Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Intérêt d'outils numériques dans la prise en charge de la dépression

Publié le vendredi 26 juin 2020

WASHINGTON, 16 juin 2020 (APMnews) - Les outils numériques semblent utiles dans la prise en charge de la dépression et/ou de l'anxiété, comme un site internet pour des patients souffrant de douleur dorsale chronique en particulier ou des applications mobiles pour des patients suivis en soins primaires, selon les résultats de deux essais cliniques à paraître dans JAMA Psychiatry.

La dépression est une comorbidité fréquente chez les personnes atteintes de maladies chroniques.

Chez les patients souffrant de douleurs dorsales chroniques en particulier, il existe en outre un risque de développer une addiction aux antalgiques opioïdes. Dans cette situation, il semble plus opportun de prévenir que de traiter la dépression, rappellent Lasse Sander de l'université Albert-Ludwig de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne) et ses collègues dans la première étude.

De précédentes études suggèrent que des interventions psychologiques permettent de prévenir le développement d'une dépression mais elles ne sont pas intégrées dans la prise en charge des douleurs chroniques et parfois difficiles d'accès. Les outils numériques viennent apporter une solution, mais leur intérêt dans la dépression n'a été évalué qu'en population générale.

Pour savoir si cette approche peut également s'appliquer à la dépression associée à un trouble somatique, les chercheurs ont réalisé un essai clinique pragmatique randomisé, contrôlé, avec évaluation à l'aveugle, auprès de 295 adultes avec un diagnostic de douleur dorsale chronique et des symptômes dépressifs infracliniques, mais sans diagnostic de dépression.

Dans cette étude multicentrique, l'intervention consistait pour les patients à développer l'autosupport à l'aide d'un site internet, accompagné d'un e-coach, selon les principes d'une thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Les patients devaient suivre 6 modules obligatoires et 3 modules optionnels (environ 45 min par module), avec de brefs exercices quotidiens, et les e-coachs, des psychologues formés, devaient en outre après chaque module leur renvoyer des commentaires et répondre à leurs questions.

Dans le groupe contrôle, les patients étaient traités selon les recommandations en cours, sans coaching par internet.

Les patients ont ensuite été suivis pendant un an pour mesurer l'incidence des épisodes dépressifs majeurs.

Il apparaît que l'intervention sur internet visant à développer l'autosupport était associée à une réduction de 52% des épisodes dépressifs majeurs par rapport à la prise en charge usuelle seule.

Les chercheurs ont calculé qu'il suffisait de prendre en charge 2,84 patients avec cette approche, en plus du traitement habituel, pour éviter un nouvel épisode dépressif majeur.

Ces résultats suggèrent que cet outil numérique semble faisable et utile pour une prise en charge psychologique intégrée du risque de dépression des patients souffrant de douleurs dorsales chroniques, concluent-ils.

Une plateforme d'applications mobiles

Dans la seconde, Andrea Graham de la Northwestern University à Chicago et ses collègues se sont intéressés à une application mobile associée à une plateforme mobile d'intervention (IntelliCare*, Actualize Therapy) pour la prise en charge de la dépression et de l'anxiété des patients suivis en soins primaires.

L'intérêt de cette approche est d'apporter un outil efficace alors que les services de santé ne permettent pas de répondre à la demande. Mais il faut pouvoir proposer une offre correspondant aux besoins.

Dans cette étude multicentrique menée autour de l'University of Arkansas for Medical Sciences (UAMS), 146 adultes (42,3 ans en moyenne) ont été inclus, présentant une dépression (83,6% avec un score d'au moins 10 points sur l'échelle PHQ-9) et/ou une anxiété (89,7%, avec un score d'au moins 8 points sur l'échelle GAD-7).

Les patients ont été randomisés entre le recours à l'appli mobile et un groupe contrôle (prise en charge habituelle) pour huit semaines.

La plateforme propose un ensemble d'applis mobiles permettant d'accéder à des outils de psycho-éducation et d'évaluer ses symptômes de manière hebdomadaire. Dans l'étude, cinq applis ont été proposées aux patients (se concentrer sur des objectifs, la psychologie positive, l'affirmation de soi, la restructuration cognitive et la régulation des émotions), qui sont en outre accompagnés par des coachs (envois de SMS, réponses aux messages, appels téléphoniques).

A l'issue de l'étude, les scores de dépression et d'anxiété étaient davantage réduits chez les patients utilisant les applis mobiles par rapport au groupe contrôle, avec une différence de 4,33 points en moyenne des moindres carrés des scores PHQ et de 3,19 points pour les scores GAD-7.

Le taux de patients se rétablissant (score PHQ-9 ou GAD-7 inférieur à 5 points ou réduction d'au moins 50% par rapport au score à l'inclusion) était significativement plus élevé pour ceux ayant utilisé les applis, de 59% pour la dépression et 57% pour l'anxiété, contre respectivement 31% et 38% dans le groupe contrôle.

Après ajustement, les applis mobiles étaient associées à un risque relatif rapproché (OR) de rétablissement de troubles dépressifs de 3,25 et anxieux de 2,17.

A deux mois de suivi, l'effet semblait se maintenir à la fois sur la dépression et l'anxiété.

Ces résultats sont en faveur d'utilité de cette plateforme d'outils numériques pour la prise en charge de la dépression et de l'anxiété en soins primaires, concluent les chercheurs.

(JAMA Psychiatry, édition en ligne des 27 et 20 mai)

Source :

APM news

Dépêche précédente

L'académie de médecine recommande le suivi à long terme de la santé mentale des soignants confrontés au Covid-19

Dépêche suivante

Santé mentale : une détresse psychologique déclarée par un tiers de la population pendant le confinement (Irdes)

0 commentaire — Identifiez-vous pour laisser un commentaire

Dernières actualités

Psychothérapie du trouble de personnalité borderline

Plusieurs approches de psychothérapie ont été expressément déployées pour traiter le trouble de la personnalité borderline (TPB) : les intervenants de cette session de l'Encéphale 2021 analysent pour nous les différentes méthodes de traitement.

Pour l'amour du risque

Sélectionner les meilleurs posters parmi les plus de 300 reçus n'a pas été chose facile, au regard de leur grande qualité à tous. Pour en juger par vous-même, découvrez-en 15 dans cette session de l'Encéphale 2021, aux thématiques diverses et variées.

L'irresponsabilité en substances

Quelles sont les limites des notions d'abolition et d'altération au sens pénal ? Certains médicaments peuvent-ils être qualifiés de criminogènes ? Quelles sont les attentes du parquet envers l'expert ? Quel équilibre trouver entre les attentes sociales et les évolutions législatives ? Si les expertises pénales jouent un rôle prépondérant pour la suite d'un procès, elles n'en suscitent pas moins bon nombre de questions, comme le montre cette session.

De l'enfant tyran au parent non violent

Nathalie Franc, pédopsychiatre, explique l'intérêt, les mécanismes et les applications du programme de "résistance non violente", une approche thérapeutique et innovante destinée aux parents victimes de leurs enfants au comportement tyrannique.