Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Intérêt de la psilocybine dans la dépression

Publié le jeudi 12 novembre 2020

WASHINGTON, 6 novembre 2020 (APMnews) - La psilocybine associée à une psychothérapie semble avoir des effets positifs chez des patients présentant un épisode dépressif majeur, selon les résultats d'un petit essai clinique américain publiés mercredi dans JAMA Psychiatry.

La dépression reste difficile à traiter malgré des médicaments disponibles qui ont à la fois une efficacité limitée et des effets indésirables pouvant perturber l'observance thérapeutique, rappellent Alan Davis de la Johns Hopkins School of Medicine à Baltimore (Maryland) et ses collègues.

La plupart des médicaments disponibles agissent en augmentant les taux cérébraux des monoamines, telles que la sérotonine et la noradrénaline. Mais de récentes données suggèrent qu'il est intéressant d'agir sur la transmission glutamatergique pour lutter contre la dépression, comme le fait la kétamine, un anesthésique dont l'efficacité dans cette indication est de plus en plus étayée.

La psilocybine fait également l'objet d'un regain d'intérêt dans le traitement de la dépression car cette molécule hallucinogène agit à la fois sur les voies sérotoninergique et glutamatergique. Elle présente en outre des effets moins toxiques que la kétamine, indiquent les chercheurs.

Dans cette petite étude monocentrique, ils ont voulu évaluer l'intérêt de cette molécule dans le traitement d'un épisode dépressif majeur de l'adulte auprès de 27 patients (39,8 ans en moyenne, 67% de femmes) avec une dépression modérée à sévère mais ne prenant pas de médicament antidépresseur. Ils n'avaient pas de trouble psychotique, pas fait de tentative de suicide ni été hospitalisés.

Ils ont été randomisés entre le traitement immédiat par psilocybine ou différé huit semaines plus tard. Après plusieurs séances de préparation sur trois semaines, la psilocybine était administrée en amont d'une séance de psychothérapie, à 20 mg/kg une première fois puis à 30 mg/kg la seconde, à environ 1,5 semaine d'intervalle. Le patient était invité à s'allonger et écouter de la musique, à concentrer son attention sur ses sensations.

Parmi les patients traités immédiatement, le score de dépression GRID-HAMD sur l'échelle améliorée de Hamilton était à l'inclusion de 22,9 points en moyenne. Il a baissé ensuite, passant à 8 points à 5 semaines de suivi puis à 8,5 points à 8 semaines. Alors que parmi les patients traités en décalage, le score de dépression était globalement stable à ces mêmes moments, de 22,5 points à l'inclusion, 23,8 points puis 23,5 points.

Il apparaît que le score de dépression diminue de manière importante juste après la séance de psychothérapie avec prise de psilocybine et se maintient ensuite sur quatre semaines.

Sur l'ensemble des patients, 67% et 71% avaient une réponse clinique après l'intervention, c'est-à-dire une baisse d'au moins 50% de leur score GRID-HAMD, et 58% et 54% avaient atteint le critère de rémission (score GRID-HAMD égal ou inférieur à 7 points).

Ces résultats suggèrent que la psilocybine semble avoir des effets antidépresseurs rapides, comme la kétamine, mais, contrairement à elle, ses effets semblent durer au moins quatre semaines, avec une administration unique, commentent les chercheurs.

D'autres essais randomisés contre placebo sur des populations plus larges et plus diversifiées sont nécessaires pour confirmer le potentiel thérapeutique de la psilocybine dans la dépression, concluent-ils.

(JAMA Psychiatry, édition en ligne du 4 novembre)

Source : 

APM news

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