Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Intérêt d'une réunion de concertation pluridisciplinaire pour les patients atteints de trouble bipolaire

Publié le lundi 25 janvier 2021

PARIS, 20 janvier 2021 (APMnews) - La mise en place d'une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) pour les patients atteints d'un trouble bipolaire semble apporter une amélioration pour la prise en charge de leur état clinique, selon l'expérience rapportée par la fédération Ariathym de Nouvelle-Aquitaine au congrès de l'Encéphale.

Développées initialement en oncologie, les RCP regroupent des professionnels de santé de différents domaines afin de prendre une décision la plus consensuelle possible pour la prise en charge d'un patient en fonction des connaissances scientifiques en cours. Mais peu de données existent sur applications en psychiatrie, indiquent Pierre-Clément Kollen-Rassow du CH de Henri-Laborit et ses collègues.

En Nouvelle-Aquitaine, la fédération Ariathym de Poitou-Charentes a développé "une initiative unique en France", le premier dispositif régional intégrant des RCP inter-établissements réservés aux troubles de l'humeur.

De mars 2017 à mars 2020, 19 RCP ont eu lieu pour débattre des patients dont le diagnostic et/ou la thérapeutique étaient problématiques, et l'analyse a porté sur 24 dossiers provenant de 8 établissements de soins psychiatriques et présentés en RCP définitive.

L'objectif était de préciser de manière prospective l'impact des RCP dans la pratique clinique et de rechercher de manière rétrospective des indicateurs pertinents en vue d'évaluer l'effet des RCP.

Ces patients avaient 44,8 ans en moyenne (15 femmes et 9 hommes), avec une maladie ayant débuté en moyenne il y a 17,7 ans et un délai moyen avant le diagnostic de 7,2 ans. Dans le cadre des RCP, un avis diagnostique était demandé pour 13 patients et/ou thérapeutique pour 23. Le plan thérapeutique délivré était médicamenteux pour 21 patients et/ou une psychothérapie pour 12.

À distance des RCP, les médecins référents ont estimé que 78% des patients présentaient une amélioration de leur état clinique et d'autant plus en cas d'antécédents médicaux anciens, d'antécédents d'épisodes hypomaniaques, d'antécédents familiaux de troubles de l'humeur, d'alcoolisme ou de trouble du comportement alimentaire.

L'amélioration clinique était également associée à un traitement antidépresseur, moins d’antipsychotiques de première génération, pas d'antécédents d'hospitalisation ou encore lorsqu'une psychothérapie n'était pas choisie.

Un changement positif a également été observé pour 53% d'entre eux au niveau comportemental, avec de fortes corrélations pour ceux ayant moins ou pas de thymorégulateurs, de psychothérapies, d'antécédents pédopsychiatriques, de troubles des apprentissages et d'antécédents d'épisodes psychotiques.

À la connaissance des chercheurs, cette étude est la première en France sur les RCP dans les troubles de l’humeur, notamment le trouble bipolaire, avec une évolution clinique favorable pour 8 patients sur 10.

Cependant, contrairement à ce qui était attendu, une moindre efficacité de la psychothérapie et des thymorégulateurs a été observée dans cette étude, à l'inverse des antidépresseurs. Ces résultats mériteraient une réflexion plus poussée à travers d'autres études, commentent les auteurs.

Il serait également intéressant de considérer les commentaires recueillis dans cette étude auprès des médecins faisant partie du réseau de soin du patient, comme les référents infirmiers et des médecins traitants, afin d'axer plus les expertises sur le patient, ajoutent-ils.

Source :

APM news

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