Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Le stage "facteur majeur d'attractivité de la psychiatrie" pour les étudiants en médecine (enquête #ChoisirPsychiatrie)

Publié le mercredi 8 décembre 2021

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MONTPELLIER, 7 décembre 2021 (APMnews) - Le stage est "un facteur majeur d'attractivité de la psychiatrie" pour les étudiants en médecine, puisqu'après une première expérience professionnelle dans cette spécialité, la proportion des étudiants souhaitant poursuivre leur cursus dans la discipline augmente, a relevé Nicolas Lunel, président de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), lors d'une session sur l'enquête #ChoisirPsychiatrie, au Congrès français de psychiatrie.

Nicolas Lunel est intervenu à distance pour coprésenter les résultats de cette première étude transgénérationnelle #ChoisirPsychiatrie, aux côtés de l'Association française fédérative des étudiants en psychiatrie (Affep) et de l'Association des jeunes psychiatres et jeunes addictologues (AJPJA).

En tout, 3 396 personnes ont répondu à cette enquête, dont 1 447 étudiants de la 1re à la 6e année de médecine.

Si un étudiant sur sept (14,7%) a déclaré avoir fait médecine "dans le but de faire psychiatrie", à la question "Pensez-vous actuellement à choisir la spécialité psychiatrie ?", seuls "un peu plus de 11%" des étudiants déclarent souhaiter "être psychiatres", a observé Nicolas Lunel.

"Cette diminution arrive donc pendant les études de médecine et il en est à nous d'en trouver les différents facteurs", a-t-il souligné.

Parmi les autres répondants, un peu moins de 20% des étudiants ont considéré comme "tout à fait envisageable" de choisir la psychiatrie, la même proportion environ que ceux déclarant que "c'est une possibilité parmi d'autres", et "massivement, les étudiants ne souhaitent pas se diriger vers cette spécialité". Pour un peu moins de 15%, c'est d'ailleurs "totalement inenvisageable".

Selon les résultats, pour la moitié des étudiants (49,4%), les cours de psychiatrie n'ont pas modifié leur perception de la spécialité. Pour 43,3% d'entre eux, les cours ont influencé "positivement" la perception de la spécialité et pour 7,3%, ils l’ont influencée négativement.

"Après des cours en psychiatrie, 31% des étudiants ont envie de faire un stage" dans cette spécialité, a ajouté Nicolas Lunel. Si le contenu et le format des cours sont considérés comme adaptés par respectivement les trois quarts et la moitié des étudiants, pour le président de l'Anemf, "[sûrement] que dans certaines facultés, cet enseignement est trop faible et ne peut pas correspondre à un enseignement de qualité en psychiatrie".

Au vu des résultats, l'Anemf préconise de réaliser "des cours avec des patients experts et/ou de la simulation", d'"éviter de survoler les enseignements et de ne faire apprendre que des 'listes de pathologies'" et de "revoir le temps d'enseignement en psychiatrie dans la maquette pour voir s'il est adapté".

Après un stage, un cinquième des étudiants souhaitent faire psychiatrie

Sur les 1 447 répondants au questionnaire, 38,1% avaient déjà effectué un stage en psychiatrie (dont les trois quarts n'ont effectué qu'une seule période de stage), un étudiant sur quatre étant déjà passé en service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent.

"Contrairement à ce que nous avons pu voir sur les cours, les stages modifient de façon massive la perception des étudiants", puisque 67,8% des étudiants ayant réalisé un stage estiment que ce dernier a modifié de façon positive la façon de voir la spécialité (17% déclarent une modification de la perception négative, 15,2%, pas de modification de la perception), a observé Nicolas Lunel.

Concernant le choix de la psychiatrie, "quand un stage est effectué, nous arrivons à un cinquième des étudiants qui souhaitent faire psychiatrie contre un vingtième quand aucun stage n'est [réalisé]", a-t-il ajouté, précisant qu'à l'inverse, le nombre d'étudiants pour lesquels la psychiatrie est "inenvisageable" n'évolue pas après un stage.

Le stage est donc "un facteur majeur d'attractivité de la psychiatrie", a-t-il affirmé, mais il "doit être positif".

Les stages en psychiatrie sont obligatoires pour un étudiant sur 10, ils sont principalement effectués en période d'externat (à partir de la 4e année des études de médecine, NDLR) et les étudiants les effectuent, dans 80,6% des cas, en CHU, et principalement en unité d'hospitalisation, qu'elle soit ouverte ou fermée.

Si les stages de psychiatrie adulte sont "très accessibles pour les étudiants", 40% d'entre eux ont considéré que les stages en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent ne le sont "pas facilement", a observé Nicolas Lunel.

Selon les résultats, "le stage [a répondu], pour 85% des étudiants, aux attentes concernant l'acquisition de nouvelles connaissances" et pour deux tiers d'entre eux, aux attentes concernant de nouvelles compétences. Le président de l'Anemf a observé que, du fait de la différence de fonctionnement des services, ces résultats sont à "tempérer en fonction des services", et il a rappelé qu'il est important localement "de pouvoir se saisir des outils d'évaluation de stage".

L'Anemf préconise donc de promouvoir les stages en psychiatrie, en ouvrant des stages avec plusieurs modes d'exercice, en recrutant "plus d'hospitalo-universitaires pour encadrer les étudiants", et "en communiquant sur les offres disponibles en dehors du CHU". Elle recommande aussi de "rendre les stages plus pédagogiques", "en ciblant plus sur les compétences" et "en encadrant de façon plus qualitative l'étudiant".
80% des étudiants intéressés par la possibilité d'exercer en libéral

Pour étudier la "représentation" que se font les étudiants de la carrière en psychiatrie, ces derniers ont dû choisir parmi des propositions, celles qui les motivaient à choisir la discipline. Ainsi, 84% sont d'accord avec la proposition "j'aime l'ouverture sur d'autres disciplines et le travail en équipe", 80% répondaient qu'ils étaient attirés "par la pratique des psychothérapies", et 80% se disaient intéressés "par la possibilité d'exercer en libéral cette spécialité".

En bas du classement, seuls 24% ont jugé qu'ils gagneraient bien leur vie avec cette spécialité, 15% trouvent la spécialité prestigieuse et 14% veulent prendre de la distance avec les soins somatiques.

L'Anemf a ensuite voulu étudier la représentation que se font les étudiants de la pratique en psychiatrie. Selon Nicolas Lunel, ces données, très "complexes" à étudier, nécessiteront des analyses complémentaires.

La tendance des étudiants à avoir une représentation négative du patient psychiatrique ou des stéréotypes sur les troubles "suit une tendance à ne pas choisir psychiatrie".

La famille peut également "pencher négativement sur le choix des étudiants", mais à l'inverse, l'avis positif des proches sur la psychiatrie ne semble pas influencer l'étudiant.

Il est par ailleurs compliqué de tirer des conclusions de l'impact des représentations qu'a l'étudiant de la psychiatrie sur le choix de cette spécialité, car il ne ressort pas de résultats "francs" de l'étude, a souligné Nicolas Lunel.

L'Anemf préconise de "combattre les clichés" auprès des étudiants, des patients et de la population, et de "montrer la réalité du travail en psychiatrie" aux étudiants.

Source :

APM news

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