Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Dépression : absence de risque accru d'événements graves avec l'électroconvulsivothérapie

Publié le vendredi 30 juillet 2021

LONDRES, 15 juillet 2021 (APMnews) - Chez les patients atteints de dépression sévère, l'électroconvulsivothérapie (ECT) ne semble pas associée à un risque accru d'événements indésirables graves, notamment de tentatives de suicide, confirme une étude canadienne publiée dans The Lancet Psychiatry.

"L'ECT est le traitement le plus efficace parmi tous ceux proposés en cas de dépression résistante. Pourtant recommandée, cette technique est globalement sous-utilisée en raison de sa mauvaise image (les électrochocs), véhiculée notamment au cinéma, et d'inquiétudes concernant ses effets secondaires", rappellent le Dr Tyler Kaster de l'université de Toronto et ses collègues.

Alors que l'une des plus grandes craintes du grand public est le risque de décès, celui-ci semble limité selon des séries de cas. Quant au risque d'événements indésirables, les études comparatives menées n'en mettent pas en évidence, mais les biais sont importants et finalement, les données peu informatives pour la prise de décision.

Pour faire le point, les chercheurs ont mené une étude rétrospective de cohorte avec appariement sur score de propension à partir des données de santé des patients hospitalisés pendant plus de 3 jours dans les établissements psychiatriques de l'Ontario, entre avril 2007 et février 2017, soit un groupe de 5 008 patients traités par ECT et un groupe contrôle de personnes non traitées par ECT.

Ces patients avaient environ 56,5 ans en moyenne et les deux tiers étaient des femmes.

Ils ont pris en compte, dans l'appariement des patients parmi les facteurs potentiels de confusion à intégrer dans le score de propension, notamment, des caractéristiques sociodémographiques (âge, sexe, statut marital, niveau d'éducation, zone d'habitation…) et cliniques (indication de l'hospitalisation, hospitalisation volontaire ou non, âge de la première hospitalisation psychiatrique…), les traitements reçus, les comorbidités psychiatriques et médicales, les capacités fonctionnelles et le recours au système de santé.

Le critère principal d'évaluation était un critère composite des événements médicaux graves correspondant à une hospitalisation pour une cause médicale non psychiatrique ou un décès (pas par suicide) dans les 30 jours suivant le traitement par ECT.

Il apparaît que l'incidence des événements médicaux graves était de 0,25 cas par personne-année exposée à l'ECT, contre 0,33 dans le groupe contrôle, soit un risque relatif de 0,78 en faveur de l'ECT, mais non statistiquement significatif.

Les résultats étaient similaires entre les hommes et les femmes, entre les moins et les plus de 65 ans, et que les patients aient ou non des symptômes psychotiques associés.

Il apparaît toutefois que l'ECT semble entraîner moins d'événements médicaux graves chez les patients présentant une dépression associée à un trouble bipolaire par rapport au groupe contrôle (RR de 0,42).

L'analyse des événements spécifiques n'a pas mis en évidence d'effet délétère ou protecteur significatif, quel que soit le type d'événement (circulatoire, respiratoire, génito-urinaire, traumatique).

Concernant le risque suicidaire en particulier, analysé séparément de la mortalité, ces décès étaient rares dans les deux groupes, mais significativement moins fréquents parmi les patients traités par ECT, avec moins de 5 cas, contre 11 dans le groupe contrôle.

Globalement, cette étude a utilisé une méthode rigoureuse pour tenir compte des biais et facteurs de confusion potentiels, avec 75 variables dans le score de propension, notamment le trouble cognitif et la sévérité de la dépression, et ses résultats indiquent que l'ECT n'est pas associée à un risque accru d'événements graves mais plutôt à un risque réduit de suicide.

(The Lancet Psychiatry, édition en ligne du 12 juillet)

Source : 

APM news

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