Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Les antipsychotiques favorisant une hyperprolactinémie associés à un risque de cancer du sein

Mis à jour le mercredi 15 septembre 2021

LONDRES, 1er septembre 2021 (APMnews) - La prise au long cours d'antipsychotiques stimulant la production de prolactine est associée à un risque accru de cancer du sein chez les femmes atteintes de schizophrénie, selon les résultats d'une étude internationale publiés lundi 30 août 2021 par The Lancet Psychiatry.

Le cancer du sein est plus fréquent chez les femmes schizophrènes que dans la population générale, avec une mortalité plus élevée, en raison d'un sous-diagnostic et de facteurs de risque plus fréquents, comme l'obésité, le diabète et le tabagisme. "Un taux élevé de prolactine ayant aussi été associé à un cancer du sein et les antipsychotiques augmentant le taux de prolactine, ces médicaments sont suspectés de favoriser un cancer du sein", rappellent Heidi Taipale de l'université de Finlande orientale et ses collègues finlandais, suédois, canadiens, italiens, américains et allemands.

Cependant, les données proviennent d'études où l'exposition aux antipsychotiques est de relative courte durée en raison de patients traités par ces médicaments pour d'autres indications que la schizophrénie.

Pour cette étude, les chercheurs ont utilisé les données d'une cohorte nationale de patientes schizophrènes suivies jusqu'à 20 ans. Parmi 30 785 femmes avec une schizophrénie diagnostiquée entre 1972 et 2014, 1 069 ont développé un cancer du sein entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2017.

Ils les ont comparées à 5 339 femmes contrôles, sans cancer, appariées sur l'âge et l'âge au diagnostic de schizophrénie.

Ces femmes étaient âgées de 62 ans en moyenne et avaient eu leur schizophrénie diagnostiquée à 24 ans. Les trois antipsychotiques les plus fréquemment prescrits étaient les mêmes dans les trois groupes : la rispéridone, la perphénazine et la thioridazine.

Parmi les patientes atteintes d'un cancer du sein, le carcinome canalaire in situ était le plus fréquent (73 % des cas), suivi par le carcinome lobulaire (20 %).
Davantage de patientes avec un cancer du sein ont été traitées pendant au moins 5 ans par un antipsychotique stimulant la production de prolactine (71,4 %) par rapport à celles sans cancer (64,3 %).

Il apparaît que par rapport aux contrôles, l'exposition cumulée à un antipsychotique stimulant la prolactine (notamment la clozapine, la quétiapine ou l'aripiprazole) pendant un à quatre ans, ou sur au moins cinq ans, n'était pas associée à un risque accru de cancer du sein.

Une exposition cumulée à un antipsychotique stimulant la prolactine pendant au moins 5 ans était associée de manière significative sur le plan statistique au cancer du sein, avec un risque relatif rapproché (OR) de 1,6 par rapport à une exposition inférieure à un an.

Le risque de carcinome lobulaire était en particulier multiplié par 2,4 avec une exposition d'au moins 5 ans à un de ces médicaments, alors que celui de carcinome canalaire était multiplié par 1,4.

"Ces résultats confirment que la prise au long cours d'un traitement antipsychotique stimulant la production de prolactine semble augmenter le risque de cancer du sein et suggèrent qu'il vaut mieux prescrire un antipsychotique qui n'a pas d'effet sur la prolactine aux femmes atteintes de schizophrène ou changer de traitement le cas échéant", concluent les chercheurs.

"Il convient également de renforcer le dépistage du cancer du sein parmi les femmes schizophrènes", ajoutent-ils.

(The Lancet Psychiatry, édition du 30 août)

Source : 

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