Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

La moitié des patients développent des problèmes physiques, mentaux et/ou cognitifs un an après un passage en réanimation

WASHINGTON, 16 février 2021 (APMnews) - La moitié des patients qui survivent après un passage en réanimation développent de nouveaux problèmes physiques, mentaux et/ou cognitifs dans l'année qui suit, selon une étude néerlandaise publiée par l'American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine (AJRCCM).

De nombreux patients qui survivent après un passage en réanimation présentent un éventail de problèmes de santé rassemblés sous le nom de syndrome post-réanimation (PICS en anglais pour Post-Intensive Care Syndrome).

Il s'agit de troubles physiques, mentaux et/ou cognitifs qui surviennent ou s'aggravent après une maladie grave et persistent au-delà de l'hospitalisation aiguë: douleur, faiblesse musculaire, dyspnée, dépression, anxiété, stress post-traumatique, trouble de l'attention et de la mémoire, rappellent Wytske Geense, de l'université Radboud de Nimègue (Pays-Bas), et ses collègues.

Ces problèmes peuvent être sévères, durer des mois voire des années et impactent significativement la vie quotidienne, la qualité de vie et le retour au travail. Mais le taux d'incidence de ces différents troubles reste imprécis, les soins de post-réanimation restent fragmentés alors que le nombre de patients concernés augmente régulièrement.

Dans cette étude MONITOR-IC, prospective, longitudinale et multicentrique, toujours en cours, les chercheurs rapportent les résultats pour 2 345 patients parmi 4 793 patients d'au moins 16 ans, inclus entre juillet 2016 et juin 2019 dans quatre hôpitaux, admis en réanimation pendant au moins 12 heures.

Dans la cohorte analysée, 28% des patients provenaient d'un service médical, 12% avaient été opérés en urgence et 60% avaient subi une intervention programmée. Les patients "médicaux" souffraient plus souvent d'une maladie chronique, un score de gravité plus élevé et avaient un passage plus long en réanimation.

A un an de suivi, respectivement 58%, 64% et 43% des patients présentaient de nouveaux problèmes physiques, mentaux et/ou cognitifs. La plupart n'avait qu'un seul problème, le plus souvent physique. Ils étaient respectivement 12%, 30% et 9% à avoir des problèmes de deux ordres et respectivement 4%, 5% et 1% dans les trois domaines.

Des différences notables étaient observées, par exemple, entre les patients opérés en urgence et ceux opérés de manière programmée, avec davantage de fragilité (12% vs 4%), de fatigue (45% vs 24%), de faiblesse générale (38% vs 25%), de faiblesse musculaire (22% vs 10%), d'anxiété (20% vs 9%), de dépression (20% vs 10%) et de troubles cognitifs (13% vs 6%).
Les taux étaient globalement un peu plus faibles chez les patients "médicaux" par rapport à ceux opérés en urgence.

Par ailleurs, les données suggèrent que de nombreux patients souffraient déjà de différents troubles physiques ou mentaux, tels que de la fatigue ou de l'anxiété. Un an après la sortie de réanimation, il apparaît que les patients qui subissaient une opération programmée ont vu globalement leur état s'améliorer, alors que ceux opérés en urgence vivent davantage une détérioration de leur état de santé. Le fonctionnement cognitif se détériore dans les trois groupes.

L'analyse des données montre que l'état de santé avant l'admission en réanimation est fortement associé aux problèmes post-réanimation : par exemple, les patients déjà anxieux ont un risque accru de dépression (risque relatif rapproché ajusté ORa de 2,5) et de stress post-traumatique (ORa de 2,7), ceux qui avaient déjà une fatigue ont un risque accru de fragilité (ORa de 1,03). Les personnes de plus de 80 ans avaient un risque accru de fragilité (ORa de 3,8).

Ces résultats suggèrent qu'il est important d'identifier les patients à risque de syndrome post-réanimation et d'évaluer l'intérêt de mettre en place des actions précocement pour prévenir ou atténuer ces problèmes, concluent les chercheurs.

Source :

APM news

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