Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Covid-19 : dépression, anxiété et dissociation traumatique très fréquentes parmi le personnel en réanimation

Publié le jeudi 24 septembre 2020

WASHINGTON, 11 septembre 2020 (APMnews) - La prévalence des symptômes d'anxiété, de dépression et de dissociation péritraumatique a été très fréquente parmi les professionnels de santé des services de réanimation des hôpitaux français qui se sont retrouvés en première ligne lors de l'épidémie de Covid-19, montre une étude menée entre avril et mai.

Les professionnels de santé des services de réanimation ont été extrêmement sollicités lors de la première vague de la pandémie de Covid-19. Une enquête menée dans 34 services en Chine a montré que plus de la moitié du personnel, en particulier les infirmières, présentait des symptômes d'anxiété et de dépression, indiquent le Pr Elie Azoulay de l'hôpital Saint-Louis (Paris, AP-HP) et ses collègues dans l'American Journal of Respiratory and Critical Care Médicine (AJRCCM).

Dans leur étude transversale menée dans 21 services à travers la France, ils ont voulu non seulement connaître l'impact psychologique de l'épidémie sur les professionnels de santé en première ligne mais aussi les facteurs de risque associés afin de déterminer des stratégies de dépistage et de prise en charge appropriés.

Il s'agit aussi d'intervenir sur l'organisation du travail afin d'améliorer les conditions de travail, la qualité, la cohésion des équipes et la communication afin notamment de réduire le stress.

Un questionnaire a été adressé aux professionnels et 1 580 ont répondu dont 1 058 à l'ensemble des questions (47 en médiane par établissement). Parmi les 21 services, 76,2% étaient dans un CHU, ils avaient 20 lits en médiane avant l'épidémie et 32 au plus fort de la crise.

Les professionnels répondeurs avaient 33 ans en médiane, 71% étaient des femmes, plus des deux tiers (68,3%) faisaient partie du personnel infirmier, 29,1% étaient médecins et 2,6% des professionnels associés (kinésithérapeutes et psychologues).

Les réponses aux questionnaires HADS (Hospital Anxiety and Depression Scale) et PDEQ (Peritraumatic Dissociative Experiences Questionnaire) indiquent qu'ils sont 50,4% à présenter des symptômes d'anxiété, 30,4% de dépression et 32% de dissociation péritraumatique.

Les infirmières assistantes étaient les plus exposées puisque 62,1% déclaraient des symptômes d'anxiété, 40,6% de dépression et 46% de dissociation péritraumatique.

La prévalence des symptômes était significativement plus fréquente chez les femmes : 55,1% vs 39% pour les symptômes anxieux, 34,1% vs 21,3% pour les symptômes dépressifs et 37,4% vs 19% pour la dissociation péritraumatique.

Ce fardeau psychologique était associé à la peur d'être infecté, le manque de temps pour se reposer ou de prendre soin de sa famille.

Ils étaient 8% à déclarer avoir été eux-mêmes infectés par le coronavirus Sars-CoV-2 et 84,8% à avoir eu un collègue infecté, en particulier 5,6% ont déclaré avoir eu un collègue décédé du Covid-19.

Un quart a augmenté ou débuté la prise de psychotropes

Une minorité (5,2%) a reconnu déjà prendre des médicaments psychotropes avant l'épidémie et près d'un quart (23,7%) ont rapporté avoir débuté ou augmenté la consommation de tabac, alcool, cannabis, cocaïne ou d'autres psychotropes pendant l'épidémie. La prise de psychotropes était plus importante chez les professionnels qui présentaient des symptômes d'anxiété, de dépression et/ou de dissociation péritraumatique.

Interrogés sur leur expérience, la plupart des professionnels interrogés la considèrent "particulièrement difficile", à la fois sur le plan technique et émotionnel. Ils ont déclaré avoir eu peur d'être infectés, d'infecter leur famille et leurs amis, leurs collègues aussi.

Ils sont 22% à ne pas avoir pu apporter de l'aide à leur propre famille au plus fort de la crise et 46,2% disent avoir seulement pu être présents de temps en temps.

Au travail, 42,2% rapportent avoir été témoins de décisions de fin de vie hâtives et 31,5% regrettent la limitation des visites aux proches.

La moitié des professionnels a fait part de sa tristesse et 37,8% déclarent avoir des insomnies mais seulement 6,6% ont demandé un soutien psychologique. Près de 30% disent n'avoir pas pu se reposer au moment de la première vague et la moitié seulement de temps en temps.

Malgré ces difficultés, ils étaient nombreux à se féliciter que la crise ait renforcé les relations entre eux et avec d'autres services, plus de la moitié se déclarant agréablement surpris du comportement de leurs collègues, et certains ont fait part de leur sentiment de fierté. Le soutien institutionnel a été mieux noté que celui des particuliers.

L'analyse multivariée de l'ensemble des données a permis d'identifier six facteurs de risque modifiables associés aux symptômes d'anxiété, de dépression et/ou de dissociation péritraumatique : avoir peur d'être infecté, ne pas pouvoir se reposer, ne pas pouvoir prendre soin de sa famille, se débattre avec des émotions difficiles, ressentir des regrets à propos des restrictions sur les visites de la famille d'un patient et assister à des décisions de fin de vie hâtives.

Ces résultats suggèrent que des mesures psychosociales et professionnelles pourraient améliorer la santé mentale des professionnels intervenant en réanimation, concluent les chercheurs. "C'est la responsabilité des hôpitaux et des chefs de service de développer des stratégies pour prévenir cette charge psychologique", ajoutent-ils.

D'autres études sont nécessaires pour évaluer l'impact à long terme de cette première vague.

(AJRCCM, édition en ligne du 31 août)

Source :

APM news

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