Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Santé mentale et psychiatrie : il faut penser les réponses au "stress chronique" général dû à la crise du Covid-19

Publié le vendredi 27 novembre 2020

PARIS, 25 novembre 2020 (APMnews) - "Il faut penser la manière dont on va s'y prendre" pour prendre en charge les "maladies mentales qui émergeront de cette phase de stress chronique" vécue par tous dans le contexte de l'épidémie de Covid-19, a averti le professeur de psychiatrie Pierre-Michel Llorca, mercredi, lors de la première journée du congrès français de psychiatrie, qui se tient virtuellement jusqu'à samedi.

Cette intervention s'inscrit dans le cadre des 3es Journées de l'accompagnement et de l'action médico-sociale (Jaac), l'une des composantes du congrès français de psychiatrie.

Denis Leguay, président de Santé mentale France, a évoqué, "de manière intuitive, le sentiment que [les conséquences de la deuxième vague ont] peut-être été encore moins bien supportées que la première phase, avec un effet de répétition un peu décourageant".

Pierre-Michel Llorca, professeur de psychiatrie et chef de service au CHU de Clermont-Ferrand, a assuré "partager cette impression". Et il a rapporté que dans son service, il constatait une recrudescence de demandes de consultation de la part de nouveaux patients, dans le cadre de la sectorisation. D'ordinaire, "on a deux à quatre demandes par semaine, là on était à 10-15 par semaine" depuis fin août, et "ça n'a pas bougé".

Du coup, "alors que d'habitude on donne des rendez-vous dans les 15 jours, actuellement on donne des rendez-vous [pour des demandes datant] de la première quinzaine d'octobre", a-t-il fait remarquer. "Et les demandes continuent au même rythme."

Cette observation "est empirique, bien sûr, mais on a quand même le sentiment que dans la population, cette incertitude persistante et ce stress chronique entrainent un épuisement des ressources […] notamment par rapport aux perspectives d'avenir", a-t-il souligné.

"On est vraiment sur une situation de stress chronique, vraiment rare, avec son côté mondial", a-t-il insisté, évoquant une étude internationale, coordonnée pour la France par lui-même et Marie-Odile Krebs et Philip Gorwood du CH Sainte-Anne (groupe hospitalier universitaire -GHU- Paris psychiatrie & neurosciences), "sur les effets de la maladie et du confinement" qui a déjà recueilli "110 000 réponses dans 40 pays et dans 25 langues différentes".

Démarrée en avril et se clôturant "bientôt", elle donnera des résultats très intéressants dans ce contexte.

"On est en ce moment dans une sorte de logique de réactivité immédiate, avec un problème/une réponse, sauf que là, on est dans une exposition de l'ensemble de la population à une situation inhabituelle […] et on le sait, on n'est pas tous équipés pareil pour répondre, s'ajuster, supporter ce stress chronique", a-t-il exposé. "Je pense qu'on a un risque, sans jouer les Cassandre […] et on a intérêt à penser la réponse."

"On a pensé au printemps que ça allait se terminer et que la vie reprendrait pareil. […] Et c'est revenu. Et on le savait. […] On doit penser la manière dont on va identifier les troubles, dont on va organiser les prises en charge, à cette échelle-là, avec un dispositif psychiatrique qui est déjà bien mis à mal pour répondre aux besoins de la population", a-t-il poursuivi.

"Il y a la nécessité d'observer ce qui va émerger comme pathologies, car je pense que vont émerger des choses spécifiques, et de penser les modalités d'accompagnement des personnes soumises à cette épreuve", a-t-il encouragé.

Car si "la majorité s'en sortira très bien" et n'y verra qu'"un souvenir anecdotique", pour d'autres, "ce stress chronique aura un impact en terme de santé mentale qu'il nous faut appréhender", a-t-il insisté. Il a fait remarquer que ce stress chronique relevait bien de la santé mentale, mais que "les conséquences seront peut-être de vraies maladies mentales".

"Il faut donc penser la manière dont on va s'y prendre par rapport aux maladies mentales qui émergeront de cette phase de stress chronique", a-t-il répété. "Il y a une vraie réflexion de notre part à mener."

Source :

APM news

Dépêche précédente

Pour lutter contre le suicide des jeunes, des initiatives nombreuses mais peu visibles

Dépêche suivante

Dépression de la personne âgée : seulement 40% des médecins généralistes suivent les recommandations

0 commentaire — Identifiez-vous pour laisser un commentaire

Dernières actualités

Psychothérapie du trouble de personnalité borderline

Plusieurs approches de psychothérapie ont été expressément déployées pour traiter le trouble de la personnalité borderline (TPB) : les intervenants de cette session de l'Encéphale 2021 analysent pour nous les différentes méthodes de traitement.

Pour l'amour du risque

Sélectionner les meilleurs posters parmi les plus de 300 reçus n'a pas été chose facile, au regard de leur grande qualité à tous. Pour en juger par vous-même, découvrez-en 15 dans cette session de l'Encéphale 2021, aux thématiques diverses et variées.

L'irresponsabilité en substances

Quelles sont les limites des notions d'abolition et d'altération au sens pénal ? Certains médicaments peuvent-ils être qualifiés de criminogènes ? Quelles sont les attentes du parquet envers l'expert ? Quel équilibre trouver entre les attentes sociales et les évolutions législatives ? Si les expertises pénales jouent un rôle prépondérant pour la suite d'un procès, elles n'en suscitent pas moins bon nombre de questions, comme le montre cette session.

De l'enfant tyran au parent non violent

Nathalie Franc, pédopsychiatre, explique l'intérêt, les mécanismes et les applications du programme de "résistance non violente", une approche thérapeutique et innovante destinée aux parents victimes de leurs enfants au comportement tyrannique.