Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Intérêt d'une thérapie cognitive dans le traitement du délire de persécution

Publié le vendredi 30 juillet 2021

LONDRES, 22 juillet 2021 (APMnews) - Une nouvelle thérapie cognitive qui associe plusieurs techniques semble plus efficace qu'une approche de "befriending" dans le traitement du délire de persécution, avec une importante amélioration clinique, dans un essai clinique britannique.

"Chez les patients psychotiques, la thérapie cognitivo-comportementale représente une option thérapeutique pour réduire le délire de persécution, mais le bénéfice est limité et d'autres approches n'ont pas été testées", indiquent le Pr Daniel Freeman de l'université d'Oxford et ses collègues dans The Lancet Psychiatry.

Dans cette étude monocentrique, ils ont testé une nouvelle thérapie cognitive, qu'ils ont développée à partir d'un modèle théorique élaboré de manière empirique. Dans ce modèle, le délire de persécution est conceptualisé comme des croyances infondées en des menaces qui se sont développées dans un contexte génétique et environnemental et ont été entretenues par différents processus psychologiques, comme une inquiétude excessive, une faible estime de soi, un mauvais sommeil, des biais de raisonnement…

Pour réduire ce délire, les chercheurs ont supposé qu'il fallait réapprendre aux patients un sentiment de sécurité en affrontant des situations redoutées après diminution des facteurs d'entretien. Et pour agir sur ces facteurs, ils ont testé des interventions ciblant individuellement ces différents facteurs.

Les modules ainsi identifiés ont été rassemblés dans un traitement baptisé "Feeling Safe Programme" (programme pour se sentir en sécurité) et chaque patient peut choisir ceux qui lui semblent appropriés. Il s'agit d'améliorer son sommeil, d'améliorer sa confiance en soi, de réduire l'impact des hallucinations auditives, d'améliorer le raisonnement et de se sentir suffisamment en sécurité.

Les chercheurs ont évalué cette nouvelle thérapie auprès de 130 patients randomisés contre "befriending" avec le même thérapeute, cette intervention consistant en une approche empathique du patient et non directive. Ces patients étaient âgés de 42 ans en moyenne et la majorité avaient une schizophrénie (61 %); ils devaient notamment présenter un délire de persécution depuis au moins 3 mois.

La thérapie consistait en 20 séances environ sur six mois. A l'issue de la période d'étude, la conviction auto-évaluée dans le délire de persécution était mesurée sur l'échelle PSYRATS.

Il apparaît que le délire de persécution a baissé dans les deux groupes, avec un taux de conviction passant de 87,1 % à 49,4 % pour les patients ayant suivi le Feeling Safe Programme, contre une baisse de 86,4 % à 59,6 %, soit une différence de 10,7 points environ, statistiquement significative.

Par rapport au befriending, la nouvelle thérapie cognitive était aussi associée à une réduction significative de la sévérité du délire, de la paranoïa et de la colère, apportant une amélioration du bien-être, de la satisfaction et de la qualité de vie du patient sur l'échelle EQ-5D-5L.

En revanche, le Feeling Safe Programme n'a pas eu de bénéfice significatif sur les idées de persécution, la dépression, les hallucinations, les idées suicidaires, l'anhédonie et le nombre de pas quotidiens.

Parmi les événements indésirables survenus au cours de l'étude, aucun n'a été considéré en lien avec l'une ou l'autre intervention.

C'est le premier essai clinique contrôlé à tester cette nouvelle approche pour le délire de persécution et à la connaissance des chercheurs, "elle a produit la plus grande ampleur d'effets jamais observée pour des patients avec un délire persistant, avec un bénéfice clinique proche de ce qui est obtenu en thérapie cognitivo-comportementale pour les troubles anxieux", commentent les chercheurs.

"Une évaluation de ce programme dans différents centres doit être menée, notamment pour encore l'améliorer", concluent-ils.

(The Lancet Psychiatry, édition en ligne du 8 juillet)

Source : 

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