Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Insomnie chez la femme enceinte: bénéfices démontrés de la thérapie cognitivo-comportementale en ligne

Publié le lundi 10 février 2020

WASHINGTON, 6 février 2020 (APMnews) - Une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour l'insomnie entièrement numérique, en ligne, sans psychothérapeute, améliore de façon significative les symptômes de l'insomnie chez les femmes enceintes, selon une étude parue dans JAMA Psychiatry.

L'insomnie est courante durant la grossesse : près d'une femme enceinte sur sept en rapporte des symptômes modérés à sévères. Si les troubles du sommeil sont perçus comme normaux et inoffensifs, des recherches ont montré qu'ils étaient associés à des effets maternels négatifs, comme la dépression ou les naissances prématurées.

Une littérature conséquente a montré l'intérêt d'une thérapie cognitivo-comportementale pour l'insomnie sur différentes populations ; elle est recommandée en première ligne de traitement par l'American College of Physicians. Elle est notamment efficace chez les femmes enceintes présentant un trouble du sommeil.

Jennifer Felder de l'université de Californie à San Francisco et ses collègues ont testé l'efficacité de cette thérapie lorsqu'elle est réalisée à l'aide d'un programme, sans thérapeute, par rapport au traitement standard chez les femmes enceintes présentant des symptômes d'insomnie. Outre l'amélioration du sommeil des patientes, les auteurs ont aussi étudié l'impact de la thérapie sur les symptômes dépressifs et d'anxiété des femmes.

Dans cet essai clinique, 208 femmes ont été randomisées pour recevoir soit cette TCC numérique, soit pas de TCC.

Les participantes âgées de 18 ans et plus étaient enceintes de 28 semaines au maximum. Elles présentaient des symptômes sévères d'insomnie ou avaient vu leur insomnie s'aggraver.

La TCC en ligne, réalisée via le logiciel Sleppio* (Big Health), sur internet ou avec une application, se composait de 6 séances hebdomadaires d'environ 20 minutes chacune. Le programme était interactif et dispensé par un thérapeute virtuel. Les patientes recevaient des rappels automatiques pour tenir un journal sur leur sommeil et recevaient automatiquement des conseils adaptés en fonction de leurs progrès.

Les femmes recevant un traitement standard n'avaient pas de limites imposées pour traiter leur insomnie, y compris les médicaments et la psychothérapie.Les participantes ont rempli des questionnaires 10 et 18 semaines après la randomisation. Ces informations permettaient aux auteurs d'évaluer le changement de sévérité des symptômes d'insomnie (mesuré par l'Index de sévérité de l'insomnie -ISI) mais aussi l'efficacité et la durée du sommeil nocturne (définie grâce à un journal de sommeil), la qualité globale du sommeil et la sévérité des symptômes dépressifs et d'anxiété.

Les 208 participantes avaient un âge moyen de 33,6 ans et un âge gestationnel moyen de 17,6 semaines au début de l'étude. Dans le groupe "intervention", 64,8% ont fait les 6 sessions, sur une moyenne de 8 semaines.

Les femmes du groupe "intervention" ont connu des améliorations significativement plus importantes dans la sévérité des symptômes de l'insomnie entre le début et la fin de l'intervention par rapport aux femmes du groupe standard. Ces améliorations étaient également significatives pour les critères secondaires, à l'exception de la durée du sommeil.

Les taux de rémission de l'insomnie, définie par un score ISI inférieur à 7, étaient significativement plus important dans le groupe "intervention" que dans le groupe standard (44% vs 22,3% à 10 semaines et 42,7% vs 28,6% à 18 semaines).

De plus, les femmes du groupe "intervention" présentaient une réduction plus importante de la sévérité des symptômes de dépression que celles du groupe standard et ces différences étaient statistiquement significatives.

Durant les 10 premières semaines de suivi de l'études, les scores de sévérité de l'insomnie ont diminué de plus d'un facteur chez les patients qui ont participé à la thérapie en ligne, comparé aux femmes randomisées pour le groupe standard, notent les auteurs.

De plus, les femmes de ce groupe ont enregistré de meilleures réductions du temps passé au lit éveillées et rapportent une meilleure qualité du sommeil.

A noter enfin que les bénéfices de l'intervention étaient conservés deux mois environ après la fin de l'intervention, précisent les auteurs.Il reste à savoir si cette TCC en ligne est aussi efficace qu'une TCC avec un "vrai" thérapeute, notent les observateurs.

(JAMA Psychiatry, édition en ligne du 22 janvier)

Source :

APM news

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