Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Les adultes atteints de TDAH ont un risque accru de nombreux problèmes de santé

Publié le mardi 20 juillet 2021

LONDRES, 7 juillet 2021 (APMnews) - Peu de travaux ont exploré les liens entre TDAH et condition physique à l'âge adulte, et en particulier à un âge avancé. Les données d'une vaste étude internationale publiée dans The Lancet Psychiatry suggèrent un risque accru de maladies cardiovasculaires, de maladie de Parkinson et de démence plus important par rapport à des adultes âgés sans TDAH

Les adultes atteints de trouble de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) présentent un risque accru de nombreux problèmes de santé, à la fois neurologiques, cardio-respiratoires, métaboliques, gastro-intestinaux, musculosquelettiques, génito-urinaires et cutanés, montre une vaste étude internationale publiée mardi dans The Lancet Psychiatry.

A la connaissance des chercheurs, il s'agit de la première étude menée sur un registre à grande échelle évaluant les associations phénotypiques et étiologiques entre le TDAH et une large gamme de maladies à l'âge adulte, observent Ebba Du Rietz, de l'Institut Karolinska à Stockholm, et ses collègues suédois, polonais, britanniques, néerlandais et américains.

Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental qui touche entre 3 % et 7 % des enfants et adolescents, et persiste chez 3 % environ des adultes. Outre leurs troubles cognitifs, ces patients ont des comorbidités psychiatriques, mais aussi somatiques. Cependant, peu de travaux ont exploré les liens entre TDAH et condition physique à l'âge adulte, et en particulier à un âge avancé.

Les chercheurs ont voulu étudier les associations phénotypiques et étiologiques du TDAH avec divers troubles somatiques et essayer de déterminer si elles étaient d'abord d'origine génétique ou environnementale.

Pour cela, ils ont utilisé des registres suédois, identifiant des fratries de mêmes parents biologiques ainsi que des fratries de même mère, nés entre le 1er janvier 1932 et le 31 décembre 1995 et encore vivants, soit plus de 4,7 millions de personnes, avec notamment plus de 3,8 millions ayant un frère ou une soeur de mêmes parents et près de 470 000 avec un demi-frère ou demi-soeur de même mère, et plus de 1,8 million de familles (fratrie, parents, cousins, conjoints).

Dans la cohorte, les personnes incluses avaient 47 ans en moyenne, entre 18 et 81 ans. La prévalence du TDAH était de 1,3 %. Conformément à d'autres études, la prévalence du TDAH et des autres troubles tendait à être plus élevée chez les demi-frères et soeurs que dans la fratrie de mêmes parents.

Chez les patients atteints des TDAH, la prévalence était plus élevée que chez les adultes sans TDAH pour les 35 pathologies examinées sauf une, la polyarthrite rhumatoïde.

Dans l'analyse des données ajustées sur l'âge et l'année de naissance, les associations les plus fortes entre TDAH et troubles somatiques étaient la maladie alcoolique du foie, avec un risque relatif rapproché (OR) de 4,7 par rapport aux adultes sans TDAH, les troubles du sommeil avec un OR de 4,6, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) avec un OR de 3,2, l'épilepsie avec un OR de 3, la stéatose hépatique non alcoolique avec un OR de 2,9 et une obésité avec un OR de 2,7.

Le risque était accru également pour la majorité des troubles somatiques dans la fratrie de mêmes parents des adultes avec TDAH, et souvent atténué chez les demi-frères ou soeurs. Il s'agissait le plus souvent de diabète de type 1, d'obésité, d'infections rénales, de dorsalgie, de migraine, de troubles du sommeil, d'asthme et de BPCO.

Selon l'analyse des données en fonction des groupes de maladies, celles qui étaient les plus fortement associées avec le TDAH étaient liées au système nerveux, avec un OR de 3,3, respiratoires avec un OR de 2,5, musculosquelettiques ainsi que métaboliques, les deux avec un OR de 2. Ces associations étaient également retrouvées dans les fratries.

L'analyse stratifiée par sexe montre des profils différents, avec un risque accru, en particulier de fibrillation atriale, d'urolithiase, de troubles du sommeil et d'asthme, chez les femmes atteintes de TDAH, plus que chez les hommes, alors que le risque accru de troubles thyroïdiens était moins élevé chez les femmes.

Dans les analyses génétiques, la plus forte corrélation phénotypique observée était entre le TDAH et les troubles du système nerveux, avec des facteurs génétiques intervenant pour 28 %. Dans la migraine, les facteurs génétiques intervenaient même largement majoritaires. Ils étaient également fortement impliqués dans les troubles métaboliques, respiratoires et musculosquelettiques des adultes TDAH (60-69 %).

Enfin, les données étaient insuffisantes pour bien caractériser les risques de ces différentes maladies chez l'adulte TDAH vieillissant, mais elles suggèrent un risque accru de maladies cardiovasculaires, de maladie de Parkinson et de démence plus important par rapport à des adultes âgés sans TDAH.

Globalement, ces résultats peuvent aider à orienter de futurs travaux sur les mécanismes contribuant au risque de troubles physiques chez les personnes atteintes de TDAH et à terme, aboutir à des mesures de prévention, concluent les chercheurs.

(The Lancet Psychiatry, édition en ligne du 6 juillet).

Source : 

APM news

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