Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Remplacer des médicaments inappropriés semble bénéfique sur la réserve cognitive en cas d'amylose cérébrale

Publié le jeudi 18 novembre 2021

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BOSTON, 12 novembre 2021 - Le changement de traitements inappropriés semble renforcer la réserve cognitive de personnes âgées présentant une amylose cérébrale, selon les résultats d'un essai clinique interventionnel américain présentés au congrès Clinical Trials in Alzheimer's Disease (CTAD), qui se tenait du 09 au 12 novembre 2021 à Boston et à distance.

La réserve cognitive est une théorie proposant que des personnes "résistent" à la maladie d'Alzheimer par une plus forte activité intellectuelle et/ou sociale, y compris en cas d'amylose cérébrale, rappellent Gregory Jicha de l'université du Kentucky à Lexington et ses collègues dans le résumé de leur communication orale.

On suppose ainsi que des méthodes qui augmentent la réserve cognitive pourraient retarder les manifestations cliniques de la démence et pourraient même avoir un impact sur la prévalence et le fardeau social de cette maladie neurodégénérative.

Dans l'étude INCRASE, financée par l'université du Kentucky avec le soutien du National Institute on Aging (NIA), les chercheurs ont voulu savoir si une intervention visant à réduire de manière ciblée des médicaments inappropriés peut renforcer la réserve cognitive chez des personnes à risque de maladie d'Alzheimer et, à terme, retarder la survenue des symptômes, réduire la prévalence et la durée de la démence.

Ils ont inclus 90 personnes âgées vivant à domicile (73,9 ans à l'inclusion, 63 % de femmes), non démentes, qui avaient en moyenne 12,7 médicaments prescrits, dont 2,4 potentiellement inappropriés selon les critères de Beers de 2015. Elles étaient 29 à présenter un niveau d'amylose cérébrale les exposant à un risque accru de maladie d'Alzheimer.

Un index de réserve cognitive a été développé à partir des résultats à des tests cognitifs avec ou sans scopolamine, une molécule anticholinergique qui a notamment un effet sédatif, qui ont été effectués avant et à la fin des 12 mois de l'étude.

L'intervention consistait en une évaluation de l'ensemble des traitements prescrits aux participants par une équipe multidisciplinaire, avec notamment un médecin et un pharmacien, puis le changement des médicaments inappropriés. L'équipe intervenait ensuite au milieu et à la fin de l'étude pour en évaluer les effets et ajuster encore les traitements au besoin.

L'analyse des données montre qu'après ajustement pour les facteurs potentiels de confusion (sexe, âge, niveau d'éducation, médicaments inappropriés à l'inclusion, degré de l'amylose cérébrale à l'inclusion), l'indice de médicaments inappropriés a baissé de manière significative de 1,9 point chez les participants bénéficiant de l'intervention par rapport au groupe contrôle.

Dans un modèle multivarié, les résultats aux tests cognitifs montrent un effet significatif de l'intervention uniquement dans le sous-groupe des participants à risque élevé de maladie d'Alzheimer, avec une baisse de 43,7 sur le score de la partie B du test TMT (Trail Making Test), contre + 8,8 points parmi les participants avec moins d'amylose cérébrale.

Les résultats étaient similaires sur l'évaluation cognitive de Montréal (test MoCA), avec une baisse de 0,18 point chez les participants à fort risque de maladie d'Alzheimer, contre un gain de 0,003 point.

Il n'y avait pas d'effet de l'intervention sur les tests de mémoire verbale.

Globalement, ces résultats indiquent qu'il est possible de réduire les médicaments inappropriés chez des personnes âgées non démentes, indépendamment de leur degré d'amylose cérébrale, et de renforcer la réserve cognitive, ce qui n'a toutefois qu'un bénéfice chez les personnes avec une amylose avancée à l'imagerie cérébrale.

L'effet le plus fort a été observé sur la fonction exécutive et la cognition globale.

Des études de grande taille et au long cours sont nécessaires pour vérifier que cette approche se traduit bien par un retard dans la manifestation des symptômes voire sur la progression de la maladie, concluent les chercheurs.

 

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