Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Prépsy Contact, aide au lien entre psychiatrie et addiction au service des jeunes, désormais accessible dans toute la France

Publié le jeudi 28 octobre 2021

PARIS, 22 octobre 2021 - Prépsy Contact, un programme d'appui organisationnel pour faciliter la coopération entre les acteurs de la psychiatrie et ceux de l'addiction au service des jeunes de 16 à 25 ans, d'abord expérimenté dans cinq régions, est désormais accessible dans toute la France, ont présenté lors d'une conférence en ligne la semaine dernière les promoteurs du dispositif.

Prépsy Contact, né en 2019, est financé par le fonds de lutte contre les addictions "et co-porté par l'association Prépsy, par la Fédération Addiction, et l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, plus particulièrement le laboratoire en management Larequoi, qui est notre évaluateur externe", a précisé en préambule de la conférence Pierre Vannson, directeur adjoint de Prépsy.

"On sait tous qu'on doit être dans des approches intégrées […] mais il faut avoir des outils communs, des capacités à se rencontrer, à trouver des leviers ensemble, puisque chacun de nous a un bout de la réponse, y compris les personnes directement concernées", a résumé de son côté la déléguée générale de la Fédération Addiction, Nathalie Latour.

Le programme cible l'accompagnement des jeunes de 16 à 25 ans ayant des troubles psychiques associés à des conduites addictives (alcool, tabac, cannabis).

Il propose d'aider les professionnels des centres médico-psychologiques (CMP), des consultations jeunes consommateurs, et des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) d'un même territoire "à faciliter leur coordination" et à "les outiller" pour que chaque acteur "monte en compétence" dans le domaine qu'il ne maîtrise pas - les CJC sur la psychiatrie et les CMP sur les addictions, par exemple -, a expliqué Anaïs Paret, chargée de mission Prépsy Contact.

"Le but est bien sûr de fluidifier le parcours des usagers", a-t-elle résumé.

Manon Scavenius, chargée de projets à la Fédération Addiction, a précisé que Prépsy Contact avait d'abord été institué dans le cadre d'un appel à projets pour des équipes de cinq régions (Grand Est, Haut-de-France, Ile-de-France, Guadeloupe et Nouvelle Aquitaine), et que l'accompagnement est maintenant possible dans toute la France.

"Vis ma vie" et "e-intervision"

Concrètement, Prépsy Contact propose un "bridging", c'est-à-dire apporte, à la demande d'une structure, une aide "pour trouver la structure binôme la plus adéquate possible sur le territoire", organise la rencontre, et évalue les besoins en matière d'appui organisationnel des futurs partenaires. Ensuite, le dispositif propose "une offre d'outils évolutive et adaptable" aux besoins identifiés, a décrit Anaïs Paret.

Une fois la coopération établie, l'équipe de Prépsy Contact garde des contacts avec les binômes "une à trois fois par an" pour "voir la pérennité du partenariat" ainsi établi. "L'idée est vraiment de permettre des partenariats sur la durée, qui ne sont pas personnes-dépendants, et qui sont personnalisés en fonction des structures et des territoires", a insisté Pierre Vannson.

Parmi les outils proposés, Anaïs Paret a cité les formations en ligne (e-learning), avec pour l'instant deux programmes - "connaître son public" et "les premiers épisodes psychotiques" -, des fiches et vidéos sur les interactions médicamenteuses, une carte de France des CMP et des CJC, tout cela disponible sur le site internet de Prépsy Contact.

Le dispositif accompagne aussi les structures pour organiser en leur sein des périodes d'immersion pour les professionnels des autres structures - une sorte de "vis ma vie" -, a-t-elle résumé.

Sont aussi proposées des "e-intervisions", à savoir une présentation en visioconférence, par un binôme, d'un cas clinique portant sur un double diagnostic troubles psychiques et addiction, et sur la double prise en charge possible.

Par ailleurs, une ligne téléphonique d'information et d'orientation va être déployée à destination des professionnels, mais aussi des jeunes et des familles.

Sortir de l'isolement

Véronique Garguil, psychologue à la CJC du centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa) du centre hospitalier spécialisé en psychiatrie Charles Perrens de Bordeaux, et Julien Madillac et Emmanuelle Deux, infirmiers au CMP de Bordeaux centre du CH Charles Perrens, ont raconté leur coopération toute nouvelle.

"En CJC, on a des contacts assez fréquents avec les unités de soins en pédopsychiatrie, et on en avait moins avec les unités adultes", dont le CMP, même si les deux structures appartiennent au même hôpital et se situent "à 300 mètres" l'une de l'autre, a raconté Véronique Garguil.

Ce projet de rapprochement, "commencé en plein Covid", donc "ralenti" par la crise sanitaire, a permis néanmoins aux CJC "de réfléchir un peu plus à la question de la santé mentale", a-t-elle assuré.

Côté CMP, "nous étions très en demande, car nous sommes assez isolés dans nos pratiques […] et nous ne savions pas trop ce que [les équipes d'addictologie] faisaient, la nature des prises en charge, combien de personnes y travaillent, quel est le type de publics accueillis", a listé Julien Madillac.

"Cela nous a permis aussi de faire un repérage de jeunes" et de pouvoir les adresser en toute connaissance de cause, a souligné Emmanuelle Deux. "Cela nous a permis de repérer également là où nous pourrions faire plus en termes de prévention des addictions", a-t-elle ajouté, évoquant par exemple la réflexion du CMP pour proposer des patchs anti-tabac.

"Au début, on pensait qu'on n'avait pas trop de jeunes en commun. Mais en les cherchant un peu, on les a trouvés", a souri Véronique Garguil, d'autant qu'avec la crise sanitaire, "le CMP reçoit des jeunes moins chroniques […] mais qui sont quand même en souffrance, et pour lesquels une prise en charge ou une prévention [des addictions] peut être intéressante".

Le CMP et la CJC prévoient aussi de travailler avec la nouvelle unité d'hospitalisation à domicile (HAD) instituée depuis la crise sanitaire pour les 16-24 ans au CH Charles-Perrens.

En Guadeloupe, à l'établissement public de santé mentale (EPSM) de l'île, Mireille Favreau et Sarah Villers, infirmières au CMP de Capesterre-Belle-Eau, Corine Peratout, psychologue, et Marie-Anne Landais, infirmière au Csapa, ont raconté une expérience différente.

"On avait déjà un fonctionnement en partenariat sur la gestion des addictions des jeunes psychotiques", a souligné Corine Peratout. Mais les liens se sont resserrés avec "une file active commune, des outils et des projets communs", a résumé Marie-Anne Landais.

Par exemple, le CMP et la CJC réfléchissent à un outil de traçabilité et de suivi identique, car les deux structures n'ont pas le même logiciel de gestion du dossier patient, et travaillent sur un programme commun de psychoéducation.

"Quand les structures se connaissent déjà, Prépsy Contact permet de développer des outils en commun plus affinés, comme ce programme de psychoéducation en Guadeloupe", a commenté Anaïs Paret. Pour les autres, "Prépsy Contact peut être un prétexte à la rencontre, à se poser ensemble, et avoir un regard extérieur peut permettre d'avoir une autre approche".

Élargir le cercle

Véronique Garguil a souligné que "dans un monde idéal, on devrait tous travailler de manière idéale ! Mais on sait bien qu'on est tous un peu pris dans nos différentes activités, et parfois, on n'optimise pas suffisamment le travail d'articulation, d'interaction et de coopération, parce que c'est le plus difficile et c'est ce qui prend le plus de temps. Donc, en tant que professionnels, nous aussi on a besoin de support, et d'avoir à le faire pour pouvoir le faire".

Il ne s'agit pas seulement "de pousser la porte" de la structure voisine, a souligné Nathalie Latour. Il faut "comprendre l'organisation de l'autre, comprendre ses difficultés, comprendre le fait qu'on est sur des enjeux communs mais qu'on a des cultures professionnelles et d'organisation différentes" et Prépsy Contact permet que "se tisse la coopération en autonomie sur les territoires", et même d'élargir le cercle" au-delà des seuls CJC, CMP et CPTS, en permettant d'inclure aussi les autres partenaires de chacun de ces acteurs."

Prepsy contact peut ainsi créer des ponts entre d'autres structures en fonction des besoins, a précisé Manon Scavenius : "Par exemple, certaines CJC veulent créer un partenariat avec plusieurs CMP, certains CMP avec une CJC et une MDA [maison des adolescents]", etc.

"Prépsy Contact n'arrive pas avec un modèle préétabli de recette de cuisine", a prévenu Nathalie Latour. En revanche, "il donne des repères, des indications, qui permettent de faciliter la rencontre, plutôt que chaque acteur parte de zéro", a-t-elle résumé.

Le site internet de Prépsy Contact

 

Source : 

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