Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

La crise sanitaire a exacerbé les troubles dépressifs et anxieux dans le monde (étude internationale)

Publié le mercredi 13 octobre 2021

LONDRES, WASHINGTON, 11 octobre 2021 - Une vaste étude internationale montre le poids du Covid-19 dans la hausse des troubles dépressifs majeurs et anxieux dans le monde et la nécessité de renforcer les stratégies autour de la santé mentale, selon les données publiées le 09 octobre dans The Lancet.

Par ailleurs, une étude française montre une augmentation importante des tentatives de suicide chez les moins de 15 ans en France depuis le début de la crise.

Plusieurs études ont déjà suggéré l'impact lourd de la crise du Covid-19 sur la santé mentale des populations.

L'équipe de Damian Santomauro, de l'Université du Queensland en Australie et ses collègues internationaux, sur différents continents, ont quantifié l'impact de la pandémie sur la prévalence des troubles dépressifs majeurs et anxieux en 2020 à l'échelle mondiale.

Ils ont réalisé une revue systématique de la littérature scientifique sur ces deux pathologies, avant et pendant la crise sanitaire, puis ont estimé, via un modèle, l'évolution de la prévalence liée au Covid-19.

Au total, 46 études sur les troubles dépressifs majeurs, 27 sur les troubles anxieux en période Covid et 17 études prépandémiques ont été analysées (la majorité provenait de l'Europe de l'Ouest).

Le confinement et le taux d'infection par le Sars-CoV-2 au quotidien ont été significativement associés à une évolution de la prévalence des deux troubles.

Avant la pandémie, la prévalence globale estimée des troubles dépressifs majeurs était de 2 470,5 cas pour 100 000 habitants, soit 193 millions de personnes dans le monde. Avec le Covid-19, la prévalence en 2020 était de 3 152,9 cas pour 100 000 habitants, soit 246 millions de personnes. Au total, plus de 53 millions de personnes ont développé cette pathologie en lien avec la situation sanitaire.

Cette augmentation était plus marquée chez les femmes avec 35,5 millions de cas supplémentaires (+ 29,8 % par rapport à avant la crise sanitaire) que chez les hommes avec 17,7 millions de cas comptabilisés en plus (+ 24 % par rapport à avant la crise sanitaire).

La prévalence globale estimée des troubles anxieux avant la crise sanitaire était de 3 824,9 cas pour 100 000 habitants (soit 298 millions de personnes). Pendant la crise, la prévalence a également augmenté, passant à 4 802,4 cas pour 100 000 habitants. Plus de 76 millions de nouvelles personnes ont développé ces troubles depuis le début de la crise sanitaire.

L'augmentation était également plus importante chez les femmes (51,8 millions de cas supplémentaires pendant la crise, + 27,9 %) que chez les hommes (24,4 millions de cas supplémentaires; + 21,7 %).

Par ailleurs, les jeunes de 20 à 39 ans étaient également plus touchés par l'une de ces pathologies que les personnes âgées de 65 à 80 ans.

A l'échelle mondiale, la France a enregistré une hausse de la prévalence des troubles dépressifs majeurs (entre 29,2 % et 35 %) et des troubles anxieux (entre 28,8 % et 32,3 %) par rapport à la période prépandémique.

Avant la crise Covid, les troubles dépressifs majeurs étaient responsables de 38,7 millions d'années de vie en bonne santé perdues parce qu'ils pouvaient conduire à une incapacité. Ce résultat s'est aggravé avec la pandémie, passant à 49,7 millions d'années de vie en bonne santé perdues.

La crise du Covid-19 a également fait bondir de 9 millions le nombre d'années de vie en bonne santé perdues en raison d'une incapacité liée aux troubles anxieux (35,5 millions d'années de vie en bonne santé perdues avant Covid contre 44,5 millions pendant la crise sanitaire).

Dans la discussion, les auteurs estiment "que les pays les plus touchés par la pandémie en 2020 et par des mesures de confinement ont connu les plus fortes augmentations de la prévalence de ces troubles".

Chez les populations jeunes, les résultats n'étaient pas si surprenants, du fait du manque d'interactions (avec l'arrêt des écoles) et parce qu'ils étaient plus susceptibles d'être sans emploi.

Augmentation "spectaculaire" des tentatives de suicides chez les moins de 15 ans

Concernant les jeunes, l'équipe de Richard Delorme de l'université de Paris et de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et ses collègues ont étudié les tentatives de suicide chez des enfants et adolescents en analysant les entrées de 830 jeunes aux urgences de l'hôpital Robert Debré (AP-HP) entre 2010 et 2021.

Leurs résultats ont été publiés jeudi dans le JAMA Network Open.

Au total, les tentatives de suicide de 830 participants (âge moyen de 13,5 ans) ont été étudiées.

Le nombre de tentatives de suicide (dans une analyse avec différents ajustement ; ce qui explique les nombres avec virgule, note-t-on) est passé de 12,2 en juillet et août 2019 - le niveau le plus bas enregistré en 2019 - à 7,8 lors du premier confinement imposé en mars 2020, soit une baisse de 36 %. Toutefois, ce nombre a ensuite bondi, passant à 38,4 juste avant le 2e confinement, entre septembre et octobre 2020 (+ 116 %), et à 40,5 entre novembre et décembre 2020 (+ 299 %).

Un résultat qui ne correspond pas aux schémas enregistrés ces dernières années. Entre 2010 et 2021, les chercheurs ont en effet constaté une augmentation progressive du nombre de tentatives de suicide en France - avec des variations selon la saison. Les chercheurs ont qualifié l'augmentation beaucoup plus importante des tentatives de suicide observée pendant la crise Covid-19 de "spectaculaire".

Selon eux, cette accélération peut s'expliquer par plusieurs facteurs, dont la détérioration de la santé familiale, l'augmentation du temps passé devant un écran ou la dépendance aux réseaux sociaux…

En revanche, la diminution observée dans les premiers mois de la pandémie pourrait résulter des difficultés d'accès aux soins d'urgence, soulignent les auteurs.

(The Lancet, publication en ligne le 8 octobre et JAMA Network Open, publication en ligne le 7 octobre)

Source : 

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