Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

"La prison est en train de jouer le rôle des vieux asiles d'antan" (Dominique Simonnot, CGLPL)

Publié le mercredi 21 octobre 2020

PARIS, 14 octobre 2020 (APMnews) - "La prison est en train de jouer le rôle asilaire qu'avaient les vieux asiles d'antan", a déclaré Dominique Simonnot, proposée par le président de la République pour occuper les fonctions de contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), auditionnée par les commissions des lois du Sénat et de l'Assemblée nationale.

L'ancienne CGLPL, Adeline Hazan, a quitté ses fonctions en juillet. Les acteurs de la psychiatrie déplorent depuis lors la vacance du poste.

Le président de la République, Emmanuel Macron, a proposé début octobre le nom de la journaliste au Canard Enchaîné Dominique Simonnot pour la remplacer.

Dominique Simonnot a été auditionnée d'abord par la commission des lois du Sénat, puis par la commission des lois de l'Assemblée nationale. Consultées pour avis, elles ont toutes deux approuvé cette nomination, la première par sept avis favorables, sept avis défavorables et deux abstentions, bulletins blancs ou nuls, et la seconde par 14 avis favorables, 11 avis défavorables et une abstention, bulletin blanc ou nul.

"La première surprise a été [pour] moi, [...] je n'ai pas candidaté pour ce poste", a commenté la future CGLPL face aux députés, mardi soir.

"J'ai regardé ma vie et je me suis dit, après tout, tentons. Mon premier vrai travail était à l'administration pénitentiaire où j'étais déléguée à la probation -aujourd'hui, on dit conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation. J'ai fait ce métier plus de 10 ans […]. Après je suis devenue journaliste, d'abord à Libération où on m'a confié les sujets d'immigration, puis ceux de la justice", et ensuite au Canard Enchaîné, où elle a fait des chroniques judiciaires pendant 14 ans.

"Passer de témoin critique au contrôle, c'est un peu le même saut que quand je suis passée de l'administration pénitentiaire à journaliste", a-t-elle assuré aux sénateurs. "Et l'indépendance, indispensable au [CGLPL], je l'ai apprise au Canard Enchaîné, et avant même, dans mon ancien métier car nous étions assez rebelles", a-t-elle ajouté à l'Assemblée.

"J'exercerai ce travail avec indépendance, impartialité", a-t-elle promis aux députés.
Elle a assuré connaître les lieux sous la houlette du CGLPL qu'elle a fréquentés notamment quand elle travaillait à la pénitentiaire.

"Le nombre de malades mentaux en prison est immensément préoccupant et même une catastrophe", a-t-elle notamment souligné face aux sénateurs. "La prison est en train de jouer le rôle asilaire qu'avaient les vieux asiles d'antan ; c'est dû à une fermeture des lits en psychiatrie qui devait être compensée -c'était un peu un rêve, tout le monde allait être libre, on allait remettre le fou dans la cité, et à côté, on créerait des centres médico-psychologiques de jour, des accueils de jour", a-t-elle relaté.

"Malheureusement, il n'a pas été créé assez de ces centres. Et ces gens, on peut les observer souvent, nous tous, dans la rue ; ils se baladent avec des caddys [chargés] de plein de trucs, en marmonnant des choses qu'on ne comprend pas toujours", a-t-elle décrit. "Et il arrive que ces gens se retrouvent dans le box [au tribunal] et souvent en comparution immédiate -un lieu que je connais bien."
"Evidemment" que pour "les 30% de détenus qui sont malades mentaux, leur place n'est pas en prison", a-t-elle répété.

Le CGLPL ne doit pas servir d'"alibi"

Dominique Simonnot a aussi assuré vouloir s'inscrire dans les pas de ses prédécesseurs, Adeline Hazan et Jean-Marie Delarue, au sujet de la politique carcérale. "A quoi sert de construire de nouvelles places quand on n'est pas capable d'assurer la dignité dans celles qui existent?", a-t-elle résumé face aux sénateurs. Elle a rappelé le système de "régulation carcérale" promu par Adeline Hazan et a expliqué aux députés qu'"on pourrait imaginer que les magistrats soient informés de l'état des prisons en temps réel et décident [en fonction des places vacantes ou non] de s'emparer de toutes les alternatives à la prison, qui sont des peines aussi".

"Il y a un large éventail d'alternatives et ce serait formidable que les magistrats s'en emparent."

Par ailleurs, elle a approuvé le fait que ces prédécesseurs, Adeline Hazan et Jean-Marie Delarue, aient eu comme "préoccupations premières de visiter les hôpitaux psychiatriques".

Elle s'est inquiétée des "hospitalisations d'office qui grimpent, alors qu'il n'y a pas assez de monde [de soignants], pas assez de lits. C'est inquiétant car, comme dans les prisons d'ailleurs, il y a une usure et un sentiment d'impuissance" des professionnels. "Dans un travail aussi sensible, […] c'est un sentiment que j'ai éprouvé quand j'étais éducatrice, cela vous prend à la gorge."

Interrogée par les deux assemblées sur le fait que les recommandations du CGLPL n'étaient pas toujours suivies d'effets, elle a jugé "ça infernal. Je ne voudrais pas que [le CGLPL] serve d'alibi. […] Je ne me priverai pas d'alerter la presse, et de venir vous voir et de vous demander de l'aide", a-t-elle lancé aux sénateurs. "Je compte employer à plein le devoir et le droit d'alerte, tirer toutes les sonnettes, il faut que ça débouche sur des choses concrètes", a-t-elle expliqué aux députés.

Interrogée par la présidente de la commission des lois de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, surprise du vocabulaire de la future CGLPL qui assurait que le rôle du contrôle est de "contraindre le gouvernement à tenir compte de ses recommandations" et d'"exercer une pression", Dominique Simonnot a souri : "Je ne vais pas étrangler les ministres ! [...] Il faut que j'apprenne à parler certainement une langue autre que la mienne". Mais "ce que je veux dire, c'est que je ferai tout pour que cela marche".

Elle a aussi assuré aux députés qu'elle saurait dire "quand ça va bien. C'est une façon meilleure d'avancer avec les administrations".

Concernant la réduction des délais de publication des rapports du CGLPL qu'elle appelle de ses voeux, Dominique Simonnot a expliqué aux députés vouloir "tout faire pour mettre [son] expérience de journaliste au service du contrôle".

Source

APM news

Dépêche précédente

Des troubles psychiatriques du type bipolaire ou psychotique associés aux anti-TNF

Dépêche suivante

Un arrêté apporte des précisions sur l'expérimentation du cannabis thérapeutique

0 commentaire — Identifiez-vous pour laisser un commentaire

Dernières actualités

Psychothérapie du trouble de personnalité borderline

Plusieurs approches de psychothérapie ont été expressément déployées pour traiter le trouble de la personnalité borderline (TPB) : les intervenants de cette session de l'Encéphale 2021 analysent pour nous les différentes méthodes de traitement.

Pour l'amour du risque

Sélectionner les meilleurs posters parmi les plus de 300 reçus n'a pas été chose facile, au regard de leur grande qualité à tous. Pour en juger par vous-même, découvrez-en 15 dans cette session de l'Encéphale 2021, aux thématiques diverses et variées.

L'irresponsabilité en substances

Quelles sont les limites des notions d'abolition et d'altération au sens pénal ? Certains médicaments peuvent-ils être qualifiés de criminogènes ? Quelles sont les attentes du parquet envers l'expert ? Quel équilibre trouver entre les attentes sociales et les évolutions législatives ? Si les expertises pénales jouent un rôle prépondérant pour la suite d'un procès, elles n'en suscitent pas moins bon nombre de questions, comme le montre cette session.

De l'enfant tyran au parent non violent

Nathalie Franc, pédopsychiatre, explique l'intérêt, les mécanismes et les applications du programme de "résistance non violente", une approche thérapeutique et innovante destinée aux parents victimes de leurs enfants au comportement tyrannique.