Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Les jeunes psychiatres réclament "une transformation profonde des pratiques de soins"

Publié le vendredi 1 octobre 2021

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PARIS, 29 septembre 2021 (APMnews) - Les jeunes psychiatres souhaitent engager "une transformation des pratiques de soins en psychiatrie", qui passe notamment par une réduction des pratiques coercitives et par le développement des pratiques centrées sur le rétablissement des patients, a déclaré le Dr Déborah Sebbane, présidente de l'Association des jeunes psychiatres et jeunes addictologues (AJPJA), mardi 28 septembre 2021, lors des assises en ligne de la santé mentale et de la psychiatrie.

Le Dr Sebbane, également directrice du Centre collaborateur de l'Organisation mondiale de la santé pour la recherche et la formation en santé mentale, a présenté lors de son intervention aux assises les premiers résultats de l'enquête "#ChoisirPsychiatrie".

Cette enquête, lancée mi-mai par l'AJPJA, l'Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) et l'Association française fédérative des étudiants en psychiatrie (Affep), vise à comprendre les "déterminants de l'attractivité de la psychiatrie".

"Environ 3 400 personnes y ont répondu, dont 500 internes, 1 400 psychiatres diplômés et un peu plus de 1 400 étudiants en médecine", a-t-elle révélé.

Déclarant s'exprimer au nom de l'AJPJA, elle a souhaité "faire part de ce que nous souhaitons pour notre spécialité".

À la lumière des premiers résultats de l'enquête, "trois champs d'actions prioritaires ont été distingués", a-t-elle annoncé, le premier étant celui d'"engager une transformation profonde des pratiques de soins en psychiatrie".

"Nous souhaitons des pratiques moins coercitives", soit "la réduction du recours aux soins sans consentement et l'arrêt des pratiques d'isolement et de contention, au profit de pratiques plus respectueuses des droits et de la dignité des personnes", a-t-elle affiché, car "c'est le changement attendu par les usagers et leurs proches aidants et la condition essentielle pour améliorer l'accès aux soins et la qualité des soins pour les usagers".

"Affranchir la psychiatrie de ses pratiques stigmatisantes, c'est infléchir la stigmatisation qui lui est attachée, mais c'est aussi améliorer la qualité de vie au travail des soignants en psychiatrie", a-t-elle argumenté. "Les résultats des études sont assez clairs : moins de soins contraints, plus de respect des droits, c'est une meilleure qualité de vie au travail et donc plus d'attractivité pour la spécialité."

"In fine, c'est redonner leur dignité et leur fierté aux patients, aux proches et à tous les professionnels, qui les soignent et qui les accompagnent."

Le rétablissement, "la boussole pour réorganiser les services"

L'association propose également "une réorganisation des soins psychiatriques, basée sur les principes du rétablissement". Ces principes, ayant fait "la preuve de leur efficacité", "ne peuvent plus être aujourd'hui considérés comme un courant ou une posture", mais "représentent le sens à donner à soin, la boussole pour réorganiser les services", a-t-elle affiché.

"À la lumière de notre enquête, nous réaffirmons le souhait que les missions du secteur soient redéfinies pour une approche graduée, comme explicité dans le rapport de la Cour des comptes de février 2021" et "que soit prioritairement développés les dispositifs de soins ambulatoires et les équipes mobiles intervenant au plus près des patients", a-t-elle déclaré.

Elle a également appelé à ce "que soit systématisé le travail en réseau" avec des partenaires : médecins généralistes, professions paramédicales, psychologues, proches aidants, etc.

"Enfin, nous soutenons le développement des pratiques, axées sur la prévention, à tous les âges, par le biais d'une part, d'une massification de l'offre de soins en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent et des disciplines associées, ainsi qu'en addictologie, et [d'autre part], d'un investissement fort dans la recherche centrée sur les pratiques et les dispositifs d'amont et/ou d'actions précoces", a-t-elle expliqué.

"Cette transformation nécessite une volonté tutélaire forte pour engager des moyens humains et financiers à la hauteur des enjeux et accompagner des actions de formation de grande échelle indispensables à la conduite de ces changements", a-t-elle demandé, précisant que cette transformation "doit aussi s'accompagner d'évaluations médico-économiques".

Revaloriser la formation des psychiatres

Deuxième champ d'action, "nous souhaitons une revalorisation de notre formation globale en psychiatrie à tous ses niveaux", a-t-elle déclaré, rappelant que, "cette année encore, 71 postes d'internes sur 532 n'ont pas été pourvus, soit un peu plus de 13 %".

Concernant le second cycle (étudiants en médecine), "à la lumière de notre enquête, il apparaît prioritaire d'améliorer la qualité et la quantité de l'enseignement et des stages cliniques, en particulier en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent", a-t-elle déclaré.

Selon elle, "l'enseignement théorique est notamment perçu comme trop court et de contenu peu satisfaisant". De la même façon, "près d'un étudiant sur cinq modifie négativement sa perception de la psychiatrie après être passé en stage", a-t-elle déploré.

"Nous souhaitons que la totalité des terrains de stage proposent un enseignement pratique engagé, l'encadrement et le compagnonnage doivent être investis et portés collectivement par tous les professionnels que rencontre un étudiant en médecine lors de sa formation", a-t-elle déclaré.

Concernant le troisième cycle (internes en psychiatrie), alors que la formation théorique "apparaît comme un enjeu fort de maintien dans la spécialité", "50 % des personnes interrogées s'en déclarent peu voire pas satisfaites", a souligné le Dr Sebbane.

"Nous souhaitons que cet enseignement soit en accord avec les enjeux des soins orientés rétablissement, [...] mais qui sont actuellement absents des contenus de formations proposés aussi bien durant le 2e que le 3e cycle des études", a-t-elle relevé.

Olivier Véran a annoncé la semaine dernière une évolution du diplôme d'études spécialisées (DES) en psychiatrie, qui inclura par exemple une formation approfondie aux psychothérapies.

Pour maintenir dans la spécialité les psychiatres diplômés, il faut "promouvoir des pratiques à la carte" (recherche, enseignement, clinique spécialisée, management, etc.) et permettre "une adaptation plus fine des postes en fonction des compétences et des souhaits des praticiens".

"Considérant le contexte de pénurie à venir, il est urgent de former tous les psychiatres à coordonner les soins et à déléguer", a-t-elle également alerté.

Si les psychiatres "se déclarent fiers d'exercer et aimant leur métier", "seulement 60 % envisagent d'exercer leur métier toute leur vie", a-t-elle alerté. "Actuellement 30 % se déclarent insatisfaits de la répartition de leur activité professionnelle, et dans 10 ans, près d'un quart des psychiatres se voient exercer en cabinet libéral" contre "seulement 30 % en milieu hospitalier", a-t-elle averti.

Travail en partenariat avec les médias

Dernier champ, "nous souhaitons engager un travail partenarial avec les médias pour lutter collectivement contre la stigmatisation en santé mentale" et promouvoir "une autre image de la psychiatrie", a annoncé le Dr Sebbane.

"Cette action apparaît prioritaire pour toutes les personnes ayant répondu à notre enquête", a-t-elle observé, les étudiants en médecine considérant que le traitement médiatique de la psychiatrie "témoigne d'un caractère 'caricatural et superficiel de la spécialité'", les internes considérant ce traitement comme "psychophobe" et les médecins en poste le qualifiant de "spectaculaire, peu fouillé et souvent stigmatisant".

Alors que "le chantier est immense" et que ces assises "signent un moment historique pour nous mobiliser vers l'avenir", selon le Dr Sebbane, "notre génération de psychiatres" veut "changer notre façon de concevoir le soin en psychiatrie" pour aller vers "une psychiatrie moderne, humaniste, progressiste, courageuse et capable de remise en question" et réclame, pour ce faire, les moyens humains et financiers nécessaires.

Contactée par APMnews mardi 28/09/21, le Dr Sebbane a annoncé que les résultats complets de l'étude "#ChoisirPsychiatrie" seraient présentés au Congrès français de psychiatrie (CFP) qui se déroulera du mercredi 1er au samedi 4 décembre à Montpellier.

En clôture des assises de la santé mentale et de la psychiatrie, le président de la République, Emmanuel Macron, a notamment annoncé "des postes" pour l'hôpital et le remboursement des séances de psychologues pour tous patients à partir de 3 ans.

Source : 

APM news

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