Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Covid-19 : des patients avec des symptômes physiques persistants liés à la croyance d'avoir été infectés (étude française)

Publié le vendredi 12 novembre 2021

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WASHINGTON, 9 novembre 2021 - Des patients présentent des symptômes physiques qu'ils considèrent comme étant la conséquence d'un Covid-19 alors qu'ils n'ont pas d'anticorps dirigés contre le Sars-CoV-2, ce qui suggère qu'il faudrait leur proposer une évaluation médicale complète, selon les résultats d'une étude française publiée lundi dans JAMA Internal Medicine.

Après une infection par Sars-CoV-2, une part des patients hospitalisés ou non ont développé une diversité de symptômes persistants physiques qui impactent leur qualité de vie, notamment une fatigue ou un souffle court. Le terme de "Covid long" a été proposé pour décrire ces symptômes et des hypothèses mécanistiques ont aussi été formulées alors qu'ils pourraient ne pas être liés à l'infection elle-même et avoir d'autres causes, indiquent Joanne Matta de l'université de Paris et de l'UMS "11 cohortes épidémiologiques en population" (Inserm/université Paris-Saclay) et ses collègues.

Ils supposent ainsi que la croyance d'avoir été infecté par le Sars-CoV-2 pourrait être associée à des symptômes persistants.

Pour examiner cette hypothèse, ils ont utilisé les données de 26 823 personnes (49,4 ans en moyenne, 51,2 % de femmes), initialement incluses dans la cohorte de population CONSTANCES entre 2012 et 2019 et ayant participé aux enquêtes SAPRIS et SAPRIS-SERO.

Il s'agit d'un programme lancé par l'Inserm pour étudier la santé, les pratiques, les relations et les inégalités sociales en population générale pendant la crise Covid-19 (SAPRIS), ainsi que la part de la population qui a été en contact avec le coronavirus. Il s'appuie sur quatre grandes cohortes généralistes, CONSTANCES, ELFE-EPIPAGE2, E3N-E4N et NUTRINET-SANTE.

Les premiers résultats avaient permis d'estimer la séroprévalence du Sars-CoV-2 en France au cours de la première vague de 3 à 10 %.

Les participants devaient fournir des échantillons de sang séché et les renvoyer pour analyse sérologique entre mai et novembre 2020 puis entre décembre 2020 et janvier 2021 ; ils devaient indiquer s'ils pensaient avoir été infectés et, si oui, préciser quand et s'ils avaient eu une confirmation par test PCR ou sérologique.

Ils ont également été interrogés sur des symptômes inhabituels depuis mars 2021, et notamment ceux présents au cours des dernières quatre semaines et depuis plus de 8 mois. Enfin, ils devaient dire s'ils attribuaient leurs symptômes au Covid, en partie ou non, ou s'ils ne savaient pas.

La prévalence des symptômes variait entre 0,5 % pour l'anosmie et 10 % pour les troubles du sommeil environ.

Au total, 1 901 patients avaient une sérologie positive au Sars-CoV-2, dont 41,5 % avaient déclaré avoir été infectés avant d'avoir effectué le test. Parmi les 914 participants qui ont déclaré avoir une infection avant le résultat de la sérologie, 49,6 % étaient positifs.

L'analyse ajustée des données indique que l'infection déclarée est associée de manière significative sur le plan statistique à des symptômes persistants, avec un risque relatif rapproché (OR) allant de 1,4 pour des douleurs articulaires et dorsales à 16,4 pour une anosmie. En revanche, l'infection déclarée n'est pas associée aux troubles du sommeil ou à des troubles de l'audition.

Une sérologie positive est, à l'opposé, globalement non associée aux différents symptômes listés. Elle apparaît associée de manière significative à l'anosmie uniquement, avec un OR de 2,7.

Des analyses complémentaires avec les données ajustées sur la santé déclarée ou les symptômes dépressifs n'ont pas modifié ces résultats, sauf pour les douleurs articulaires et dorsales qui n'apparaissaient plus associées à l'infection déclarée.

Globalement, cette étude transversale montre que les symptômes physiques persistant 10 à 12 mois après la première vague épidémique de Covid-19 sont davantage associés à la croyance d'avoir eu la maladie qu'à une infection confirmée par sérologie, concluent les chercheurs.

Bien que les participants connaissent le résultat de leur analyse lorsqu'ils ont déclaré avoir été ou non infectés, moins de la moitié des positifs ont rapporté avoir été malades. Inversement, parmi ceux qui ont été malades, environ la moitié avait une sérologie négative, s'étonnent-ils.

Un contexte qui favorise une croyance erronée

Pour expliquer ces résultats, plusieurs facteurs peuvent intervenir : une personne infectée mais peu ou pas malade peut avoir tendance à penser qu'elle n'a pas eu la maladie ; inversement, une autre peut avoir des symptômes qu'elle attribue au Sars-CoV-2 à cause d'un épisode qui ressemble à un Covid-19, malgré une sérologie négative, sur la base de sa perception des faux-négatifs ou d'une faible réponse immunitaire spécifique.

Dans un contexte d'inquiétudes croissantes sur les éventuelles séquelles du Covid-19, les chercheurs supposent également que la croyance d'avoir été infecté augmente le risque de symptômes directement en affectant la perception ou indirectement et en favorisant des comportements de santé inappropriés, comme une réduction de l'activité physique.

Ces résultats suggèrent que, face aux symptômes persistant après un Covid-19, il faut explorer davantage des mécanismes post-infectieux qui ne sont pas spécifiques au Sars-CoV-2 et proposer aux patients une évaluation médicale complète afin d'identifier d'où proviennent des symptômes qui ne seraient pas en lien avec le Covid-19, notamment d'éventuels mécanismes cognitifs et comportements, afin d'apporter un soulagement aux patients, commentent les auteurs.

Dans une interview réalisée par Mitch Katz, rédacteur en chef du JAMA Internal Medicine, le Pr Cédric Lemogne, de l'Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris (AP-HP), coordinateur de l'étude, estime qu'il faut considérer ces symptômes comme un signal possible d'une autre maladie qui "pourrait être plus sérieuse que le Covid-19".

"Nous devons prendre en considération que la pandémie et les inquiétudes sur le 'Covid long' peuvent répandre l'idée dans la population qu'il existe un énorme risque de développer des symptômes persistant dus au Covid. Ainsi, des personnes peuvent attribuer leurs symptômes au Covid alors qu'il pourrait exister une autre cause à trouver."

(JAMA Internal Medicine, publication en ligne du 8 novembre)

 

Source : 

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