Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Identification de quatre facteurs prédictifs du risque suicidaire chez les étudiants

Mis à jour le lundi 5 juillet 2021

dans

PARIS, WASHINGTON, 15 juin 2021 (APMnews) - Une équipe de chercheurs français et canadiens a identifié, grâce à l'intelligence artificielle, quatre facteurs prédictifs du risque suicidaire chez les étudiants, selon des résultats publiés par Scientific Reports, a annoncé l'Inserm dans un communiqué.

"C'est une question d'actualité alors que les effets délétères de la crise sanitaire sur la santé mentale des étudiants sont de plus en plus visibles et que l'on connaît l'importance d'une détection et d'une prise en charge précoce de ce risque", note l'organisme de recherche.

Dans cette étude, Melissa Macalli et Marie Navarro du centre de recherche Bordeaux Population Health (Inserm/université de Bordeaux) et leurs collègues ont développé un algorithme utilisant une méthode d'apprentissage automatique (machine learning) afin d'identifier les principaux facteurs prédictifs des comportements suicidaires chez les étudiants et l'ont appliqué à la cohorte i-Share.

Coordonnée par l'université de Bordeaux, cette cohorte a pour ambition de suivre sur plusieurs années l'état de santé de plus de 20.000 étudiants inclus dans différentes universités. De précédents résultats ont déjà montré qu'environ un quart de cette population présentait un risque suicidaire de manière générale  et que la pandémie de Covid-19 et en particulier le confinement avaient dégradé leur santé mentale.

Cette fois, les chercheurs ont analysé les données recueillies auprès de 5 066 étudiants (20,7 ans en moyenne, 79,1% de filles et 20,9% de garçons) qui ont été suivis sur une période supérieure ou égale à un an, entre 2013 et 2019. Ils ont rempli deux questionnaires en ligne détaillés, l'un au moment de leur inscription et l'autre un an plus tard, sur leur état de santé physique et mentale, leurs antécédents médicaux et psychiatriques, ainsi que leurs consommations d'alcool et d'autres substances psychoactives.

Il apparaît tout d'abord qu'environ 17% des étudiants, filles (17,3%) comme garçons (17,1%), ont présenté des pensées et/ou des comportements suicidaires au cours de l'année écoulée entre les deux questionnaires. Parmi les 874 étudiants déclarant des pensées et/ou comportements suicidaires, 14,6% en particulier ont rapporté avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie.

Les chercheurs ont d'abord identifié, selon les données de la littérature scientifique, 70 facteurs ayant une influence potentielle sur les pensées et/ou des comportements suicidaires, à la fois des données sociodémographiques, des paramètres de santé physique et mentale, des antécédents personnels et familiaux de comportements suicidaires, des conditions et habitudes de vie, des usages de substances, des traumatismes liés à l'enfance.

L'algorithme a analysé simultanément l'ensemble de ces facteurs pour ensuite les classer selon leur force à prédire les comportements suicidaires. Les résultats indiquent que quatre seulement permettent de détecter environ 80% des pensées et/ou comportements suicidaires dans l'année qui vient: les pensées suicidaires, l'anxiété, des symptômes de dépression et l'estime de soi.

Des échelles psychologiques validées et couramment utilisées comme l'échelle de Rosenberg qui mesure l'estime de soi, l'échelle STAI-YB de Spielberger pour l'anxiété et la PHQ-9 pour la dépression, seraient suffisamment informatives pour identifier les étudiants susceptibles de présenter des pensées et/ou comportements suicidaires, estiment les chercheurs.

Des analyses secondaires montrent par ailleurs que chez les étudiants ne présentant pas de pensées et/ou de comportement suicidaire à leur entrée dans la cohorte, l'estime de soi en particulier était retrouvée comme un marqueur prédictif indépendant et important du risque suicidaire à la fois chez les filles et les garçons, un résultat qui a surpris les chercheurs.

"Ce résultat, qui n'aurait pas été obtenu sans l'intelligence artificielle, […], ouvre des nouvelles perspectives aussi bien de recherche que de prévention", commente Mélissa Macalli, citée dans le communiqué de l'Inserm.

"Ces travaux demandent confirmation mais ils ouvrent la possibilité de dépistage à grande échelle en identifiant, grâce à des questionnaires courts et simples, les étudiants à risque de suicide pour les orienter vers une prise en charge adéquate", ajoute le Pr Christophe Tzourio, directeur de Bordeaux Population Health et coordinateur de l'étude.

Source :

APM news

Dépêche précédente

Des troubles du sommeil pendant l'enfance et l'adolescence associés à des problèmes de santé mentale au début de l'âge adulte

Dépêche suivante

Phase II positive pour l'ibudilast dans le trouble de l'usage de l'alcool

0 commentaire — Identifiez-vous pour laisser un commentaire

Dernières actualités

Actualités phénoménologiques de l'expérience schizophrénique

Dans cette vidéo, retrouvez le Pr J-A Micoulaud-Franchi ainsi que plusieurs conférenciers qui exp...

Congrès de l'Encéphale 2022 : appel à communications

Vous avez jusqu'au 11 octobre 2021 pour soumettre votre résumé et présenter votre travail lo...

Les talks de l'Encéphale : Le cinéma intérieur

Dans cette session, le Pr L. Naccache nous propose une fascinante mise en abyme de cette édi...

Les femmes, des criminelles comme les hommes ?

Après avoir dressé un état des lieux de la condition criminelle féminine le Dr L. Layet et les in...