Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Quelles perspectives pour les équipes de liaison et de soins en addictologie ?

Publié le mardi 9 février 2021

PARIS, 1er février 2021 (APMnews) - Le délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, Frank Bellivier, et le président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), Nicolas Prisse, ont listé les perspectives d'avenir des équipes de liaison et de soins en addictologie (Elsa), au sein du secteur de l'addictologie et au-delà, lors de la 3e journée nationale des Elsa, organisée par l'association Elsa France et retransmise en direct du ministère des solidarités et de la santé.

En 2020, 342 Elsa ont été identifiées par la direction générale de l'offre de soins (DGOS).

Frank Bellivier a souhaité rappeler l'importance de leur mission, "hautement spécialisée", stratégique "pour le déroulement du séjour des patients porteurs de comorbidités addictives lors d'une hospitalisation", mais aussi pour "la médiation vers les soins".

Le délégué ministériel a listé les différents enjeux pour les Elsa, "aujourd'hui et [à] l'avenir". Il s'agit tout d'abord d’"enjeux de formation", de "partage d'expériences", mais également "autour de l'attractivité", car ces "activités [de liaison] sont insuffisamment connues".

Il a également cité "la reconnaissance". En effet, "les communautés hospitalières ont une reconnaissance insuffisante des enjeux à la fois en termes de repérage" et "en termes de service rendu aux autres disciplines pour, notamment, réduire les durées moyennes de séjour". Il a ajouté la problématique du "parcours du patient, avec cette capacité que la communauté des Elsa a d'assurer l'articulation avec les structures conventionnelles de soins". Les "activités de recherche" sont enfin un autre "enjeu très important", selon lui.

Le délégué ministériel a présenté "deux perspectives" pour les Elsa.

En premier lieu, il a rappelé la mise à disposition de 10 millions d'euros pérennes, prévus dans le cadre du Ségur de la santé. Cela correspond, selon Romain Sicot, président d'Elsa France et modérateur de la journée, à une augmentation de 15% du budget global alloué à ces équipes.

"C'est certainement insuffisant par rapport au potentiel de développement qu'il y a eu, mais c'est quand même un signe de reconnaissance", a estimé Frank Bellivier.

Il a précisé que ces 10 millions d'euros ne sont pas des "moyens dédiés à la gestion" ou au "flux supplémentaire de patients lié à la crise Covid", mais bien d'"une mesure de fond qui vise à muscler ces activités de liaison en addictologie".

"Ces moyens seront mis à la disposition des ARS [agences régionales de santé], avec une clef de répartition qui sera celle du compartiment populationnel." "À charge pour les ARS, qui connaissent bien leur territoire, de voir où les investissements sont pertinents", a-t-il complété. "Ce qui n'exclut pas que les représentants des Elsa locaux se fassent connaître auprès des ARS" dès lors que l'instruction aura été envoyée aux agences.

Mieux intégrer l'offre en addictologie dans les PTSM

La seconde perspective concerne plus largement l'intégration de l'offre en addictologie. Ainsi, "dès ma prise de fonctions, j'ai identifié que la feuille de route [santé mentale et psychiatrie] était relativement faible sur l'intégration de l'offre de soins en addictologie dans [ses] différents chantiers", a souligné Frank Bellivier. Et "au moment où s'installent les projets territoriaux de santé mentale, nous veillons à ce que les ressources addictologiques soient le plus intégrées possible aux parcours de soins" décrits dans ces projets, a-t-il assuré.

Selon lui, si "certains PTSM ont très bien traité le sujet de l'articulation avec l'addictologie", d'autres l'ont moins fait.

Dès lors, "c'est un travail en cours qui doit se poursuivre". Il a ainsi rappelé que les PTSM actuellement déployés sont une "première version" de ces projets. Il s'agit en effet d'"objets vivants" et des "étapes successives s'enclenche[ront] avec des logiques d'intégration supplémentaires".

Il a également estimé que certains publics sont "à cibler préférentiellement, dans l'intégration des ressources addictologiques", par exemple les publics vulnérables.

Il y a donc "un potentiel de développement ou en tout cas de montée en puissance dans le déploiement de la feuille de route santé mentale et psychiatrie pour une meilleure intégration de l'offre de soins en addictologie", a-t-il assuré.

Un autre sujet "à l'étude" est celui de la "mise au point d'un parcours spécifique d'infirmier de pratique avancée [IPA] en addictologie", a-t-il souligné, même si, pour le moment, le ministère des solidarités et de la santé est tourné vers la crise sanitaire. "Mais je trouve qu'étant donné l'importance des enjeux, nous avons des arguments à faire valoir" sur ce sujet, a ajouté le délégué ministériel.

Vers des Elsa hors les murs de l'hôpital ?

Lors de son intervention, également vendredi matin, Nicolas Prisse, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) a, de son côté, constaté que "moins de 20% des personnes qui ont des troubles d'usage des substances psychoactives sont effectivement dans un parcours de soins efficace". Et pourtant, "nombre d'entre elles ont déjà franchi la porte d'un hôpital […] et souvent, plusieurs fois".

Il a ainsi souligné que l'addictologie s'est "historiquement tournée vers des patients complexes". "Mais je constate qu'on est insuffisamment […] en capacité d'offrir un service pour des personnes moins complexes" et, aujourd'hui les patients "qui ne sont pas dans des addictions d'une extrême complexité, accompagnées de beaucoup de comorbidités, ne savent pas très bien où aller", a-t-il relevé, appelant à ne "pas oublier cette masse de gens".

Selon lui, de ce fait, "l'entrée dans le parcours [de soins en addictologie] est aujourd'hui trop tardive, entraînant des prises en charge complexes et une perte de chance pour les patients".

Pour remédier à cela, le président de la Mildeca a appelé à étudier la problématique du premier recours et à faire une "alliance thérapeutique plus tôt", pour dépister, en médecine générale par exemple, "des personnes qui ne sont pas encore dans des conduites addictives gravissimes, avec des comorbidités très ancrées". Selon lui, il y a un "vrai sujet d'appropriation de ces conduites addictives par le premier recours".

Si les Elsa "sont habituées à la mobilité à l'intérieur de l'hôpital", le président de la Mildeca s'est demandé si "cette mobilité pourrait aussi s'envisager hors les murs de l'hôpital, permettant de renforcer les liens avec les médecins généralistes, avec les CPTS [communautés professionnelles territoriales de santé] qui émergent ou encore avec les dispositifs de psychiatrie et de santé mentale".

Romain Picot a expliqué "bien" aimer "l'idée d'imaginer que les Elsa puissent avoir des missions, ou en tout cas des responsabilités, hors les murs de l'hôpital".

Le président d'Elsa France a également rappelé qu'il y a, auprès de la direction générale de l'offre de soins (DGOS), "des discussions sur la télémédecine en addictologie".

Source :

APM news

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