Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Le suivi par téléconsultation en Ehpad associé à une diminution des troubles du comportement (étude française)

Mis à jour le lundi 27 décembre 2021

ISSY-LES-MOULINEAUX (Hauts-de-Seine), 10 décembre 2021 (APMnews) - Le suivi des résidents par téléconsultation semble associé à une diminution de la fréquence et de la gravité des symptômes psychocomportementaux en Ehpad, selon des données préliminaires de l'étude française DETECT présentée au congrès national des unités de soins, d'évaluation et de prise en charge Alzheimer (Uspalz).

Le Dr Maria-Eugénia Soto-Martin, gériatre au CHU de Toulouse, a lancé cette étude en 2015 afin d'étudier l'intérêt de la téléconsultation et de la télé-expertise en établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), chez des résidents présentant des troubles du comportement.

L'étude s'est déroulée dans 20 structures. Les professionnels de santé organisaient les téléconsultations avec les CHU de Toulouse et de Limoges.

Au total, 141 résidents ont été inclus : la moitié a bénéficié de deux téléconsultations sur deux mois (une par mois), l'autre a suivi le circuit de soins habituels.

L'âge médian était de 86,8 ans. L'ancienneté moyenne dans l'Ehpad était de 31,3 mois.

Parmi les profils, tous présentaient des symptômes comportementaux et psychologiques des démences (SCPD), 68% avaient une maladie d'Alzheimer avec ou sans composante cérébrovasculaire et 15% avaient connu une hospitalisation au cours des trois derniers mois.

À l'inclusion, le score de l'inventaire neuropsychiatrique (NPI) total était en moyenne de 46 sur 144 points et le score NPI-retentissement sur les occupations professionnelles du soignant était en moyenne de 18,6 sur 60 points.

La quasi-totalité (95%) des résidents étaient traités par au moins un psychotrope.

Les résidents étaient plutôt dépendants avec un score de 2,2 sur 6 points sur l'échelle d'autonomie de Katz dite ADL. L'aide apportée par le personnel représentait 1,5 heure par jour en moyenne et 9 heures de surveillance quotidienne.

La télémédecine a eu un impact positif sur la fréquence et la gravité des symptômes psychocomportementaux. "Le score total NPI du groupe de patients ayant été suivis par télémédecine a régressé de 15 points, alors qu'il a progressé d'un point dans le groupe contrôle en 2 mois", a souligné le Dr Maria-Eugénia Soto-Martin. "Statiquement, la différence est significative."

La même tendance s'observe dans le score NPI-retentissement sur les équipes soignantes. "Il y a une perte de 4 points dans le groupe télémédecine mais le résultat n'était pas significatif", a-t-elle ajouté.

Par ailleurs, à deux mois, la télémédecine a eu un effet positif sur le score ADL "avec un changement de 0,5 point".

Parmi les autres résultats, 11 hospitalisations ont été dénombrées pendant le suivi dont 6 dans le groupe ayant bénéficié des deux téléconsultations contre 5 dans le groupe contrôle. "En ajustant le modèle de régression, le risque d'hospitalisation était multiplié par 1,3 chez les résidents du groupe télémédecine par rapport à ceux dans le groupe contrôle. Toutefois, le résultat n'est pas statistiquement significatif", a précisé la gériatre.

De plus, 8 patients ont été hospitalisés aux urgences sur les 2 mois de l'étude dont 3 dans le groupe télémédecine et 5 dans le groupe contrôle. "Le risque d'hospitalisation pour un patient du groupe télémédecine était multiplié par 0,82, cela signifie que c'est un facteur protecteur. Néanmoins, ce n'était pas statistiquement significatif. Ces résultats peuvent s'expliquer parce que nous n'avons probablement pas assez de puissance statistique, nous n'avons que très peu d'événements et le suivi était court", a-t-elle justifié.

Ces résultats doivent faire l'objet d'une publication "dans quelques mois", a commenté la médecin.

"Nous analysons encore plusieurs variables comme les motifs d'hospitalisation ou l'impact sur la consommation de psychotropes. L'indicateur médico-économique sera aussi étudié", a complété le Dr Maria Eugenia Soto-Martin.

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