Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Schizophrénie : la clozapine et des polythérapies les plus fortement associées à un risque réduit d'addiction

Publié le mercredi 6 octobre 2021

LISBONNE, 4 octobre 2021 - La clozapine ainsi que des associations d'antipsychotiques semblent être les traitements les plus fortement associés à un risque réduit de troubles de l'usage de substances chez les patients atteints de schizophrénie, selon une étude nord-européenne présentée les 02 et 03 octobre 2021 au congrès de l'European College of Neuropsychopharmacology (ECNP), qui se tient à la fois à Lisbonne et virtuellement.

Les troubles de l'usage des substances sont très fréquents chez les patients schizophrènes et ont un impact délétère sur le cours de la maladie. Cependant, peu de données sont disponibles sur l'effet des antipsychotiques sur cette comorbidité, indiquent le Dr Markku Lähteenvuo de l'hôpital psychiatrique Niuvanniemi à Kuopio (Finlande) et leurs collègues finlandais, néerlandais et suédois dans leur poster.

A partir de données en vie réelle, ils ont voulu comparer l'efficacité de différents traitements sur le développement de troubles de l'usage des substances ainsi que les hospitalisations pour ces problèmes chez des patients schizophrènes.

Pour cela, ils ont utilisé les données de deux cohortes nationales de patients, la première de 30 860 en Finlande, âgés de 33,6 ans en moyenne lors de leur inclusion, et la seconde de 14 616 patients en Suède, âgés de 34,9 ans en moyenne, suivis pendant respectivement 22 et 11 ans.

Les données liées au diagnostic, aux traitements et aux hospitalisations ont été récupérées dans des dossiers des patients, des registres et la base de données de l'assurance maladie.

Dans la cohorte finlandaise, 5 257 avaient déjà des troubles de l'usage des substances et parmi les 25 603 qui n'en avaient pas, 2 853 en ont développé au cours du suivi. Dans la cohorte suédoise, ils étaient respectivement 3 471 et 1 403 parmi 11 145 patients.

Selon l'analyse des données, le risque d'avoir un premier diagnostic de trouble de l'usage des substances était significativement réduit dans les deux cohortes, avec les différents antipsychotiques testés, sauf la rispéridone et la quétiapine, notamment chez les Suédois, par rapport à l'absence de traitement.

L'effet le plus important était observé avec la clozapine, associée à une diminution de 80 % chez les Finlandais et de 65 % chez les Suédois et le plus faible, avec respectivement la quétiapine et l'aripiprazole, associée à une baisse de 27 % et de 30 %. Cet antipsychotique était toutefois associé à une réduction significative de 64 % parmi les Finlandais. Dans les deux cohortes, le risque diminuait aussi avec une polythérapie d'antipsychotiques, de 53 % et de 46 %.

Parmi les patients qui avaient déjà un trouble de l'usage des substances à l'inclusion ou en ont développé un au cours du suivi, le risque d'hospitalisation psychiatrique toutes causes était réduit de manière significative avec tous les antipsychotiques testés et ce, dans les deux cohortes. L'ampleur d'effet la plus forte était observée pour la clozapine et la polythérapie, avec une baisse du risque respectivement de 41 % et 43 % dans la cohorte finlandaise et de 49 % et 53 % dans la cohorte suédoise.

L'effet le plus faible était observé dans les deux cohortes avec la quétiapine, avec une réduction du risque d'hospitalisations de 17 % et 19 %.

Enfin, le risque d'hospitalisation pour troubles de l'usage des substances spécifiquement était aussi réduit de manière significative avec la clozapine et la polythérapie, de respectivement 41 % et 25 % dans la cohorte finlandaise et de 40 % et 39 % dans la cohorte suédoise.

Les résultats montrent par ailleurs un effet significatif des antipsychotiques injectables de longue durée d'action dans leur ensemble à la fois sur les risques de développer un trouble de l'usage des substances, d'être hospitalisé en psychiatrie et pour un trouble de l'usage des substances en particulier.

 

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