Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Un intérêt possible du bumétanide en prévention d'Alzheimer

Publié le mercredi 13 octobre 2021

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LONDRES, 12 octobre 2021 - Le diurétique bumétanide pourrait avoir un intérêt en prévention de la maladie d'Alzheimer, notamment chez les personnes à risque augmenté, en raison de la présence du génotype APO-E4, suggère une étude basée sur des modélisations, des travaux expérimentaux et une observation épidémiologique, publiée par Nature Aging.

Face à l'absence de traitement et de prévention de la maladie d'Alzheimer, Alice Taubes, du Gladstone Institute, à San Francisco, et ses collègues, se sont intéressés à l'APO-E4, pour voir s'il y aurait un moyen d'agir sur son action.

Cette caractéristique génétique est portée par 25 % de la population de façon hétérozygote, ce qui multiplie par 3-4 leur risque de maladie d'Alzheimer, et par 2 % de façon homozygote, multipliant dans ce cas le risque par un facteur 12 à 14, rappellent-ils.

Ils ont d'abord travaillé sur les signatures transcriptomiques (le profil d'expression de l'ensemble des gènes, dans un type cellulaire donné) pour identifier une signature caractéristique de la maladie d'Alzheimer associée à l'APO-E4.

Puis, ils ont étudié, à partir d'une base de données sur les effets de 1 300 médicaments, ceux qui pouvaient modifier cette signature transcriptomique caractéristique. Ils ont ainsi identifié le bumétanide, un diurétique - qui s'avère déjà évalué dans d'autres maladies neuropsychiatriques, en particulier l'autisme, note-t-on.

Pour valider l'hypothèse d'un intérêt de cette molécule, ils ont travaillé sur un modèle de souris avec une modification de l'APO-E présentant une accumulation de peptide bêta-amyloïde et des symptômes associés. Ils ont montré que le bumétanide rétablissait l'excitabilité et la plasticité neuronale qui étaient altérées chez ces animaux. Cela était associé à une récupération des capacités d'apprentissage dans l'espace et des capacités fonctionnelles.

Enfin, ils ont étudié deux très grandes bases de données de personnes suivies sur de nombreuses années. Ils ont ainsi pu comparer des personnes ayant pris du bumétanide et de nombreux témoins n'en ayant pas pris.

Il s'avère que chez les personnes de 65 ans et plus, la prise de bumétanide était associée à une baisse (de 40 % à 70 % selon les multiples comparaisons cas-témoins effectuées par les chercheurs) du risque de maladie d'Alzheimer.

Alors que l'étude est basée au départ sur l'effet supposé du médicament de façon particulière sur les porteurs de l'APO-E4, cette partie de l'étude sur des bases de données humaines s'intéresse à la maladie d'Alzheimer de façon globale, note-t-on.

Ces résultats doivent donc être confirmés et la question de l'action du bumétanide sur toutes les maladies d'Alzheimer ou seulement celles liées à l'APO-E4 doit être clarifiée, commentent les auteurs.

(Nature Aging, publication en ligne du 11 octobre)

 

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