Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Nouvelle étude sur l'hallucinogène psilocybine dans la dépression

Publié le jeudi 22 avril 2021

WASHINGTON, 14 avril 2021 (APMnews) - La psilocybine, molécule connue pour ses propriétés hallucinogènes, confirme qu'elle pourrait avoir un intérêt en traitement de la dépression, dans une étude pilote où elle était comparée à l'escitalopram, publiée par le New England Journal of Medicine (NEJM).

La psilocybine, molécule issue de champignons hallucinogènes, agit principalement via le récepteur 5-HT2A de la sérotonine. Un récepteur dont il a été montré qu'il fait partie d'une voie de signalisation pouvant être impliquée dans la dépression, rappellent Robin Carhart-Harris de l'Imperial College à Londres et ses collègues.

Des premières études ont suggéré qu'elle pourrait effectivement avoir un effet antidépresseur. Les chercheurs britanniques ont voulu approfondir cette question en conduisant une étude comparative face à un antidépresseur inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (ISRS).

Ils ont recruté 59 patients présentant une dépression majeure modérée à sévère de longue durée qui ont été randomisés en double aveugle entre la psilocybine (2 doses à 3 semaines d'intervalle) et l'escitalopram (doses quotidiennes durant 6 semaines). Compte tenu de potentiels effets hallucinogènes après la prise, les 2 doses de psilocybine ou de son placebo étaient prises sous surveillance médicale.

Le critère principal était la baisse du score sur le questionnaire IQDS-SR-16 (qui était en moyenne autour de 15 au départ). Cette baisse était de 8 points en moyenne dans le groupe psilocybine, comparé à une baisse de 6 points avec l'escitalopram. La différence entre les deux traitements n'était pas statistiquement significative.

Toutefois, le taux de réponse au traitement (baisse de plus de 50% du score IQDS-SR-16 par rapport au départ) s'élevait à 70% dans le groupe psilocybine contre 48% dans le groupe escitalopram. Et le taux de rémission (score entre 0 et 5) à 6 semaines était respectivement de 57% et 28%.

Ces résultats sont en faveur de la psilocybine mais, compte tenue de l'absence de différence significative sur le critère principal, il n'y a pas eu d'analyse statistique sur les autres critères.

D'autres mesures (sur les échelles BDI-1A, HAM-D-17 et MADRS et le score de bien-être WEMWBS) étaient aussi plutôt en faveur de la psilocybine, mais sans calcul statistique réalisé, indiquent les auteurs.

L'incidence des effets indésirables était similaire dans les 2 groupes. L'effet le plus fréquent avec la psilocybine était la céphalée.

Les chercheurs précisent que les effets aigus subjectifs de type hallucinogène n'ont pas été inclus dans les effets indésirables parce qu'ils sont supposés participer à l'effet positif du médicament.

Au vu de l'intérêt potentiel mais du résultat non statistiquement significatif, les auteurs concluent que des essais de plus grande taille et de plus longue durée sont nécessaires.

Commentant ces résultats dans un éditorial, Jeffrey Lieberman de l'université Columbia à New York estime que l'hétérogénéité des patients inclus et les incertitudes sur la bonne dose et la bonne fréquence d'administration pourraient avoir influé sur les résultats.

Il note aussi qu'on ne sait pas à ce stade si le bénéfice est lié au fait que les personnes ont en aigu un effet hallucinogène. Des molécules ayant le même mode d'action mais dépourvues d'effet hallucinogène sont développées, ce qui devrait à terme permettre de le savoir.

(NEJM, 15 avril, vol.384, n°15, p1402-1411 & 1460-1461)

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