Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Dépression : la crise Covid a aggravé l'accès aux soins, le tabou social et le manque d'informations (sondage)

Publié le vendredi 1 octobre 2021

PARIS, 27 septembre 2021 (APMnews) - La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 a accentué "une situation déjà préoccupante" concernant une prise en charge insuffisante des personnes atteintes de dépression, souffrant de ce tabou social et d'un manque d'informations, selon les résultats d'une enquête de l'Unafam et de la Fondation Pierre-Deniker dévoilés à l'occasion des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie, qui se tenaient les 27 et 28 septembre 2021.

"Cette étude révèle une spirale de refoulement des troubles psychiques, des patients et des soins en marge de la vie collective dont la mesure doit être prise", s'alarme Marie-Jeanne-Richard, la présidente de l'Unafam (Union nationale des familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques), dans un communiqué diffusé le 27/09/21. Face à la dépression de leur proche, les familles "ont besoin d'aide pour garder espoir" car elles "se sentent impuissantes voire épuisées".

"L'ensemble de ces résultats confirment les difficultés que nous rencontrons sur le terrain et que la crise actuelle accentue", ajoute le président de la Fondation Pierre-Deniker, le Pr Raphaël Gaillard du GHU Paris Psychiatrie & neurosciences. Pour lui, ces assises doivent être "l'occasion d'une prise de conscience collective".

Les données de ce baromètre de la dépression, réalisé par l'institut CSA et avec le laboratoire Janssen (groupe Johnson & Johnson), mettent en évidence que le système de soins est "'débordé" avec seulement un patient sur trois pris en charge par un professionnel de santé, alors que plus d'un Français sur dix est actuellement touché par la dépression.

Près de deux tiers (63 %) des patients vivant ou ayant déjà vécu un épisode dépressif (25 %) ont déjà eu des pensées suicidaires et pour plus de la moitié d'entre eux, la dépression a entraîné ou amplifié d'autres problèmes de santé.

Les résultats rappellent aussi que "le silence s'ajoute" à cette situation: 46 % des patients dépressifs n'osent pas parler de leur situation et 62 % ont l'impression que leur maladie n'est pas comprise par leur entourage. Ils sont 29 % à penser ne jamais pouvoir guérir de leur dépression.

Le constat est similaire chez les soignants, puisque 63 % estiment en majorité que c'est une maladie dont on parle peu, ce qui la rend difficile à aborder avec le patient (53 %). Et la crise sanitaire a eu un impact sur la santé mentale : 14 % des Français avouent avoir déjà eu des pensées suicidaires et 30 % chez les 18 à 24 ans (30 %) et la moitié des personnes actuellement en dépression estime que sa maladie s'est aggravée.

Ce constat est partagé par les professionnels de santé, 85 % estimant que la pandémie a fait augmenter le nombre de patients et a nui à leurs pratiques (rendez-vous annulés, traitements abandonnés...).

Globalement, l'information reste insuffisante auprès de la population, ainsi que les moyens humains : deux tiers des soignants estiment que le personnel formé manque et près de la moitié des aidants doivent soutenir leur proche malade seuls (44 %).

Alors que la dépression se soigne, ces résultats inspirent "un sentiment de gâchis", déplorent l'Unafam et la Fondation Pierre-Deniker.

Ces résultats proviennent d'une étude auto-administrée en ligne, réalisée entre le 25 mai et le 11 juin auprès d'un échantillon national représentatif de 1 010 Français âgés de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas et d'une consultation auprès de 301 professionnels de santé (101 médecins généralistes, 100 psychiatres et 100 pharmaciens).

Source : 

APM news

Dépêche précédente

Enquête nationale : légalisation du cannabis

Dépêche suivante

Ne pas banaliser les idées suicidaires chez l'enfant et l'adolescent (HAS)

0 commentaire — Identifiez-vous pour laisser un commentaire

Dernières actualités

Psychothérapie du trouble de personnalité borderline

Plusieurs approches de psychothérapie ont été expressément déployées pour traiter le trouble de la personnalité borderline (TPB) : les intervenants de cette session de l'Encéphale 2021 analysent pour nous les différentes méthodes de traitement.

Pour l'amour du risque

Sélectionner les meilleurs posters parmi les plus de 300 reçus n'a pas été chose facile, au regard de leur grande qualité à tous. Pour en juger par vous-même, découvrez-en 15 dans cette session de l'Encéphale 2021, aux thématiques diverses et variées.

L'irresponsabilité en substances

Quelles sont les limites des notions d'abolition et d'altération au sens pénal ? Certains médicaments peuvent-ils être qualifiés de criminogènes ? Quelles sont les attentes du parquet envers l'expert ? Quel équilibre trouver entre les attentes sociales et les évolutions législatives ? Si les expertises pénales jouent un rôle prépondérant pour la suite d'un procès, elles n'en suscitent pas moins bon nombre de questions, comme le montre cette session.

De l'enfant tyran au parent non violent

Nathalie Franc, pédopsychiatre, explique l'intérêt, les mécanismes et les applications du programme de "résistance non violente", une approche thérapeutique et innovante destinée aux parents victimes de leurs enfants au comportement tyrannique.