Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Schizophrénie : les antipsychotiques injectables plus efficaces que les formes orales en prévention de l’hospitalisation (méta-analyse)

Publié le jeudi 22 avril 2021

LONDRES, 19 avril 2021 (APMnews) - Les antipsychotiques injectables de longue durée d’action sont significativement plus efficaces que les formes orales pour prévenir l'hospitalisation des patients atteints de schizophrénie dans les essais cliniques contrôlés randomisés, les études de cohorte et les études dites "pré-post", le bénéfice observé étant plus important dans ce dernier type d’études, selon une méta-analyse publiée mardi dans Lancet Psychiatry.

Chez les patients ayant présenté plusieurs épisodes schizophréniques, le traitement antipsychotique s’est révélé efficace pour prévenir les rechutes, avec une réduction du risque de 2 à 6 fois en comparaison de l’absence de traitement antipsychotique. L’observance est cruciale et pourrait être améliorée par le recours aux antipsychotiques sous forme injectable.

Dans une précédente méta-analyse présentée en 2015 au congrès de l'European College of Neuropsychopharmacology (ECNP), Taishiro Kishimoto du Keio University School of Medicine à Tokyo et ses collègues avaient conclu que, chez les patients atteints de schizophrénie ou de trouble schizo-affectif, les antipsychotiques injectables ne semblaient pas plus efficaces que les antipsychotiques par voie orale sur le risque de réhospitalisation, rappelle-t-on.

Mais des méta-analyse ultérieure menées sur des études "pré-post" et des études de cohorte ont pourtant montré que les antipsychotiques injectables de longue durée d’action (LAI) étaient associés à un risque d’hospitalisation et de rechute significativement plus faible que les antipsychotiques oraux, suggérant que le modèle choisi pouvait influencer le résultat.

Dans ce nouveau travail, les chercheurs japonais ont ré-évalué les bénéfices des LAI en comparaison des formes orales dans une nouvelle méta-analyse, en intégrant trois types d'études : des essais contrôlés randomisés, des études de cohorte et des études pré-post.

Après avoir réalisé une revue systématique de la littérature jusqu’au 13 mars 2020, ils ont effectué une méta-analyse des études ayant duré au moins 6 mois et ayant comparé les LAI aux antipsychotiques oraux chez des adultes atteints de schizophrénie et de troubles associés (pour au moins 80% des participants) selon les trois modèles d'étude.

Le critère de jugement principal était le risque relatif d'hospitalisation ou de rechute chez les patients traités par LAI en comparaison de ceux sous antipsychotiques oraux.

Au total, 137 études (incluant 397 319 patients) répondaient aux critères d'inclusion et ont été analysés : 23,4% étaient des essais cliniques contrôlés randomisés (incluant 8 577 patients âgés en moyenne de 37,2 ans et suivis pendant 62,5 semaines en moyenne), 47,4% étaient des études de cohorte (incluant 377 447 patients âgés en moyenne de 40,8 ans et suivis pendant 79,6 semaines en moyenne) et 29,2% des études pré-post (incluant 11 295 patients âgés en moyenne de 42,3 ans et suivis pendant 68,9 semaines en moyenne).

En comparaison des antipsychotiques oraux, les LAI ont été associés à un risque d'hospitalisation ou de rechute réduit dans chacun des trois modèles d'étude : -12% dans les essais contrôlés randomisés; -8% dans les études de cohorte et -56% dans les études pré-post.

Cette association était maintenue quand l’analyse ne portait que sur le risque d’hospitalisation seule et ce quel que soit le type d’étude, alors que pour le risque de rechute seul, l'association s’observait uniquement dans les études pré-post.

Concernant les autres critères de jugement (liés à l'efficacité du traitement, son innocuité, la qualité de vie des patients ou encore leur fonction cognitive), les bénéfices des LAI étaient plus importants que ceux des antipsychotiques oraux dans 18,3% des comparaisons, similaires dans 76,8% des cas et plus faibles dans 4,9% des comparaisons.

Les auteurs concluent que les LAI présentent un avantage par rapport aux formes orales dans la prévention de l'hospitalisation ou des rechutes, dans des contextes aussi variés que la recherche clinique (essais cliniques contrôlés randomisés) ou la vie réelle (études de cohorte et pré-post).

Ils estiment qu’un recours plus large aux LAI permettrait d’améliorer la prise en charge de la schizophrénie.

(Lancet Psychiatry, publication en ligne du 13 avril)

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