Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Covid-19 : agressivité, attaques de panique et troubles de l'adaptation chez les patients psychiatriques pendant le confinement

Publié le vendredi 29 janvier 2021

PARIS, 22 janvier 2021 (APMnews) - Les patients ayant des troubles psychiatriques ou des antécédents ont développé davantage d'anxiété, de dépression, d'agressivité et/ou d'attaques de panique au cours du confinement du printemps 2020, notamment ceux qui étaient restés à domicile alors qu'ils avaient le Covid-19, selon des données présentées au congrès de l'Encéphale.

Dans une première communication, Sylvia Martin de l'université de Nîmes a rapporté les résultats d'une étude évaluant l'effet du confinement du printemps sur la santé mentale des Français, sur la population générale en bonne santé, d'une part, et une "population clinique", d'autre part, c'est-à-dire ayant déjà consulté en psychiatrie ou psychothérapie ou toujours en soins.

A l'aide d'un questionnaire en ligne au moment du confinement, Sylvia Martin et ses collègues ont interrogé 384 adultes, de 34 ans en moyenne, parmi lesquels figuraient à la fois des étudiants, des actifs et des retraités. Ils étaient 201 dans le groupe contrôle, 114 à avoir déjà consulté et 68 à être en cours de traitement au moment de l'enquête.

Globalement, la population clinique présente des scores plus élevés sur l'ensemble des symptômes explorés par rapport aux contrôles : anxiété, dépression, impulsivité, agressivité, risque suicidaire, désespoir. De légères différences émergent, notamment pour l'impulsivité un peu plus élevée chez les patients anciennement suivis par rapport à ceux en cours de traitement et aux contrôles, a pointé la chercheuse.

Sur l'ensemble de la cohorte, ce sont les femmes et les plus jeunes qui semblaient présenter le risque le plus élevé de symptômes anxiodépressifs ainsi que les patients par rapport aux contrôles. Le sentiment d'isolement était un facteur prédictif en particulier dans la population clinique, alors que dans tous les sous-groupes, l'agressivité apparaissait comme un facteur commun "assez fort" d'anxiété et de dépression.

Ces données suggèrent qu'il faudrait davantage évaluer l'agressivité dans la population générale en cas de reconfinement ou nouvelles crises sanitaires, a conclu Sylvia Martin.

Troubles de l'adaptation et attaques de panique

Dans une autre communication, Blaise d'Harcourt et ses collègues du GHU Paris psychiatrie & neurosciences ont rapporté les résultats d'une étude évaluant le retentissement psychiatrique pour les patients atteints de Covid-19 non hospitalisés, restés confinés chez eux.

L'étude a porté sur 146 patients contactés par un psychiatre de la cellule d'avis et de soutien de la plateforme de télésurveillance Covidom entre le 2 avril et le 11 mai 2020. Ces patients avaient 48 ans en moyenne, avec une majorité de femmes (80%). Ils présentaient des facteurs de risque psychiatriques sans lien avec l'épidémie, comme la précarité et l'isolement social, mais aussi avec, comme le deuil ou l'hospitalisation d'un proche lié au Covid-19.

La prévalence des troubles psychiatriques dans cette cohorte était importante, d'environ 35%, avec principalement des troubles de l'humeur (20%) et des troubles anxieux (12%). A l'issue de l'entretien téléphonique avec le psychiatre de Covidom, les principaux diagnostics posés étaient des troubles de l'adaptation (70%), des troubles du sommeil (43,2%), des attaques de panique (27%), des troubles de l'humeur décompensés (14,5%), des épisodes dépressifs caractérisés (13,7%).

L'analyse des données indique que les facteurs de sévérité du retentissement psychiatrique sont le fait d'être en deuil, d'avoir une pathologie chronique, une pathologie psychiatrique ou un Covid-19 confirmé.

Le risque de dépression était accru chez les soignants, les malades chroniques et ceux ayant des antécédents psychiatriques.

Pour les troubles de l'adaptation, les facteurs de risque significatifs étaient les facteurs de risque liés à l'épidémie et les antécédents psychiatriques également, pour les attaques de panique, il s'agissait soit d'avoir plus de 60 ans soit d'avoir entre 18 et 35 ans, de présenter des facteurs de risque liés à l'épidémie et en particulier d'être en deuil, ainsi que d'avoir un Covid-19 confirmé.

La comparaison des patients avec ou sans antécédents psychiatriques indiquent que ceux ayant des antécédents n'avaient pas un Covid-19 plus sévère mais présentaient un retentissement psychiatrique plus sévère au moment de leur confinement et davantage d'épisodes dépressifs.

Des symptômes anxiodépressifs chez le personnel psychiatrique aussi

Dans une troisième étude, Clémence Isaac de l'établissement public de santé (EPS) de Ville-Evrard à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) et ses collègues ont interrogé à la fois 550 patients suivis en psychiatrie ambulatoire par téléconsultation et 197 professionnels pour évaluer l'impact psychologique du confinement du printemps 2020.

Les patients avaient 46,4 ans en moyenne et 43% étaient des femmes. Une petite majorité (54%) a déclaré avoir des contacts sociaux quotidiens pendant le confinement, mais 7% en déclaraient moins d'une fois par semaine. Lors du déconfinement, les scores aux échelles CGI et EGF traduisaient une amélioration de l'état clinique des patients, mais 25% des consommateurs d'alcool et 40% des fumeurs rapportaient une plus grande consommation pendant le confinement.

Du côté du personnel hospitalier (41,9 ans en moyenne, 80,7% de femmes), il apparaît notamment un risque presque quintuplé de dépression légère et d'anxiété chez les femmes, un risque d'anxiété multiplié par 2,5 également chez les personnes vivant avec une personne vulnérable, ainsi qu'un risque de dépression modérée doublé et d'anxiété quintuplé chez le personnel déclarant un manque d'information sur la situation sanitaire.

Un suivi rapproché du personnel en psychiatrie à l'issue de la crise permettrait de repérer et traiter les troubles anxiodépressifs, concluent les auteurs.

Source :

APM news

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