Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

L'exposition prolongée des prématurés aux opioïdes et benzodiazépines associée à un retard neurodéveloppemental

Publié le mardi 20 juillet 2021

WASHINGTON, 9 juillet 2021 (APMnews) - Selon une étude publiée dans JAMA Network Open, l'utilisation prolongée et combinée d'opioïdes et de benzodiazépines chez les bébés prématurés (nés entre 24 et 27 semaines gestationnelles) est associée à des scores cognitifs, moteurs et de développement du langage inférieurs aux autres enfants à l'âge de 2 ans.

Les analgésiques et sédatifs peuvent être utilisés chez les prématurés afin d'atténuer la douleur, l'agitation et l'inconfort en cas de pathologies ou dans le cadre d'opérations. Quelques études ont suggéré que les analgésiques opioïdes sont associés à des risques d'atrophie cortico-sous-corticale et du cortex cérébelleux, ainsi qu'à de moins bons scores cognitifs et moteurs sur l'échelle BSID-III, évaluant le neurodéveloppement.

D'autres études chez l'animal ont estimé que les benzodiazépines peuvent induire une apoptose neuronale avec un risque de lésion.

Néanmoins, chez les grands prématurés, nés à partir de la 24ème semaine gestationnelle, les conséquences de l'usage de ces médicaments, notamment sur le développement neurologique, sont encore floues.

L'équipe de Mihai Puia-Dumitrescu, du Washington Medical Center, a réalisé une étude multicentrique chez de très grands et grands prématurés (entre 24 semaines et 27 semaines de grossesse) ayant reçu des opioïdes et/ou des benzodiazépines lors de leur séjour à l'hôpital, afin d'évaluer l'association entre l'exposition à ces médicaments et les conséquences sur leur neurodéveloppement à 2 ans.

Au total, 936 enfants nés à un âge gestationnel compris entre 24 semaines et 27 semaines et 6 jours ont été inclus dans l'étude (cohorte PENUT): 51 % ont été exposés à des opioïdes (morphine ou fentanyl) et des benzodiazépines (midazolam, diazépam, clonazépam, ou lorazépam), 32 % à un opioïde ou à une benzodiazépine, et 17 % n'ont rien reçu.

Parmi les 778 nourrissons exposés aux opioïdes, 76 % ont reçu du fentanyl et 57 % de la morphine. Des benzodiazépines ont été administrées à 501 nourrissons, dont 65 % ont reçu du midazolam et 64 % du lorazépam pendant leur séjour hospitalier (le diazépam et le clonazépam ont été rarement utilisés, avec 2 % et < 1 % respectivement). Les durées médianes d'exposition à la morphine, au fentanyl, au midazolam et au lorazépam étaient de 10 jours, 3 jours, 3 jours et 14 jours, respectivement.

Les nouveau-nés exposés aux opioïdes + benzodiazépines présentaient plus de comorbidités que ceux exposés à une seule classe, ou non exposés. Ainsi, sur les 72 enfants ayant eu une rétinopathie du prématuré, 79 % ont été exposés aux deux classes thérapeutiques. Sur les 124 ayant eu une hémorragie intraventriculaire de grade III-IV, 74 % avaient reçu les deux médicaments. Sur 106 enfants nés avec une persistance du canal artériel, 78 % avaient été traités avec les deux thérapies.

Par ailleurs, presque tous les nourrissons qui recevaient une assistance respiratoire ont été exposés à l'une ou aux deux classes de médicaments.

Les nourrissons exposés aux deux médicaments avaient une durée de séjour hospitalier plus longue de 34,2 jours que les autres.

De plus, les très grands prématurés (nés à 24 et 25 semaines gestationnelles) avaient une exposition plus précoce et plus élevée aux opioïdes et aux benzodiazépines par rapport aux nourrissons nés à 26 et 27 semaines. Sur 203 nourrissons nés à 24 semaines, 38,4 % ont reçu des opioïdes et des benzodiazépines les 4 semaines suivant leur naissance, contre 13,2 % des 227 nourrissons nés à la 27ème semaine de grossesse.

Près de 75 % des enfants inclus dans l'étude ont passé les tests du BSID-III, réalisés lorsqu'ils avaient entre 22 et 26 mois. Les scores - cognitif, moteur, développement du langage - des enfants ayant été exposés aux deux médicaments étaient moins élevés que ceux des enfants non-exposés. Un écart important entre les deux groupes a été observé sur les capacités cognitives (-5,72 sur l'échelle du BSID-III), les capacités motrices (-8,31) et sur le développement du langage (-4,47).

Les scores médians variaient aussi selon les médicaments et la durée d'exposition, avec des scores plus faibles observés lorsque l'un des médicaments d'intérêt était utilisé pendant plus de 7 jours. Ainsi, le score "moteur" du BSID-III des enfants ayant reçu des opioïdes et/ou des benzodiazépines était de 85 contre 95 chez ceux n'ayant pas reçu de médicaments.

"Une exposition prolongée à l'un des médicaments d'intérêt (morphine, fentanyl, midazolam et lorazépam) avait une association négative avec tous les scores BSID-III à l'âge de 2 ans par rapport aux nourrissons sans exposition", notent les auteurs.

Les chercheurs précisent que leurs résultats étaient cohérents avec des études déjà publiées. "Les nourrissons exposés à la morphine ou au fentanyl avaient des scores BSID-III inférieurs à ceux des nourrissons sans exposition, les scores 'moteurs' étant les plus touchés. Plusieurs modèles animaux suggèrent que l'exposition à la morphine post-natale affecte à la fois les capacités motrices et d'apprentissage", notent-ils.

Compte tenu des conséquences à court et à long terme des benzodiazépines chez les prématurés, "leur utilisation doit être judicieuse et limitée", recommandent les auteurs.

(JAMA Network Open, publication en ligne du 7 juillet)

Source : 

APM news

Dépêche précédente

Dépression : absence de risque accru d'événements graves avec l'électroconvulsivothérapie

Dépêche suivante

Les activités cognitives semblent retarder de cinq ans la survenue d'une démence d'Alzheimer chez les seniors

0 commentaire — Identifiez-vous pour laisser un commentaire

Dernières actualités

Psychothérapie du trouble de personnalité borderline

Plusieurs approches de psychothérapie ont été expressément déployées pour traiter le trouble de la personnalité borderline (TPB) : les intervenants de cette session de l'Encéphale 2021 analysent pour nous les différentes méthodes de traitement.

Pour l'amour du risque

Sélectionner les meilleurs posters parmi les plus de 300 reçus n'a pas été chose facile, au regard de leur grande qualité à tous. Pour en juger par vous-même, découvrez-en 15 dans cette session de l'Encéphale 2021, aux thématiques diverses et variées.

L'irresponsabilité en substances

Quelles sont les limites des notions d'abolition et d'altération au sens pénal ? Certains médicaments peuvent-ils être qualifiés de criminogènes ? Quelles sont les attentes du parquet envers l'expert ? Quel équilibre trouver entre les attentes sociales et les évolutions législatives ? Si les expertises pénales jouent un rôle prépondérant pour la suite d'un procès, elles n'en suscitent pas moins bon nombre de questions, comme le montre cette session.

De l'enfant tyran au parent non violent

Nathalie Franc, pédopsychiatre, explique l'intérêt, les mécanismes et les applications du programme de "résistance non violente", une approche thérapeutique et innovante destinée aux parents victimes de leurs enfants au comportement tyrannique.