Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Des troubles du sommeil pendant l'enfance et l'adolescence associés à des problèmes de santé mentale au début de l'âge adulte

Publié le mercredi 16 juin 2021

DARIEN (Illinois), 14 juin 2021 (APMnews) - Une insomnie persistant depuis l'enfance et les troubles du rythme circadien à l'adolescence sont associés à un risque accru de troubles de l'humeur et d'anxiété ainsi que d'usage et/ou mésusage de substances psychoactives chez l'adulte jeune, suggèrent des travaux présentés au congrès virtuel de l'American Academy of Sleep Society (AASM), en fin de semaine dernière.

Ces résultats soulignent l'importance de prendre en charge les troubles du sommeil dès l'enfant, estime la société savante dans un communiqué.

Dans une première étude, le Dr Julio Fernandez-Mendoza de la Penn State University et ses collègues se sont intéressés aux troubles d'internalisation, c'est-à-dire à la fois un manque de confiance en soi, la dépression, l'anxiété, les phobies, qui surviennent le plus souvent avant 18 ans. De précédents travaux ont suggéré que ces troubles étaient associés à des symptômes d'insomnie pendant l'enfance mais les données manquent concernant la trajectoire de ces symptômes avec le passage de l'enfance vers l'âge adulte.

Pour en savoir plus, ils ont analysé les données d'une cohorte incluant initialement de manière aléatoire 700 enfants vivant en Pennsylvanie, âgés alors en moyenne de 9 ans, puis ont pu en réévaluer 421 vers leurs 16 ans (12-23 ans) et 502 vers leurs 24 ans (20-30 ans).

Les symptômes d'insomnie étaient déclarés par les parents au cours de l'enfance puis par les participants eux-mêmes, en particulier les difficultés à s'endormir et à rester endormis, pour tracer les trajectoires de l'enfance à l'âge adulte. Les participants étaient considérés comme n'ayant jamais eu d'insomnie, une insomnie rémittente, des symptômes variables, une insomnie persistante ou une insomnie incidente.

Les chercheurs ont également relevé les cas de diagnostic de trouble de l'humeur et/ou de troubles anxieux et/ou des traitements déclarés par les parents pendant l'enfance puis par les participants eux-mêmes pendant l'adolescence et/ou l'âge adulte.

L'analyse a porté finalement sur les données de 502 enfants, 333 adolescents et 502 jeunes adultes pour lesquels des données de polysomnographie étaient disponibles, en tenant compte notamment du sexe, de l'origine ethnique, de l'âge, des antécédents de troubles de l'internalisation pendant l'enfance et l'adolescence ainsi que de la prise de psychotropes au cours de l'enfance et l'adolescence.

Il apparaît qu'au cours de l'enfance, 23,5% de l'échantillon avait des symptômes d'insomnie, qu'ils étaient 36% à l'adolescence et 42,6% à l'âge adulte. La prévalence des troubles d'internalisation était de respectivement 4,6%, 14,4% et 43,3% et celle de la prise de psychotropes de respectivement 8,4%, 15,9% et 21,8%.

Concernant les trajectoires, 37,1% des enfants n'ont jamais développé d'insomnie à l'adolescence puis à l'âge adulte. Ils étaient 17,1% à développer une insomnie à l'adolescence, 6,8% ont vu leur sommeil revenir à la normale, 15,7% avaient une insomnie qui a régressé puis est revenue à l'âge adulte et 23,3% présentaient des symptômes persistants.

L'analyse des données montre que par rapport à des personnes n'ayant jamais eu d'insomnie, les jeunes adultes souffrant d'insomnie depuis l'enfance ont un risque significativement accru de troubles d'internalisation, multiplié par 3,2. Ce risque est également significatif pour les adultes qui ont développé une insomnie pendant l'adolescence, multiplié par 1,9, et pour ceux qui souffrent d'une insomnie qui avait régressé pendant l'adolescence, multiplié par 1,5.

Les adultes dont l'insomnie avait régressé pendant l'adolescence ne présentaient pas de risque de troubles d'internalisation.

Ces résultats suggèrent qu'il est important d'intervenir précocement sur des insomnies au cours de l'enfance en prévention de troubles de santé mentale, a conclu le Dr Fernandez-Mendoza lors d'une communication orale.

Dans un poster, les chercheurs ont présenté d'autres données issues de la même cohorte, avec comme objectif cette fois d'analyser l'association entre les troubles du rythme circadien et des troubles de l'usage de substances. De précédentes données ont déjà montré qu'un sommeil insuffisant est un facteur de risque de troubles de l'usage de substances, rappellent-ils.

Ils ont identifié les adolescents présentant un retard de phase mesuré sur 7 nuits par actigraphie lorsque la moitié de la nuit de sommeil est au-delà de 4 heures du matin et ceux qui avaient un rythme circadien lorsque cette moitié de la nuit de sommeil était décalée de plus d'une heure.

Parmi 421 adolescents, 164 présentaient une heure de coucher et d'éveil plus tardives, étaient peu matinaux et présentaient davantage un sommeil irrégulier.

Par rapport aux adolescents sans troubles du rythme circadien, ceux qui en avaient présentaient un risque relatif rapproché (OR) significativement plus élevé de consommation d'alcool (OR de 1,9) et de tabac (OR de 2,4).

L'analyse des données à l'âge adulte fait apparaître que les adolescents avec des troubles du rythme circadien présentent un risque significatif d'usage/mésusage d'alcool en particulier (OR de 1,9); pour le tabac et le cannabis, l'association n'était pas significative.

Ces résultats suggèrent qu'il serait intéressant de traiter des troubles du rythme circadien pour prévenir le risque de trouble de l'usage de substances, notamment d'alcool, concluent les chercheurs.

Source :

APM news

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