Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

La santé mentale des jeunes adultes fortement affectée en contexte pandémique de Covid-19

Publié le jeudi 21 octobre 2021

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PARIS, 14 octobre 2021 - Non seulement la santé mentale des jeunes adultes en France a été "particulièrement affectée" dans le contexte pandémique de Covid-19, mais aussi les trois quarts de ceux qui ont eu besoin d'accéder aux services de santé mentale n'ont pas pu en bénéficier, a exposé la sociologue Marie Jauffret-Roustide le 14 octobre, lors d'un point presse.

La chercheuse, chargée de recherche à l'Inserm, s'exprimait dans le cadre d'un point presse en ligne organisé par l'ANRS-Maladies infectieuses émergentes.

Elle a expliqué avoir mis en place cette enquête intitulée Focus "car on avait fait le constat qu'au début de la pandémie de Covid, il y avait une réelle invisibilité de la question des jeunes adultes (18-29 ans), puis qu'ensuite, à l'été 2020, il y a eu une forte stigmatisation de ce public, avec l'idée qu'ils étaient irresponsables face au Covid", ce qui a été à l'origine de "la production de stéréotypes".

L'enquête, qui a été menée en ligne entre octobre et décembre 2020 auprès de 8 424 participants résidant en France et au Canada, portait sur l'impact du Covid sur les jeunes adultes et sur la façon dont ils vivaient cette pandémie.

Les données pour la France révèlent un fort impact du contexte pandémique sur la santé mentale des jeunes adultes, a exposé Marie Jauffret-Roustide. Il apparaît en effet que 48 % des répondants présentaient une dépression modérée à sévère et 32 % une dépression légère (sur la base du score PHQ-9), ce qui signifie que seulement 20 % ne présentaient pas de symptômes dépressifs.

Les trois quarts des répondants déclaraient par ailleurs avoir un sentiment de solitude élevée sur l'échelle UCLA (sachant que l'enquête incluait la période post-confinement), et trois quarts également avaient un niveau de stress élevé en lien avec le Covid.

Les plus déprimés étaient les jeunes de sexe féminin, appartenant aux minorités sexuelles et de genre, à des groupes ethniques issus de l'immigration, ayant un faible niveau d'éducation, sans emploi, ayant perdu des revenus à cause des mesures liées au Covid-19, ou encore ayant subi des violences verbales, psychologiques et/ou physiques, a énuméré la chercheuse.

Les jeunes qui respectaient le plus les mesures de prévention contre le Covid-19 (comme le fait de rester chez soi ou d'éviter de rencontrer les amis ou la famille) étaient plus à risque de rapporter des symptômes dépressifs.

Chez ceux ayant un niveau d'adhérence élevée aux mesures de prévention, la prévalence de la dépression était de 56 %, contre 40 % chez ceux ayant un niveau d'adhérence faible.

Il apparaît en outre que, sur les 35 % de répondants ayant eu besoin d'accéder à des services de santé mentale pendant cette période, les trois quarts n'ont pas pu en bénéficier. Marie Jauffret-Roustide a souligné à ce propos que l'accès aux soins était plus difficile en France qu'au Canada, où la part de jeunes n'ayant pu accéder aux soins alors qu'ils en avaient besoin était plus faible, s'établissant à 58 %.

Elle a fait savoir qu'une étude qualitative était en cours pour comprendre les raisons pour lesquelles les jeunes avaient eu ces problèmes d'accès aux soins. Cette enquête est en ligne jusqu'à fin octobre 2021 et vise à ré-interroger une partie des jeunes ayant participé à la première vague et à inclure de nouveaux participants.

Les données révèlent en outre que les jeunes étaient pour la plupart très préoccupés quant à leur avenir (54 %), de même que pour la santé mentale de la population (55 %).

Ils étaient 36 % à considérer que l'attention portée par le gouvernement aux préoccupations et aux besoins des jeunes était "très insuffisante", et 52 % qu'elle était "insuffisante".

L'étude va être étendue aux jeunes adultes de 15-18 ans et "on va mettre en place une démarche de recherche participative avec un comité participatif des jeunes, pour le suivi de l'étude et l'élaboration de recommandations", a fait savoir Marie Jauffret-Roustide.

 

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APM news

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