Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

La dépression et les antidépresseurs associés au risque de progression vers la démence

Publié le mercredi 22 décembre 2021

WASHINGTON, 17 décembre 2021 (APMnews) - Chez les personnes avec déclin cognitif léger (ou MCI), des symptômes dépressifs et la prise d'antidépresseurs notamment sont associés à un risque accru de progression vers la démence, selon une étude américano-néerlandaise.

Le déclin cognitif léger ou MCI pour mild cognitive impairment permet de cibler des personnes qui pourraient bénéficier de stratégies de prévention de la démence, notamment la maladie d'Alzheimer. Mais toutes les personnes diagnostiquées avec un MCI n'évoluent pas systématiquement vers une démence, avec des taux allant de 5 à 53%, rappellent Milou Angevaare de l'université Columbia à New York et de l'université d'Utrecht et ses collègues dans Neurology.

L'identification de facteurs de progression du MCI vers la démence est importante pour affiner la sélection des personnes à risque élevé.

Outre le score cognitif et les activités de la vie quotidienne, il est déjà possible de caractériser le MCI entre le type amnésique et non amnésique et de distinguer si un domaine cognitif ou plusieurs sont affectés.

Dans cette étude, les chercheurs ont suivi des personnes avec un MCI incident puis analysé leurs caractéristiques socio-démographiques et cliniques. Dans une étude longitudinale de personnes âgées d'au moins 65 ans lors de leur inclusion, ils ont choisi de manière aléatoire 2 903 personnes cognitivement normales initialement et 752 ont développé un MCI sur un suivi de 6,3 ans en moyenne.

L'analyse des données indique que le risque de développer un MCI était associé de manière significative à la présence de l'allèle E4 de l'apolipoprotéine E (ApoE4, facteur de risque génétique connu de maladie d'Alzheimer) et à une charge médicale plus élevée.

Inversement, de plus longues études, davantage d'activités de loisir et un plus haut niveau de revenus protègent du risque de MCI.

Parmi les personnes diagnostiquées avec un MCI, 2,4 ans plus tard en moyenne, 12,9% ont progressé vers une démence, 9,6% ont vu leur état fonctionnel décliner mais n'entraient plus dans les critères du MCI ni dans ceux de démence, 29,6% avaient toujours un MCI et 47,9% étaient à nouveau cognitivement normales.

Il apparaît que par rapport aux personnes redevenues cognitivement normales, celles qui progressent vers une démence sont plus âgées, sont porteuses de l'allèle ApoE4 (risque relatif RR multiplié par 1,65), utilisent des antidépresseurs (RR de 2,4) ou présentent des symptômes dépressifs (RR de 1,8) ainsi que celles qui présentent une atteinte multidomaine (RR de 2,1).

Cette étude montre que les facteurs prédictifs de MCI et ceux de démence sont différents. Ces résultats doivent être confirmés afin d'affiner l'évolution cognitive et fonctionnelle des personnes présentant un MCI, concluent les chercheurs.

(Neurology, publication en ligne du 1er décembre)

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