjective. L’auteur interroge le vécu de honte chez le sujet obèse comme pierre angulaire de ce symptôme au sens psychanalytique du terme.MéthodesÀ partir d’un cas clinique, l’auteur relève l’occurrence de la honte dans le discours de la patiente. Ce faisant l’analyse s’opère à partir de la relation transféro-contre-transférentielle. Pour mener à bien l’étude, l’auteur s’appuie sur un dispositif favorisant la catharsis.RésultatsL’auteur aborde successivement : la plainte du sujet obèse et son affect de honte, la honte comme étant l’alpha et l’oméga de la crise boulimique et enfin le corps comme œuvre d’art par la construction d’une monstruosité. L’auteur conclut sur la dimension sociale de la honte et sur la façon dont celle-ci trouve à s’inscrire dans le symptôme de la transformation de corps du sujet obèse.DiscussionIl apparaît que la honte pathologique révèle une difficulté pour maintenir un sentiment d’existence. Pour cette raison, il nous semble important de tenir compte cet affect et de mettre en place un cadre permettant l’émergence de celui-ci au sein des consultations des patients souffrant de troubles alimentaires. Dans ces conditions, le sujet a la possibilité, sur le socle de la honte, de dire sa honte d’être et d’y appuyer une subjectivité.

Les principes éthiques de l’électroconvulsivotherapie

Auteurs : S. Richa, W. De Carvalho

RésuméLa sismothérapie ou électroconvulsivothérapie (ECT) est une technique thérapeutique inventée en 1935. Elle s’est développée véritablement qu’après la deuxième guerre mondiale, se répandant largement jusqu’au milieu des années 1960. Les origines de cette technique, l’appellation d’origine « électro » et « choc », certaines formes de stigmatisation notamment au cinéma, ont participé largement à la rendre « suspecte » d’un point de vue moral. Les principes éthiques qui soutiennent la mise en place d’un traitement par ECT sont ceux relatifs à toute action en psychiatrie et reposent, d’une part, sur les principes fondateurs de la bioéthique : autonomie, bienfaisance, non-malfaisance, justice, et, d’autre part, sur l’information sur la technique et le consentement à ce type de soins.

Lettres à la redaction

De la nécessité pour les équipes francophones de disposer d’outils d’aide au diagnostic des troubles du spectre autistique chez l’adulte sa...

Auteurs : F. Russet, E. Pernon, D. Fiard, A. Baghdadli

Clozapine : les dernières recommandations de la FDA et nous…

Auteurs : F. Mouaffak, S. Foulon, F. Smail, G. Willoquet

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