Psychiatrie clinique, biologique et thérapeutique

Une méta-analyse écarte un risque d'autisme avec l'exposition in utero aux antidépresseurs

Publié le vendredi 15 mai 2020

WASHINGTON, 13 mai 2020 (APMnews) - Une méta-analyse qualitative de 14 études observationnelles ne permet pas de démontrer que les enfants exposés in utero à des antidépresseurs ont un risque accru de développer des troubles autistiques, selon un article à paraître dans American Journal of Psychiatry (AJP).

Les effets potentiellement délétères des médicaments au cours de la grossesse sont difficiles à évaluer : il n'est pas éthique d'exposer des femmes enceintes dans des essais cliniques et les études observationnelles comportent des biais de surveillance, le médecin ne déclarant pas d'effets indésirables qu'il ne connaît pas, rappellent le Dr Monica Vega de l'école de médecine Miller de l'université de Miami et ses collègues.

Des études observationnelles ont suggéré une association entre la prise d'antidépresseurs pendant la grossesse et des troubles autistiques chez les enfants mais les résultats restent contradictoires. De précédentes méta-analyses suggèrent que ce risque serait significatif chez les femmes ayant des antécédents de maladie mentale, mais aucune n'a examiné systématiquement les biais potentiels ayant pu contribuer à ces résultats.

Dans cette méta-analyse qualitative, les chercheurs ont évalué l'effet potentiel de la méthodologie des études sélectionnées, en particulier sur la sélection des groupes comparateurs. Les études étaient exclues notamment si elles rapportaient des symptômes d'autisme mais pas de diagnostic confirmé.

L'analyse a porté sur 14 études dont 8 études de cohorte et 6 études cas-contrôles sur plus de 3,6 millions d'enfants au total.

Elles étaient 7 à être de bonne qualité (score de 3-4 points) et 3 de mauvaise qualité (score de 0-1 point) pour la sélection des enfants. Mais tous les enfants avaient été examinés par l'équipe des investigateurs dans une seule étude. Aucune des études n'a bien examiné la présence ou les antécédents de dépression chez les femmes enceintes.

La comparaison avec les groupes contrôles était difficile car il manquait souvent les données psychiatriques, par exemple dans la fratrie, ou l'exposition à d'autres antidépresseurs au cours des deuxième et troisième trimestres de grossesse.

Les résultats dérivés de l'ensemble de la population d'étude présentaient des différences très significatives entre enfants exposés et non exposés in utero aux antidépresseurs, avec en moyenne un risque d'autisme multiplié par 1,6.

Mais l'analyse par sous-groupe (groupes contrôles avec des antécédents psychiatriques, frères et/ou soeurs non exposés ou exposition à d'autres médicaments que ceux évalués) montre des résultats inférieurs et non significatifs, observent les chercheurs.

Par ailleurs, l'origine ethnique apparaît aussi comme une source d'hétérogénéité.

Cette méta-analyse qualitative écarte une association entre antidépresseurs pendant la grossesse et troubles autistiques chez l'enfant. Elle indique aussi que pour les études observationnelles, les grands volumes de données peuvent être impressionnants mais les registres ou base de données peuvent être sources de biais, concluent-ils.

(AJP, édition en ligne du 7 mai)

Source :

APM news

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